CONCLUSION
Avec la Mgur, roMivre de UiclHîliru, la guerre de trente ans nYHaienI pas possibles.
IX. — I/indj'pcndaiiee rm^me du Saihl-Si(^K<î ^^^^^ coniproniise, nial^;n5 les théories ullrainonlaines des li{(ueurs, car le pape devenait une espace de eha|H;lain de la nfiaison d'Hspa^Mie, de la vaste monarchie Cnilholiciue.
X. — Q\\iun\ on reproche à la I.i^^ue de s'être appuyée sur TEspaj^ne, on répond (|ue Henri IV s'est a|»puyé sur l'Anj^le- (erre. iMais quelle difltM-enciî entre fllisabeth et Philippe II î Henri IV écrivait à Sully, à propos de la mort d'Klisabelh : « Klle cstoit ennemie irréconciliable de nos irréconciliables enn(îmis. » Mayenne et les chefs ambitieux et dés;ibusés de la Ligue en auraient-ils dit autant de la mort de Philipj>e II ?
I^lisabeth appuie Henri IV pour le taire monter sur le trône; lMnli[)pe II appuie la Ligue pour y monter lui-même sous le nom de sa tille.
Jamûs roi n a eu le tour d'esprit plus national que Henri IV. N'est-ce pas lui qui criait, à la déroute d'Ivry : « Sauvez les François et main basse sur les étrangers? »
XL — A ne considérer les guerres religieuses du xvi^ siècle qu'au point de vue politique, on peut dire que le triomphe du calvii]isme, on peut dire que le triomphe de la Ligue perdaient également la France.
Leurs tendances mauvaises se sont heureusement entre-détruites et rendues impuissantes par le combat.
Le parti politique, qui était le parti de la raison, n'aurait jamais triomphé des emportements des Huguenots sans la résistance de la Ligue, qui heureusement se trouva vaincue à son tour.
Voilii dans quel sens les résultats de TUnion ont été utiles; par des excès contraires à ceux des calvinistes, elle permit, elle autorisa, elle rendit indispensable, elle fit accepter l'édit
de Nantes, c'est-à-dire la liberté de conscience et par suite cette noble et tolérance politique devinée, mais en vain, par L'Hôpital.
XII. — En voulant rendre l'État solidaire de la religion, la Ligue méconnaissait la nature propre du christianisme et rabaissait son caractère de liberté suprême et de haute indépendance.
Est-ce qu'une religion, j'entends une religion véritable, une religion éternelle, repose sur les formes transitoires et mobiles d'un gouvernement politique? Ne se fonde-t-elle pas plus haut, quoi qu'en ait dit Joseph de Maistre ?
XIII. — Je conclus que la Ligue, en fait, n'a nullement servi la monarchie religieuse, la suprématie sacerdotale, ou la démocratie catholique, dans le sens ou paraissent Tentendre M. de Bonald,M. de Lamennais et M. Bûchez. Elle a, au contraire, amené des résultats tout à fait opposés :
La protection légale de la royauté a été accordée au protestantisme par redit de Nantes.
L'église gallicane s'est de mieux en mieux constituée jusqu'à la Déclaration de d 682.
Le gouvernement absolu a été peu à peu établi, et n'a plus rencontré de graves obstacles.
Eh bien ! si les excès de la Ligue ont évidemment amené le premier de ces faits, le souvenir de ces excès n'a pas peu contribué à faciliter l'accomplissement des deux autres.
APPKNDICF
LA SATYUE MÉNIPPfcE (*)
La Satyre Menippéc a pour ohjol la tonuo des États convoqués i\ Taris, lo 10 février 11)93, par le duc de Mayenne; ces ÊUts, on le sait, avoient mission d'élire un roi et de connollre des prélonlions do ceux (jui hri^uoionl la couronne; mais la violence des partis et la division dos intérêts rondirent impossible tout résultat sérieux et détinilit'. Los Espagnols proposèrent d'abolir la loi salique, de ne point reconnollrc le roi de Navarre pour légitime souverain, quand niénie il ontreroit dans le sein de l'Église, et de déclarer rint'aiito d'Ls[)agno roine de France. Les avis ouverts parles ligueurs t'rançois no Turent guère plus favorables aux véritables intérêts du royaume. Le duc de Mayenne, indigné du peu de cas que les Espagnols faisoient de sa personne, engagea les États à consentir à une conférence entre les catholiques des deux partis, ce qui fut accordé. La conférence eut lieu à Suresne, le 29 avril, et ce fut là, affirme le président Héjiauli, tout le succès de cette assemblée. Honault se trompe : les Étais furent Foccasion de la Menippéc, et, comme il le dii ([uelquos lignes plus loin, cette satire ne fut pas moins utile à Henri IV, au parti national et à la paix que la bataille d'Ivry.
L'idée première de h Menippéc appartient à Pierre Le Roy, chanoine de Rouen et aumônier du nouveau cardinal de Bourbon, dont il ne favorisa pas sans doute les projets ambitieux quand le jeune prélat s'avisa, au milieu des troubles de la Ligue, de vouloir créer un tiers parti. Si De Thou n'avoit pas, en passant, loué le carac-
(1) L'appréciation ci-dessus est extraite d'un travail publié par Charles Labitte en 1841, sous ce titre : Les autturs (jle la Menippéc, en tête de l'édition de cette satyre qui a paru à la librairie Charpentier. Nous donnons ces extraits, parce qu'ils font connaître l'un des écrits les plus célèbres du xvi^ siècle qui se rattachent directement au sujet traité dans la Démocratie de la Ligue.
lôrc probe et la fermelô politique de Pierre Le Roy, on ne sauroit absolument rien sur l'homme honorable qui, après s'ôlre fait écrivain par devoir et satirique par conviction, après avoir conçu Tun des plus anciens chefs-d'œuvre de notre langue, se réfugia humblement dans l'obscurité, et, une fois le succès obtenu, n'essaya pas d'arracher à la gloire, par d'autres travaux, une réputation qu'elle n'auroit pu lui refuser.
Le Roy avoit tracé le cadre de la Ménippéc^ le plan général de l'ouvrage; ses amis en rédigèrent les différents morceaux, et Pierre Pithou, revoyant l'ensemble, amena le livre à cet état de perfection qui donna aussitôt à la Mcnippée un succès universel et éclatant, un succès que nul pamphlet jusque-là n'avoil obtenu, et que les partis opposés eux-mêmes (tant l'esprit a de puissance!) n'osèrent ni arrêter ni contredire.
Mais quels furent ces amis inspirés qui surent si bien s'entendre pour improviser de la sorte, en face des événements, sous la loyale impression du sentiment patriotique et sous le libre aiguillon de l'esprit françois, une bonne action en même temps qu'un bon livre? Quels furent ces hommes qui, au milieu de la dispersion des partis, eurent la force do faire à la fois et d'un seul coup, selon la vive et juste expression de notre spirituel et savant critique, M. Philarète Chasles, un pamphlet, une comédie et un coup d'État? Ils n'étoient pourtant ni ministres, ni grands seigneurs, ni chefs de parti, ni tribuns; chose singulière! ce n'éloient pas môme des ambitieux : Philippe II ne leur payoit pas de pensions; la maison de Lorraine ne leur promettoit pas de faveurs; ils n'espéroient rien de la féodaUté huguenote ni de la turbulente démagogie des Seize. La Ménippée est tout simplement l'œuvre honnête, sincère, de quelques bons bourgeois disant, un beau jour, la vérité à leur pays sur les mensonges politiques, et cela par tous les moyens : par le sarcasme, par la raillerie, par l'éloquence.
Ces courageux écrivains n'aspiroient point à la renommée, et le temps cependant a consacré leur mémoire...
A peine connue, la Satyre Ménippée fit le plus grand bruit et fut lue avec une incroyable avidité. On la réimprima quatre fois et à grand nombre en moins de quatre semaines. Mais écoutons un témoignage contemporain, qu'il est bonde recueillir; c'est Cheverny qui parle : « Quelques bons et gentils esprits du temps, qui s'em- « ployèrent à descrire la tenue et l'ordre des Estais de Paris, en « firent un livre intitulé le Catholicon d'Espagne ou Satyre 3Iéce nippée, dans lequel, souz paroles et allégations pleines de rail- « lerie, ils bouffonnèrent comme en riant le vrai se peut dire ; ils
« cl(''clar»'Trntrl liront aiMirUMiicnl r ro;^n()iHlro le» men(^CH, ilofgcin» < cl arlilicos, laiU do chvÏH do la Li^Mio cl KH|).i;fnoU, i\\v* d^'Wm u listais par oux aposlor; ol si par divor» dÎHoours oi Inringiicn « (pi'iis liront fain» aux un.'^ oi aux aulros, Rolnn iniirs liiimoun», (( capricos vi inlolli^'onc.os, r.n icll'î sorU; (pi'il ho peut diro cpi'il» r< n'ont rien oul)lii' do co ((ui sr pout <liro pour servir do porfoclj on (c ùcctto satyre, qui hion entendue sera grandomont csliméo par la « posU^riU^; ot d'autant (ju'aux pnMni^ros impressions d'icolle, il y « avoil corlainos choses un peu libres, mais tn^s-véritahlos. qui • touchoicnl (|Ucl«pios parlic>uliers et enlrcmctleurs du dit party, « lesquels estoienl dc^puis revenus en l'obéissance du roy, ils firent « tant ((u'aux secondi^s impressions ils en relranclicront ce qui les « otVtiivoil, et ne purent nchuil-nioins emposchor cpic io tout ne (( l'iist (lomeurc dans la mémoire et dans la bibliotliùiiuc dos plus <« curieux du temps, pour leur servir de honte et d'exemple <^ leurs « semblables de ne se laisser emporter h telles furies pour leurs in- « tériHs et passions ;\ chacun en particulier. »
La Sati/re Mcnippct\ on a eu occasion de lodirc ailleurs, montre ce que peut res|)nt au service d'une bonne cause. L'aménité de ces plaisanteries aitiques, malgré leur naïveté un peu crue, cette verve de bon sens, colle malice pleine de goût contrastoient si bien avec la férocité el le cynisme des derniers suppôts de l'Union, que tout le monde demeura convaincu.
Tous ceux qui prirent une part plus ou moins active à la Satyre Mcnippce nous sont connus : un chanoine de la Sainte-Chapelle, un conseiller-clerc au parlement, un professeur au Collège royal, un jurisconsulte, le précepteur d'un prince et le prévôt de la connétablie,tels furent les collaborateurs qui se rassembloient chez Gillot, ({uelquefois chez Pierre Le Roy, et qui, s'aiguillonnant les uns les autres par la causerie, se trouvèrent un jour, sans s'en douter, avoir écrit un livre durable, l'un des premiers livres qui soient entrés dans le domaine définitif el inaliénable de la littérature françoise.
Une tradition qui mérite croyance paroît avoir ainsi distribué les parts :
L'idée première et le plan appartiennent à Pierre Le Roy ;
La Harangue du légat est de Jacques Gillot ;
Celle (Ju cardinal de Pellevé est de Florent Chreslien ;
Celles de monsieur de Lyon el du recteur Rose sont de Nicolas Rapin ;
Enfin, celle de d'Aubray est de Pierre Pithou.
Quant aux vers, ils furent, pour la plupart, composés par Passerai : le reste appartient à Rapin.
Il y a, on le voit, des portions de l'ouvrage dont les auteurs demeurent inconnus ; ainsi la Description des tapisseries et des tableaux, et les deux Harangues du lieutenant général et de Uieux. C'est une lacune qu'il est impossible de combler, à une pareille distance des hommes et des évc^nements. On n'a d'ailleurs aucun détail sur la mystérieuse composition du livre... Comment se distribuèrent les rôles? Il a dû se passer là des scènes piquantes, des scènes qu'il seroit curieux de reproduire pour étudier les secrets de naissance et d'exécution de la pensée littéraire. Mais, bien plus encore que pour les Provinciales (car il s'agissoit là de la destinée même de la France, de l'état et du gouvernement), le plus profond secret fut gardé; on observa le plus strict anonyme, et ce n est que dans le courant du xvii^ siècle qu'on connut avec une
entière certitude tous les auteurs de la Ménippée
Le xv!!*^ siècle admira cette raison supérieure qui s'allioit si bien à la raillerie; il comprit, ainsi qu'on Ta très-bien remarqué, que ce n'étoit pas un crime de défendre le trône de Henri IV avec cet esprit national que Marguerite de Navarre avoit transmis à Henri fV lui-même. C'est seulement dans un moment de mauvaise humeur que Voltaire (avec son esprit preste, il avoit beaucoup à prendre et il a beaucoup pris dans la Ménippée) a pu la traiter « d'ouvrage très-médiocre. » Le jésuite René Rapin, qui devoit avoir des préventions, convient lui-même dans ses Réflexions sur la poétique que c'est « un chef-d'œuvre de délicatesse, de fi- « nesse et de naturel, » et il va jusqu'à le placer à côté de Don Quichotte, Je n'irai pas jusque-là.
Ce qui a consacré la durée définitive de la Ménippée et ce qui faii la gloire de ses auteurs, c'est d'avoir tracé des caractères en même temps que des portraits. M. Saint-Marc Girardin a parfaitement fait 'ressortir la vérité de ce point de vue : « Dans ce livre, dit-il, chaque acteur a une part de vérité contemporaine qui marque sa date et son nom, et une part de vérité abstraite et philosophique qui lui donne quelque chose d'éternel. C'est par là que la Ménippée est autre chose qu'un admirable pamphlet, car les pamphlets ne peignent des gens que les costumes et les dehors. La Ménippée^ qui est une comédie, perce jusqu'à l'homme, et, sous les ridicules du jour, elle montre et fait ressortir les passions éternelles de notre .nature. » La place de la Ménippée est à jamais marquée, dans notre langue, entre Rabelais et Pascal; elle continue le premier, elle annonce le second : c'est la transition entre Gargantua et les Provinciales.
APriiMDM E .n3
l)'[]N LIVIIK ATTUIIUjÏ: a GUILLAUME ROSE,
ET OUI A l'Orn TITUK :
I>K JIîSTA RRIPimiJCr CIiniSTIAIN/E IN RKGRS IMPIOS AUTHOnî-
TATK, jnslissima(|nocalliolirorum ad Hcnricum Navarr.Tum et qmM)îcmn(|iie haM'clicuin a regno Galliae repell(;n(lum conliederalione.
SI
Quel en est l'aulcur.
Je connais deux éditions de ce curieux ouvrajj^e : la première parut à Paris, chez Guillaume Bichon, 1590, in-8" (1) ; David Clément assure qu'elle est fort rare (2). La seconde est d'Anvors, 1592, in-8o, chez Jean Keerberg.
Les critiques, les historiens, les bibliographes, ne sont pas d'accord sur Tauteur de ce traité. Je vais rapporter les principales opinions, après avoir fait remarquer que la dédicace du livre est sic^née : G, G, R. A. Peregrinus romanus^ et que la seconde édition porte sur le titre môme : Guillelmo Rossœo auctore.
Le savant Lo Duchat, s'appuyant un peu légèrement sur la Bibliotheca classica de Draudius, attribue cette production à Guillaume Rose ; il n'élève môme aucun doute à ce sujet dans ses Commentaires sur la Ménippée(3), D'après Tautorité et la compétence reconnue de Le Duchat, le P. Leiong n'hésita pas à dire que ce livre était atlribuc communément à G. Rose (4) ; le jésuite Daniel en fit auLanl dans son Histoire de France (5), ainsi qu'Anquetil dans V Esprit de la Ligue (6).
(1) Biblioth. de l'Arsenal, 60i8 H. Je me servirai de cette édition : il y a eu des suppressions dans la seconde.
(2) Biblioth. des Livres difficiles à trouver, in-i», 1760, t. IX, p. 417 et suiv.
(3) Le Duchat n'avait évidemment connu que la deuxième édition qu'il prit pour la première, car il dit : « Rose fil imprimer ce livre à Anvers en 1592. » (Y. Mènipp., éd. do Ratisb., 1726, t. II, p. 196.)
(4) Bibl. hist. de la France, no 19230.
(5) A l'année 1598.
(6) V. liste des ouvrages cités n» 36.
374 APPH:^JDICE
Mais l'abbé d'Artigny vint contredire l'opinion reçue. Voici ses propres paroles : « Cet ouvrage n'est point de Guillaume Rose auquel le P. Lelong l'a donné mal i\ propos. L'auteur s'y est dési- £^né de cette manière : G,G,R, A, Pcrccjrinus romanus^ îeltres initiales qui doivent ainsi s'expliquer : Gnillelmus Rcffinaldus Anulus. Cet Anglais dtoit alors àParis,etgran(i ligueur. 11 avait abjuré h religion anglicane à Rome, et c'est apparemment pour cela qu'il prenait le titre de pèlerin romain. Pitseus, ami et compatriote de ce Ueginaldus, lui attribuant cet ouvrage, il n'y a aucun lieu de douter qu'il ne soit véritablement de lui (1). »
Différents critiques déjà avaient donné le De Justa Reipuhlicœ in reges Authoritate à d'autres qu'à Rose. Il avait été question de Boucher, de Gilbert Génébrard et enfin de Guillaume Giffort (2); Andréas Westphalius (3) avait même dit : ce Hac larva se vêlasse putatur Guillelmiis Giffordus. » On peut voir les sources de ces différentes hypotlièses dans la Bibliothèque de Clément ; aucune n'était appuyée de la moindre preuve. David Clément se range d'ailleurs à l'avis de d'Artigny, et il ajoute, comme nouvelle preuve, que le nom de Rossœus n'était pas un pseudonyme de la part de Raynolds, puisqu'il y avait alias Rossœus dans son éi)itapbe. Fonlette, en ses additions au P. Lelong, prit le parti de son prédécesseur contre d'Artigny : « Qui empêche de croire, dit-il, que cet Anglais a pu faire la dédicace, Rose voulant se cacher? »
De nos jours enfin, la question, loin de s'être éclaircie, semble encore plus confuse. M. Weiss dit dans la Biographie universelle (i) : « L'opinion de d'Artigny n'a pas prévalu, et Rose reste l'auteur d'un des libelles les plus séditieux qu'ait enfanté la haine contre Henri IV. » Barbier, au contraire, dans son Dictionnaire des Anonymes ^ n'hésite pas à dire que « d'Artigny a raison,» tandis que le savant M. Brunet, en citant le De Justa Reijmblicœ in reges Authoritate^ ajoute entre parenthèses : ce Auctore Guill. Rose (5). » Tout récemment enfin, M.Hallam semble avoir adopte cette dernière opinion : ce A en juger, dit-il, par les preuves internes, from internai
(1) Mémoires de d'Artigny, in-12, t. VI, p. 178. — J'ajouterai que Reginaldus ou Raynolds est mort à Anvers en août 1594, âgé de 50 ans.
(2) Baillet, sans toucher d'ailleurs à la question qui nous occupe, dit dans sa table des pseudonymes : « Rossaeus Guillelmus : Guill. Gifîort et Guill. Raynolds ou Reginaldus. » (Jugem. des Savants, 1722, in-40, t. VI, p. 544.) Cela ne résout rien.
(3) Epist. Il de Libris public, auctor. combustis, Sedini, 1710, in-80, p. A, 4.
(4) T. XXIX, p. 19.
(5) Manuel du Libraire, au mot Justa.
AIM'KNDK.b MU
noidencc^ le livre parait ôlre Tiruvrc pluKHd'un Françaii qnc d*un (Hran^'CT (i).
Tels sont les avis contradictoircH de» hibliographos. Ln problème f^st <'Om|)li(pi(^, oïl le voit, plus eoniprKiu('î encore (|u'il ne; l'r^tail pour le Vindiriœ contra tyrannos^ \in{\u)\ liit tour à tour attribué i\ \\fizi\ i\ Duplessis-Mornay, puis dt'iiuilivenient rendu, par la crili(pie perspicace do Hayle, à la nidmoim do Hubert Linguct.
Une solution est-elle possible? On acoininis plusieurs erreurs.
M. Hari)ier a relève^ avec raison celle du I*. Lelon^', qui assurrî (jue l'édition d'Anvers ])orte la si^^natunî: Uossieus, vpisropus sylvanedcnsis^ ce qui lèverait toute difficulté, mais ce qui est une supposition {^'raluil(».
Il y a donc lieu d(î douter ({uc G. Uose soit réellement l'auteur du livre en question. Sans doute la tradition générale le lui attribue ; mais comme Le Duclial, j\ ([ui remonto celte tradition, ne donne aucune raison, aucune |)reuv(?, les scrupules sont légitimes.
Voil;\ où en est ce petit problème biblio^Tapliique. Hiscjuons à notre tour quehiuos objections, a|)puyons-nous de quelques textes nouveaux.
D'Artigny se tonde sur Pils, qu'il assure avoir été l'ami de Raynolds. Par malheur Pits ne dit pas un mot de cela, l)ien au contraire : « Ego saltom in eo glorior, quod scmel in vita hune homincm vidi et salutavi, Rotomagi, anno 1588. » Ce serait là une singulière amitié. D. Clément, qui pourtant avait eu recours au livre de Pils, a répété Terreur de d'Artigny.
Cette erreur vient de ce que Pits dit tenir la plupart des détails qu'il donne sur Raynolds, pro majore parte^ d'un ami commun, Guill. Gif tord (2). *
Mais, qu'on le remarque, \o DeJusta Rcipuhlicœ in reges Auîhoritatc, a été également attribué à ce Gifford. A l'époque où parut le livre de Pits, en 1619, Gifford en protita peut-être pour rejeter sur la mémoire d'un ami mort et oublié la solidarité de doctrines qui n'étaient plus de mise, après trente ans d'intervalle : ce n'est là qu'une hypothèse.
Autre objection : ce pseudonyme de Guill. Rossaeus, que Raynolds a pris sur quelques autres écrits insignifiants et qu'on lui a donné sur son cpitaphe, suffit-il pour que nous lui attribuions le De /i/s^a? N'était-ce pas là un nom courant et sous lequel on
(1) rntrodnct. to the Utcrat. of Europe, t. II, ch. IV, secl. II, g 32, note.
(2) Relationcvi Hisloricaniin de rcbiis anglicis, Paris, 1619, in-4'\ pag. 790 et suiv.
/}76 APPE.NDICK
8*6tail d(<jiUl(^^niisé? Thomas Morus ne Pavai t-il pas prison défendant Henri VIII contre Luther (1)?
Voici maintenant un texte favorable (je devrais dire défavorable, si je jugeais au fond le livre) à l'Écossais Guill. Raynolds. Je lis dans un des passages inédits de Lestoile publiés récemment par M. Champollion : a J'ay preste à M. Dupuys le livre d'un Escossois qui en matière de boucherie ligueuse n'en doit rien à Boucher, intitulé : De JiistaReipubl. in reges impios Authoritatc (2). » Or Lesloile est un contemporain, Lestoile était curieux de ces sortes de libelles ; il était renseigné sur leur origine. — Autre preuve : Raynolds préparait un traité polémique sous le titre de Calvinoturcismus. Sa mort, arrivée en 1594 , vint Tinterrompre, et ce livre ne parut qu'en 1597 ; or on verra tout à l'heure, dans le De Justa, les calvinistes également comparés aux Turcs. On croirait qu'il n'y a rien à répondre.
Mais, au contraire, plus on avance et plus la question s'obscurcit. Si l'auteur de ce traité est un Écossais, pourquoi, en parlant de Buchanan, son compatriote, dit-il : « Quidam historicus scotus(3) ? » Pourquoi, d'un autre côté, son compatriote Barclay Tappellcra-t-il aussi : a Rossacus quidam pcregrinus qui librum scripsit(4)? » Des réfugiés, même d'opinion différente, parlent-ils ainsi des écrivains de leur pays ?
On ne voit pas le moins du monde, par la lecture du traité môme, que Tauteursoit un Écossais. Sans doute il parle sans cesse de Marie Stuart, il maudit à toutes les pages Elisabeth, il injurie Morton (5) et le roi Jacques YI (6), il se moque même de ceux qui parlent des affaires d'Angleterre sans savoir l'anglais : « Ecquid bonus iste vir linguam anglicanam intelligit ? » Mais aussi comment un Écossais dirait-il vaguement, en parlant d'un fait accompli en Ecosse : a Scoti testantur. » Ne reconnaissez-vous pas une
(1) V. Vind. Henri VJII, reg. Angliœ a calumn. Lutheri, Londini, 1523, in-4'>. — Ce qu'il y a de singulier, c'est que le pamphlet de VAdmonitio, dont il a été question plus haut (p. 258), est aussi signé G. G. R. (voir Niceron, t. XXVII, p. 371.)
(2) Lestoile, éd. Champoll., gr. in-S», notice sur les mss., p, 13. — Je trouve aussi dans un ouvrage du jésuite Keller, écrit en 1611, ces mots : « Liber Rcginaldi de Just. Reip. etc., jesuitarum non partus est. • (V. Tyrannicidum, Monachii, 1611, in-4o, p. 108.)
(4) De Regno et regali potestate, Paris, 1600, in-4o, p. 248.
(5) Infamis ille proditor, ille Catilina, alter Colignius, Scotorum flagiosissimus... (p. 460 A.)
(6) Apostatam, bastardum, spurium, inferni lilium... (ib. B.)
APPKNhlCK 377
main fni(H'aiH(> danH cofl mots : « Soc p^iiKam (i^allici ^an^uinis aul indoliK lial)cnt... An^Hi wionû GalliM* hosirH?>»Kl pourUnlc« n'est point Rose, co nVst point un (^v<V(uo qui jiarl^. Un i^v^qur» auraitil dit: a Cnni nxorihns ri lilM-ris tranquille vivimus ? »
Jo conclus, autant (ju'on jicut allirmcr cri pareille matière, que \c De Justa Hcipnblicm in reurs Aulhnritatc n'est ni de Uaynoldn ni de Rose. DiMjui est-il ? Interrojçcons le livre lui-in<^me: l'auteur, h un certain moment, observe qu'au milieu de ces d<k-hiremcnts de partis, la Hour^^o^^Mie, si rc^cemment n^unie à la couronne, [lOiirrait bien se séparer et l'aire corps h part ; il ne le di^-^lre pas |>onrt;in!, quoiqnil soit Bourguifjnnn, parce qu'il met les intérêts de l'É-
p^Iisc et de la pairie avant ceux de sa province : a Non U'im
quid sil utile Bur^Mmdico nomini quam quid sit utile reipuhlicachristiana^ ex|>cndo ; nec in meipso tanli v<'l sanguinem hur^undicum vel mci rc^^is ^loriam, vel patria; amplitudinem quam Christ! fidem considero... Doum ex animo precor utGalIiîo vetcris sui im-
pcrii lorminos latissimos consorvet Sin vero (iallia a majorum
suoruni calholicorum lide disccdat, tum ego Galliaî non lantum pro uno scx ro^es cxoplo ut olim dux nosler Carolus, sed etiam decem et dccios mille si licri posset, omnibus nimirum urbibussuos soparatim rogoni et reculas impr(»cor (!). » Observons, en pissant, dans CCS derniers mois, que les idt^es de d<5mcmbiement n'eltVayaiont pas trop cette Li^uc, qui, dit-on, nous a donné Fani^c.
Je suis donc en droit d'inférer de ce qui précède, jusqu'à plus ample information, que le livre dont il s'ap^il n'appartient ni à Raynolds, le(|ucl élail Anglais, ni à Guillaume Rose, lequel était né à Ghaumont en Bassip:ni (2); mais que, malgré l'avis très-grave de Lestoile, il est d'un pamphlétaire bourguignon, demeuré inconnu.
Analyse de ce traité.
1. — C'est la nature qui a créé les republiques ei les sociétés civiles. La république choisit à son gré un gouvernement, soit royal, soit aristocratique, soit démocratique. Le principe de l'élection des
{'■2) Le Bassigni a été réuni à la couronne de France en 1361 avec la Champagne; les rois de France éublirent même un bailliage à Ghaumont (^V. le Dict, Géog. de Lamarlinière.) Ghaumont ne Rusait donc pas partie du royaume de Bourgogne.
rois ddcoule do la nature constituée par Dieu, et de la raison que Dieu aussi a donnée à l'homme (1). Le peuple peut, selon les exigences du temps et des mœurs, modifier le gouvernement. Cela dépend de sa volonté (2). Qu'on se souvienne que la royauté est voisine de la tyrannie, vicinam tyrannidem.
II. — Ce serait la marque d^unc Ame vile de négliger ce noble don de la liberté qui est en nous (3). Tout roi, avant de monter sur le trône, même par succession, doit interro{jcr la volonté nationale. Avant leur couronnement, les monarques n'ont pas d'autres droits sur leur empire que ceux du fiancé sur sa fiancée (4). Un prince qui se croirait roi avant. que cette solennité du couronnement ne fût accomplie, serait un tyran (5). Môme après Tavéncment, la propriété des domaine royaux reste au peuple (6), et c'est au peuple aussi qu'il appartient à son gré d'étendre, de restreindre, de modifier, d'abolir le pouvoir monarchique, ou de substituer un autre pouvoir au pouvoir existant (7).
III. — Qu'est-ce qu'un tyran ? Ce n'est pas assurément un roi comme l'excellent et très-clément (8) Charles IX : il suffit de rappeler ses actes, par exemple la saint Barthélémy, Justitia Bartholomœana (9). Qu'est-ce donc qu'un tyran ? (L'auteur développe ici les idées de La Boëtie; voir plus haut, p. lxiii.)