INTRODUCTION, S
(litions |><)liti(|n('s soiii t^^alonM'ut injustes aux yeux de l^a \\()v{k\ v\ il les repousse : « De eliois, jr n'm veoi.s point. » Mais le (jnfs populas se laisse facilement ahuser et tromper. On leeorrompt, on le s^^duil pardes n^eits merveilleux, eomme ceux de l'Oiillamme et de la S,iinte Ampoule; et il est la victime des courtisans, d(»s favoris, des financiers, en un mot, des a man^c-peuples. » Heureusement on ne peut invo(|uer la prescriplion; « les ans ne donnent jamais droict de mal fmre, ains agji;randissent l'injure. » Puis il y a toiijours des esprits favorisés, des esprits mieulx na\fs que les auHres, ayant la teste bien faicte; le jou^ç leur pèse et ils « ne peuvent tenir de le crouler (1). » C'est à eux que l'étude, le savoir, révMent les droits de la nature humaine; la liberté disparaîtrait de ce monde, qu'ils la retrouveraient dans leur imagination ; ils sont là pour protester.
La Boëtie est une de ces natures ainsi douées. Mais de conclusion pratique, il n'en donne point : « Dieu, dit-il seulement, réserve bien hVbas, h part, pour les tyrans et leurs complices, quelque peine particulière (2). » L'ami de Montaigne écrivait ceci à seize ans, par conséquent vers lo46. Le calvinisme alors n'avait pas encore h justifier Poltrot ; on n'était pas au temps ou la Ligue voulait absoudre Jacques Clément.
Il y a dans le Contv'un une certaine verdeur qui n'est pas sans éclat : le style a même de la fermeté ; mais il est tendu, il vise péniblement k rarchaïsme. En somme, ce n'est qu'une amplification, une manière iVessai, comme dit Montaigne luimême, l'élan d'un jeune cœur qui s'éprend de la haine antique contre les tyrans, et qui, n'ayant aucune idée des conditions et des nécessités sociales , déclame en rhéteur, comme avait foit Pétrarque à propos de Rienzi.
C'est le souffle de Genève, ce sont les premiers germes du futur presbytérianisme de Knox, qui s'amalgament avec Téru-
fis LES PRÉn^ATEURS DE LA LIGUE.
(lition enlliousiaste de la Renaissance dans le cerveau d*un enfant (1).
La Servitude volontaire a\ai\i été écrite très-antérieurement aux traités d'Hotinan et de Languet; mais, je l'ai dit, elle ne fut imprimée qu'en lo78 dans les Mémoires de r Estai de France. Le protestantisme revendiquait ce morceau à juste titre et le regardait comme son œuvre. On le lut avidement, et deux ans plus tard, en 1380, Montaigne pouvait dire : « Il court pieça es mains des gens d'entendement, non sans bien grande et méritée recommandation. »
Le nom de Montaigne rappelle aussi le nom de Buchanan, son ancien précepteur, auquel les dates d'ailleurs nous amènent. Après une vie errante et traversée, ce poëte célèbre, historien distingué , pamphlétaire bilieux , était revenu en Ecosse pour justifier la révolte contre sa bienfaitrice, Marie Stuart. En lo79 (il avait 73 ans), il pubha, sous le titre de De Jure Regni apud Scotos, un dialogue oii, avec tous les raffinements d'un cicéronien, avec la latinité fleurie d'un bel esprit de la Renaissance , il reprit le thème soutenu plus brutalement, et sans toutes ces aménités littéraires, par Hotman et par Languet.
Buchanan n'était pas le premier qui défendît, au delà de la Manche, la théorie de la souveraineté nationale. Déjà, sous ÉUsabeth, Hooker, obscurément il est vrai, avait, dans son
(1) M. de Lam nnais a réimprimé, en y ajouîant une préface, la Servitude volontaire de la Boëtie. Paris, Daul)rée, 1835, in-8o. M. de Lamennais dit, pag. 7 : « Le sentiment de la liberté se développait au fond des âmes, et, si les disputes de religion n'étaient pas venues le détourner de son cours; si, en dehors de toute contention, il s'était allié au principe chrétien et identifié avec lui, nous ne doutons pas que l'Europe n'eût fait alors dans l'ordre politique des progrès aussi rapides que ceux qui s'opérère.it dans des ordres différents. » L'hypothèse est commode ; mais est-elle acceptable? Les théories radicales :>e produisirent au xvie siècle de deux côtés, au nom de deux partis, d'abord par le calvinisme, puis par la réaction catholique. Cela est parfaitement distinct; il serait bon de choisir; tt l'on a peine à comprendre que M. de Lamennais, qui admire la Boëtie, admire en même temps la Ligue.
iNTHonuaioîi, § iiî. AO
Kcrlfsiaslical Volihj (1), revenfli(|iu^ le ronrours du |h'|J[>Ic; v\ Kuox (2), .'n(l(^ (l(s pnMiralfurs preshylérit.'ns (3), avait reconnu le droi! de disposer l(»s rois.
L'auteur du Uc Jure Htujni mit h profil les iddcs ant(^rieurement (omises en son propn^ pays, et il les fondit liahilernenl, dans la trame (H^'^^mte dt; son styh», avec les lti(V)ries que nous avons vud(^elopper sur le continent, en sorte qu'il eut l'air (finterverur à son tour dans la querelle avec ori^Mnalit»* et audace. Il n'en était rien pourtant ; tout ce qu'avance Buchanan avait ét('' dit, mais jamais exprimé, il faut en convenir, avec autant d'art et de talent. Ces déclamations vieillies semblaient rajeunir sous cette plume vive et châtiée.
Çà et là pourtant ([uehine proposition révolutionnaire se remaniuait, contre l'inviolabilité royale, par exemple : « Le peuple, duquel les rois tiennent tous les droits qu'ils ont, est
(1) V. HaUam's Introd. ta the Ut.of Europe, t. Il, ch. iv, sect. 2,
(2) On sait les maximes de Knox : « Plebis est religionem reformare. — Deus conslituit proeeres ad eftones principum appolitus cocrcendos. — Principes ub jnstas causas deponi possunl. » (V. B »yle, art. Knox.)
L'Angleterre offre aussi au xvie siècle l'exemple de ces apostasies de doctrines politiques par les partis religieux; ainsi les catholiques, qui disaient beaucoup de mal du gouvernement des femmes pendant le règne d'Elisabeth, en avaient dit beaucoup de bien pendant le règne de Marie. Voir un traité curieux de l'évéque de Bilson. Introdiict. to the liter. of Europe, t. IL, ch. iv, sect. H, g 40. — et sur Pavaeus, ibid., t. III, ch. iv, sect. 2, § 10.
(3) L'histoire de la chaire en France, c'est presque Ihistoire de la chaire en Angleterre. Dès le xv© siècle, les sermons politiques abondèrent dans la Grande-Bretagne. Lors de l'usurpation de Richard III, par exemple, les prédicateurs, le docteur Shaw et autres louèrent vivement le meurtre des enfants d'Edouard, cette tige bâtarde, cumme ils disaient. Ces traditions se perpétuèrent, et, dans les troubles religieux, la démocratie linit par envahir l'enseignement parénétique. Je n'en citerai qu'un trait. Jacques h^ disait, au rapport d'Israeli {Characf. of Jam^s the first) : « J'étais quelquefois calomnié dans leurs sermons populaires, non point pour quelque défaut ou vice qui me fût personnel, mais parce que fêtais roi... Ils regardaient la royauté comme le plus grand mal. » (D'Israeli's Miscellanies of literature, Paris, Baudry, 1840, in-S», t. II, p. 313.)
plus puissant qu'eux. La inullilude a sur les rois le même droit que les rois ont sur chaciue individu de la multitude (1). » — La définition du tyran donnée par Buchanan était aussi plus (lexible, plus commode, plus généralement applicable (2). Quant au réfiicide, l'aulenr du De Jure liecpii l'approuvait, mais pourvu qu'il fût entrepris avec prudence et exécuté avec vertu (3).
Comme Hubert Languet, Buchanan n'adoptait pas les idées de suffrage universel émises par Hotman , et bien antérieurement par Philippe Pot aux États de 1484. La foule est changeante, dit-il, bellua multonim capitum. Quand un roi doit être déposé, ce n'est donc pas la multitude même qui peut décider d'une chose aussi grave, mais plutôt des députés choisis parmi les trois ordres; toutefois il doit y avoir appel au peuple (4).
N'est-ce pas là le langage d'un autre temps ? Ne se croirait-on pas à une séance de la Haute-Cour ou de la Convention? Étrange époque que le xvr siècle ! Tout y a été dit, essayé, présagé, reproduit, le bien comme le mal, le passé comme l'avenir, le fanatisme comme l'impiété. On y assiste au pénible enfantement des sociétés modernes.
Le De Jure Regni eut en France le plus grand retentissement. Buchanan était en relation avec les personnages les plus influents de l'Europe intellectuelle; sa réputation littéraire était immense, aussi s'arracha-t-on son livre. Un de ses compatriotes, l'Écossais Adam Blacwod, conseiller au prési-
(1) Populo jus esi ut imperium cui veUt déferai. (Ap. Rerum Scotic. /^îs^o)'. Edimb.,1643, in-8", p. 11.)— Conteudimus populum,aquo reges habeiit quidquid juris sibi vendicanl, regibus esse potenliorem, jusque idem in eos habere multitudinem quod illi in singulose multiludine habent (p. 52).
(2) Kex volenlibus, tyrannus invitis iinperal. Regnum liberi inter Uberos est principatus ; lyrannis domini in servos (p. 34).
(3) Opus est in aggrediendo prudentia, in efficiendo virtute (p. 64).
(4) Nunquam existimavi universi populi judicio eani rem permitti deberi; sed ut ex omnibus ordinibus sclecti ad regem in consiUum coirent... id ad populi judicium deferrctur... (p. 21).
iMrnonrcTun, i!i m. Tf
(liai dr Poiliors, se liAla de le n^fuler (1). C't^Uil peine mutile : Tinli^nH v\cM par le livre de Budianan venait trop lard. Ce drvail Alrr W dernier manifeste important d(î In diimoeralie calvimenne; ralliance momeiilaiH^e d<îs idtîrs protei^ tantes et radicales était rompue. Kn An^Meteire, avant de faire alliance avec l'aristocratie, elle a encore à reparaître avec les Puritains, avec les linh^pendanls, avec les Conmmnes; elle a i\ tenter je ne s.'iis ipielle utopie de gouvernement hébraïque, de r(^[)ul)li(pie sous riniluence immédiate de Dieu ; mais sur le continent, le calvinisme allait rentrer, ét;ut rentré déjîi dans la franchise de son roh; aristocraticiue. Je l'aime mieux ainsi, je l'aime mieux (h'^s lors, parce qu'il est politi- (|uement sincère, parce ([u'il jette ce mas(|ue du radic^ilisme (jne l'intérêt seul lui avait fait prendre. Il est facile de parler d'une manière absolue de la démocratie proteMantc, comme le fait M. do Bonald ; on vient de le voir, les textes abondent, parce qu'on les prend dans les livres, dans les traités, dans les pamphlets : ils ne sont pas dans l'histoire (2). C'est la plume, ce n'est pas l'épée qui est démocratique chez les calvinistes.
La défection du duc d'Alençon, sa mort, l'avènement probable du huguenot Henri de Navarre, firent réfléchir les protestants. Les théories soutenues par Hotman, par Languet, par Buchanan , ne fournissaient-elles pas des armes trèsfortes aux catholiques pour rexclusion de Henri IV, pour rélection de Henri de Lorraine (3) ? Gela était évident. Or la France catholique agissait presque exclusivement d'après la volonté du duc de Guise ; car, selon l'expression de Balzac, dans ses Entretiens, « elle étoit folle de cet homme-là, c'est
(1) Apohnjin pro Regihus contra Buchananum. Poitiers, 1581, in-S». — Pour y répondre, François Estienne donna une traduction de Languet sous ce titre : De la Puissance légitime du prince sur le peuple, et du peuple sur le prince, 1581, in-8o. C'est une des dernières publications radicales des huguenots.
(2) Cette marque sera confirmée plus loin.
(3) Bayle, art. Hotman.
trop peu dire, amounMise. » Henri de Guise savait sa puissance; il en usa dans l'ordre de ses intérêts ; il fit la Ligue. La Ligue n'était autre chose qu'une insurrection contre la royauté dans le sens orthodoxe, comme les guerres du calvinisme étaient une insurrection dans le sens hérétique.
D^s ce moment, rinducmce de Henri de Navarre, qui voulait alors arriver h la couronne par les huuuenots, se fit sentir chez les puhlicistes protestants ; riniluence de Henri de Guise, cjui voulait arriver à la couronne par les ligueurs, se fit également sentir chez les puhlicistes du parti catholique. On s'emprunta donc mutuellement ses doctrines politiques : les calvinistes, dès lors, recommencèrent à vanter le droit divin et le pouvoir absolu, tandis que les catholiques se mirent à déclamer en faveur de la souveraineté du peuple, en faveur du régicide. Des deux côtés on oublia ses antécédents d'hier, on se jeta dans des excès opposés, et le mot familier de Luther sembla se traduire dans les faits : « L'esprit humain est un paysan ivre; il tombe d'un côté, on le remet sur son âne, il tombe de l'autre. » Au temps de la Saint-Barthélémy , sous Charles IX, les catholiques romains, Vigor , de Sainctes , n'avaient parlé que de soumission au roi (1); les affaires aysLUi pirouetté y comme dit Bayle, ils louèrent le meurtre des princes.
C'est d'Espagne qu'étaient parties, par Philippe II et contre le prince d'Orange, les premières théories catholiques d'assassinat légal ; c'est en Espagne également qu'elles se réfugièrent, après la Ligue, dans le livre de Mariana.
Les ligueurs affichèrent leur sympathie pour les différents meurtriers de Guillaume de Nassau, prince d'Orange, mis au ban de l'Europe par leur protecteur Phihppe II; ils louèrent Salcède, ils louèrent le jacobin Antoine Timmermann, confesseur de l'Espagnol Jaurigni (2), ils louèrent plus particuUè-
(1) V. dans Bayle l'art, dr Sainctvs.
{"2) Hyacinthe Choquet n'a pas craint de faire le plus grand éloge de Timoiermann : « ... Deo se hostiam exhibait, ang(3lis laetitiam peperit,
IlSniOlH'CTION, jtj III. 78
nnu'iil liallh.i/.iir (l«!r;inl , s;ms douir p.in'r (jn'iI ;iv;nt nlussi (1).
D'im :\\\\vr ct)U^, foui ni intriKiiaiit pour sr di'livnT rrKIi- /alnMli, cl loiil vu sr incllanl ni rappori avec loronspiralnir William Parrv, les jT'suihs de la Graiido-Rn'ta^cnrri'fiigirfsfîn France, h Douai et h SainI -Orner, tonnaieni eoiitn; la royaut«5 aiif;laise. Ainsi riiiillaunie \llen d<^liail W, suj(îl de loiitc fidé- \\U\ envers le |)rinee lh''nHi(|ue : liih'm datam tnli principi non servit (4): el Parsoiis, sous le nom de PtiiiopAlrrdans sa lWp())ise () Elizahcth et sous et^lui de Doleman dans sa vAlbbre Confi^'encc, altaipiait le |)rincipe de rin''rédit(' et diTlarait que « les sujets doivent chasser les monanjucs lorscprils ne prol(!j2:ent point la foi (8). »
Ainsi, en France, les premi^res attariues des catholiques contre laroyauti^ la premii'^re justification du n^gicide, avaient lieu à propos de deux princes étrangers, de deux princes protestants, Elizabeth et Guillaume de Nassau. Mais les doctrines une fois admises, on se trouva poussé à les appliquer aux princes régnicoles et orthodoxes, au roi Henri III. Les théories calviniennes du Franco-Gallia, du Vindiciœ anitra turaunos. du De Jure Regrii, de la Servitude volontaire, devinrent décidément des théories catholiques.
Le ligueur Louis Dorléans (4) se chargea de justifier cet
calholicis lachrymas e\cussit, harelicis et admirationi et terrori : nunc vero œterna fruilur vitae meUoris felicitate. >> {Sancti Belgi ordinis prœdicatorum, Duaci, WYS, in-S». p. l'il.) Timmermann était deDunkerque ; il périt en 1582, à l'âge de 36 ans.
(1) V. Ls cruels et horribles tormens de Balth. Gérard, vray martyr, soufferts en V^xècntiou de sa glorirnse el mémorable mort pour avoir tué Guill. de Xanssau, prince d'Orenge, ennemy dr son roy et de VÉglis' catholicque. Paris, Dncarroy, 1583, in-8o de 14 pag.
(•2) Ad persecutores Anglos pro chrisL Responsio, ap. Ranke, //JS^ de ta Pap. tr. fr.. t. III, p. 224.
(3) Ranke ib. — Cf. Mém. pour scrv. à Vllist. des Jésuites, ou Extr. de De Thou, 1761, in-12, part. ii. p. 8 et 17.
(4^ Ce Dorléans, qui devait jouer tous les rôles, s'était d'abord montré grand partisan de l'absolutisme dans des vers adressés au contradicteur de
74 LFS PRl'DICATEURS DE LA UGUE.
échange de foi politique : « Qu'on mesure les huguenots à l'aune oîi ils mesurent autruy. Suivez leurs conseils, conformez-vous au chemin qu'ils tiennent pour s'establir, vous vous establirez vous-mêmes (1); » et il ajoute : « Il les faut fouetter des verges qu'ils ont cueillies. »
Pressés par ces arguments, les publicistes protestants se rejetèrent, après quelques hésitations, vers Tabsolutisme. Il fallut alors renier ce qui avait été écrit antérieurement. Languct était mort à temps, en 1581 ; on sait aussi les derniers mots prononcés, Tannée suivante, par Buchanan : « Je m'en vais là où il n'y a guère de rois. » La vie de Fr. Hotman s'étant prolongée jusqu'en 1390, l'auteur du Franco- Gallia (2), qui, le premier, avait formulé la théorie de la souveraineté populaire, ne put rester fidèle à son système; il dut lui-môme se réfuter et céder aux exigences, aux intérêts de son parti : dans le De Jure successionis, il se déclare formellement pour la succession linéale. C'est qu'il ne s'agis-
Fr. Hotman, Matharel, il s'était plaint des idées subversives du Franco-
Gallia :
Non parcitur uni
Auguste capiti régis
le voilà maintenant qui adopte les idées d'Hotman. Avocat général du parlement de l'Union, il prit part à touts les événements de la Ligue. C'ost lui qui, très-peu de semaines avant l'entrée de Henri IV à Paris, proposait de « bailler les prédicanls aux. Seize la veille de la sainct Jehan, afin d'en faire offrande à Sainct-Jehan en Grève, et que atachez omme fagots depuis le pied jusques au sommet de ce hault arbre, et eur roy dans le muid où l'on met les chats, on eusl fait un sacrifice agréable au ciel et délectable à toute la terre. » [Le Banquet et aprèsdisnée du comte d'Arête, Paris, Bichon, 1594, in-8o, p. 452.) On peut voir dans Lestoile toutes les platitudes finales de Louis Dorléans; c'est lui qui appellera Henri IV « Hercule vainqueur de l'hydre. »
(1) Le catholique anglois, 1587, in-S», p. 74 et 75.
(2) En 1586, Fr. Hotman gardait encore ses opinions. Il ajoutait à une nouvelle édition du Frnnco-Gallia six chapitres pour prouver que les parlements avaient anéanti les états généraux. « 11 est, dit le père Lelong, peut-être le seul républicain qui se soit déclaré contre les parlements ; mais il changea de ton dans son De Jure successionis, »
IMTIlODrCTION, S •'*• 75
sail plus (l<î renverser Charles IX, mais de faire n'»gner Henri IV (1).
Le cilvinisine, dnranl les Iroiihles de laLi^uc, necessa de soutenir la rovauh^ ; e't^tail son r^ile. a Dieu, disait I)u[)lcssis- M(»rnay dJ's loS(l, |)rend en main la eause des roys et se tient l)less(! en leurs personnes (4). » Plusieurs trait<!s d'origine calvinienne parurent successivement (|ui ctler(•lI^^•nl à constituer la monarchie sur une bast^ lo^ncjue. Pour soutenir Henri de Navarre, on s'appuya ouvertement sur le droit divin (H). La théorie du n^i^^icidi^ fut n'pudi('»e, et, à Toccasion de Tassassinat de Henri IlTpar Jaccjues Chôment, il v eut des protestations chez les hu^aienots.
En un mot, l'abdication mutuelle de Tabsolutisme par les catholit|ues, de la démocratie par les protestants, était consommée. Bientôt les lijï;ueurs purent reprocher avec ironie aux fwuveaux huguenots de substituer la fiction héréditaire à la souveraineté du peuple. Les calvinistes, à ce qu'il parait, étalaient dès lors avec emphase leurs arguments comi)laisanls en faveur de la royauté, altollunt régis nominis amplitudinem [i).
(1) Dodin prit un autre parti : malgré le penchant qu'il avait pour le calvinisme, malgré sa conduite aux États de 1576, où il s'était montré favorable aux réformés, on le vit so jeter dans la Ligu^?. En l'i89, il adressa même aux habitants de Laon une proclamation en faveur Mayenne où il était dit que « le soulèvement de tant de villes et d* parlements en faveur de M3I. de Guise ne devoit pas être appelé rébellion, mais révolution. >> Niceron assure que c'était une suite de l'esprit républicain de Bodin qui le portait toujours à ce qui pouvait affaiblir l'autorité royale. (Mém., t. XVII, p. 2oî2.) Il se trouve, en effet, qu'en passant du calvinisme dans la Ligue , Bodin n'a pas changé d'opinions politiques.
(2) Mém. de la Ligue, t. l, p. 79.
(3) V. Explicatio coutroversiarum quœ a nonnuUis moventur ex Henrici Borbonii régis i)i regnum Franciœ cunstitutione. Sedan, 1590, in-8o, ch. n (trad. du franc, par Berchet).
(4-) Refellitur opinio uovorum calvinistarum qui ex sola sanguinis successione, plénum regnandi jus proximo hceredi vendicant contra quos probatur plenitudinem et perfectionem regiae potestatis pendere ex
C'était un triste spectacle que celui de tant d'idées générales, de tant de théories diverses, ici monarchiques, Ih républicaines, mises de la sorte au service des passions et des besoins, répudiées ou prônées selon les chances des partis, selon les rancunes des factions. Le sceptique Montaigne, témoin de ces variations et de ces apostasies, en était indigné : « Voyez, s'écrie-t-il avec chaleur, Ihorrible impudence de quoy nous pelotons les raisons divines, et combien irréligieusement nous les avons rejetées et reprises, selon que la fortune nous a changés de place en ces orages publics. Geste proposition si solennelle : s'il est permis au sujet de se rebeller et armer contre son prince pour défense de la religion, souvienne vous en quelles bouches ceste année passée l'affirmative d'icelle estoit Tarc-boutantd'un party, la négative de quel autre party c'estoit Tarc-boutant ; et oyez k présent de quel quartier vient la voix et instruction de Tune et de Taultre, et si les armes bruyent moins pour ceste cause que pour celle-là (1). » J'entends de loin la voix séditieuse de Boucher et de Guillaume Rose; c'est de la Ligue qu'il s'agit.
Bayle, avec son esprit inquisitif et sagace, a, presque seul après Montaigne, touché d'un mot ce point obscur de l'histoire de la Réforme, je veux dire le moment précis oii la politique radicale passe d'un pôle à l'autre. « Les révolutions de France, dit-il, changèrent de telle sorte la scène que les maximes des deux partis passèrent réciproquement du blanc au noir (2). r>
On verra, par la suite de ce travail, que la démocratie de la Ligue atteignit et peut-être dépassa la démocratie des huguenots (3^. La voilà qui s'écrie en prenant les armes : « Le peuple fait les rois, il les peut desfaire comme il les a
consensu reipublicac. (De Just. ficip. in rp(j. imp. Authirit. 1590, p. 20 B.
(1) Essais, 1. II, ch. xii, éd. de M. Vict. Le Clerc, 1826, t. Ilï, p. 11.
(2) Art. Hotman, not. I.
(5^ V. Dial. du royaulme auquel est discouru des vices et des vertus des roys et de leur établissement. Paris, 1589, in-So.