‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la LigueChapitre 6 sur 22 · DE LA SAINT-BARTHELEMY A LA MORT UE HENRI III · texte numérisé non relu

DE LA SAINT-BARTHELEMY A LA MORT UE HENRI III

Les prédicateurs catholiques et les prédicateurs calvinistes. — Le P. Le Picart. — Jean de Hans. — Catherine do Médicis et Fournier. — La Saint-Barthélémy. — Une citation des sermons de Cornelio Musse décide Charles IX. — Approbation donnée au massacre. — Arnaud Sorbin. — Panigarolle, évéque d'Asti.

Une des causes qui ont le plus efficacement contribué au succès delà Réforme, c'est qu'elle eut pour ainsi dire le privilège et presque le monopole de la science et du talent. Que ses docteurs soient des esprits \1olents ou obstinés comme Luther ou comme Calvin, qu'ils aient le génie de la douceur et de l'innovation conciliante comme Mélanchthon, qu'ils ne soient même que des sceptiques indécis et non adhérents comme Érasme, des érudits railleurs comme Henri Estienne ou Reuchlin, des pamphlétaires cyniques comme Ulrich de Hutten, ce sont eux le plus souvent qui l'emportent par la suite de la dialectique, par la

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verve de la plaisanterie, par la variété et l'étendue des connaissances. On dirait que le catholicisme, depuis (ilémangis, depuis Pierre d'Ailly, depuis Gcrson, ces âmes couraficuses qui, au milieu des luttes du grand schisme d'Occident et de la décadence croissante de la discipline et de la foi, s'essayèrent à renouveler la gloire des grands siècles chrétiens, la logi(iue de saint Thomas, le mysticisme de saint Bonaventure, réloquence de saint Bernard; on dirait que le cathohcisme ne peut retrouver dans son clergé, naguère si puissant, quelque chose de cet éclat de parole, de cette force de raisonnement, de cette profondeur inspirée, de cette science toujours nouvelle, qui ne lui avaient jamais fait défaut contre les hérésies ou dans les conciles. Il faut l'avouer; par une singulière fatalité, l'église romaine, dans cette grande et fondamentale querelle de la Réforme, ne fut pas à la hauteur de ses puissants antagonistes, à la hauteur de sa destinée. Toutefois le cathohcisme, je ne dis pas en fait, mais pour le talent, pour la science, pour la vérité, ne perdit pas à attendre, à attendre un siècle. Aucun livre de controverse n'est supérieur à V Histoire des Variations; aucun génie, dans Tordre théologique, n'est supérieur à Bossuet.

Si Bossuet était venu un siècle plus tôt, au concile de Trente, par exemple, il n'eut pas empêché sans doute une révolution rendue inévitable par la nature même des choses et par rentrainement des circonstances : il en eût au moins modifié le développement. Mille forces éparses, et sans valeur dans l'isolement, se seraient groupées autour de lui et auraient plus aidé encore à la résistance que l'institut, d'ailleurs si influent, des jésuites et surtout que l'inquisition de Caraffa. La discussion aurait gagné en sérieux et en dignité. Mais Bossuet ne vint pas, et la violence prolixe du langage, l'intempérance d'une banale érudition biblique, se substituèrent presque partout à la vérité de la discussion, à renseignement contenu de la science.

En s'en tenant seulement h la France, à l'histoire spéciale

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de la chaire, à cette donnée particulit^e et resLrtinle de la prWicalion, le inûinc speclaele se retrouve. On no |k*uI se fif^urep de (iiirl Ion les hn^^uenots sontirailés par nos sermonnaires d'avant la Li^u(i. (les injures au surplus étaient rëeiproques. Dans les conférences d(; Poissy, où les deux partis sont en présence, on n'a, nial^çré kîs violences d(î la lin, on n'a vraiment que les ain(;nilés. L'éloquence diserte du cardinal de Lorraine, que Bossuet appelle indulgemment un (jrand qénie (1), se plut à briller dans toute sa politesse, et Théodore de Bèze aussi, réservant les emportements pour ses pamphlets, apporta surtout à ce colloque théologique les grâces faciles de sa parole. Il n*en éuûl pas de nrjéme dans les chaires. Là aucune mesure n'était fçardée, et, durant les huit guerres civiles ([ui désoitVcnt la France jusqu'à l'Kdit de Nantes, le clergé par ses sermons joua un rôle considé rable et aida le plus souvent à la violence des partis.

DiK ans avant le supplice d'Anne Dubourg, en 15 >4, le père François Le Picart, doyen de Saint-Germain l'Auxerrois, en était venu à dire, en chaire, des protestants : ^ Le roi devrait pour un temps contrefaire le luthérien, parmi eux, afin que, prenant de là occasion de s'assembler liautement partout, on put faire main basse sur eux tous et en purger une bonne fois le royaume (2). » Ce conseil ne fut pas suivi

(1) Variai. ,\, IX, g 91.

(2) Bayle, art. Rose.— Le Picart était né à Paris en 1504; il mouru t en 1556. (V. la note de Le Duchatsur le ch. vu de la Cunf. deSancy; ap. Jvurn. de Henri 1\\ édit. de Cologne, in-12, 17^20, t. II. p. 192.) Th. de Bèze, dans son célèbre Passavant, a attaqué jusqu'à trois reprises différentes le P. Le Picart. Il l'accuse particulièrement de professer une doctrine fort relâchée sur la vérité : « Deinde docuistis me et M. noster Picardus quod mentiii ad boiiam inteiitionem non est malum. >» Il paraît que le P. Le Picart, l'un des plus violents adversaires de la Réforme, faisaU de grands gestes et invoquait souvent la Vierge dans ses sermons, car je lis un peu plus loin : « Ah magister Picarde, si tu esses liic tu bene diceres ma ierDei et pueri bene te irriderent... » et, quelques pages après : « Picardus sibi f régit bursam clamando mater Dei, contra lutheranos. » {V. le Passavant, à la suite des Littcrœ obscur, viror. ; Lond., 1710, in-12, p. 304, 316, 32:2.

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par Henri II, auquel il s'adressait, mais il semble l'avoir été par Catherine de Médicis et par Charles IX, qui s'abandonnèrent sans trop de réserve aux idées de la Réfoime, puis les quittèrent, la première par la longue initiation delà politique et de Texpérience, le second avec brusquerie et sous Tinflucnce ombrageuse de sa mère ; tous deux pour se rejeter dans une orthodoxii.' sanguinaire et vindicative, pour arriver au massacre de la Saint-Barlhéleinv.

Mais n'anticipons pas sur les temps. La prédication pendant ces luttes religieuses répondait le plus souvent à la situation politique et militaire. Quand les deux partis étaient aux prises, les sermons excitaient à la victoire; dans Tintervalle des hostilités, après les édits de pacification, après les traités de paix, toujours temporaires, ils poussaient à la rupture des trêves et appelaient aux armes. Cette tendance belliqueuse se manifesta dès Tabord. C'est une conquête toute moderne que la liberté de conscience (1). On ne croyait pas alors à la coexistence possible et parallèle de deux cultes, de deux religions. En appeler de chaque côté à la force jusquà la mort, comme écrivait Pie V, jiisquaux coups tVarquebusCy ainsi que disait de son côté Calvin, paraissait des deux parts légitime et nécessaire. Quand THopital distinguait le croyant du citoyen et rangeait dans deux ordres distincts les devoirs de l'un et les droits de l'autre, il ne pouvait être compris, il devançait son siècle.

Au temps que Catherine de Médicis se montrait encore favorable à la politique des huguenots, les résistances du parlement enhardirent les prédicateurs. Après Tédit rigoureux de juillet 1531 iaiposé au gouvernement de la reinemère, et que le gouvernement héritait à exécuter, François de Guise dit ouvertement que, si l'on attendait trop, « son

(1) Bossuel ne dit-il pas encore : « Les protestants et les catholiques sont d'accord sur la question de savoir si les princes chrétiens sont en droit de se servir du glaive contre leurs sujets ennemis Ih TF :];<n et de la saine doctrine. » Hist. des var., 1. X, ^ 56.

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i^\Mh) ne lieiidrait pas au lourn^u. d Les sermons^ qui redoulilaitiit parluut avec une fréquence (1) el une ardeur croissantes, ëlaieiit tous sur ce ton cxas|)énî : un nnrjiine, entre autres, m\ à Saint-Qucnlin, frère Jean de Ilans, prêchait deux fois par jour a avec grande facilité de langue fil d'esprit »{i), tenait tcHcà tous les ministres, et animait le peuple « h prendre les armes. » I^(î prévôt eut ordre d(î l'enlever de grand matin et de le conduire, lié et garrotté, à Saint-Germain oii était le roi; mais hs boin'goois natables se transportèrent en foule dans cette résiih iice royale, et, irritas de ci lie indujn'ilé (dit lui-même le sage Pas(|uier), ils demandèrent que le prêcheur leur lïit rendu. Il lallut céder. Lerelij^ieux rentra dans Paris avec un innnonse corté^ic de gens à pied et à cheval qui applaudissaient « connue si c'eut esté un grand prinas » it le lendemain, uni; procession solcrincllc eut lieu en l'église Saint-Dartliélemy, pour louer Dieu de ce triomphe. Cette faiblesse du roi ne fit qu'aiguillonner la verve de Jean de Hans, et tous les jours, dans sa chaire, il fit grands trophées de hi priso)).

Les huguenots se vengeaient à leur tour par des prêches virulents, par des représailles sanglantes (on sait les tristes scènes de Sainl-Médard) ou même par des farces grossières, expression cynique de leur dédain puiu' la messe (3), et qu'eussent avouées à peine les héros sans vergogne de V Apologie pour Hérodote ou du Baron de Fœneste. Le parlement, le roi intervinrent, mais en vain, par des arrêts, par des édits [i); des intormalions turent prises contre un prédicateur catholique qui, parlant de Tétat du royaume, (w avait fait une similitude de deux enfants tenant une pomme et se jouant d'icelle, laquelle est prise et emportée par un tiers n'y ayant

(1) }lém. de Castelnau, 1. III, cli. vi.

(2) L'^ttres de Pasquier, IV, 12, 13. OEurres. 1728, in-f<^, t. II, p. 89, a, c]

(3) r. Mém. de Condé, 1743,. in-4o. t. II, p. 190. (4* /(>.. t. lî. p. 3.V2, t. m, p. 13,

aucun droit ; » mais on n'osa pousser l'affaire, et un édit fut seulement publié (jui défendait aux prêcheurs des deux religions, soufi peine de la hart, d'user de paroles tendant h exciter la rébellion.

Ces mesures insuffisantes n'eurent aucun résultat et les attacjues recommencèrent, même à Paris, sous les yeux du pouvoir, avec une vivacité qui ne ménageait ni Catherine, ni ceux qui étaient assis à ses côtés au pied du trône . Fournier (1), prêchant à Saint-Séverin le jour des Rameaux, s'échappa k dire : « Ce n'est pas l'état d'une femme de conférer les évéchés et les bénéfices. La reine, mère de J.-C, se voulut-elle mêler de l'élection de saint Mathias? » Le texte le plus simple et le plus précis menait aux allusions. Le même Fournier, prenant pour épigraphe ces mots de l'office du jour : « Allez à ce château qui est contre nous », disait par exemple au peuple : « Au latin il y a castelliim ; mais ce n'est pas un vrai château; comment le nommerons-nous? Castellum est diminutif de castmm , il le faut nommer en françois chastelet ; chastelet n'est pas propre, il faut donc Chastillon. C'est ce Chastillon qui est contre vous et qui vous ruinera si vous n'y prenez garde (2). » Ce plat jeu de mot désignait Châtillon, amiral de Coligny, aux poignards qui s'aiguisaient déjà pour le frapper quelques années plus tard. Des magistrats furent chargés de poursuivre le séditieux orateur ; mais le rapide courant et, pour emprunter le mot ambitieux de Vico, les ricorsi fréquents des affaires d'alors ^ empêchèrent de donner suite à ce projet de répression. L'exemple d'ailleurs eût été isolé, et la licence dans les chaires était devenue générale. Il n'y avait plus de frein. De Thou, au XLiv* livre de son Histoire, assure qu'on prêchait ouvertement le meurtre des huguenots. Quelques-uns allè-

(1) D. FéUbien et D. Lobineau, Hist. de Paris, 1725, in-fol., t. II, p. 1074.

(2) Keg. mss. du parlement, ap. Dulaure, I/ist. de Paris, 1821, in-S*^, l. m, p. 126.

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n!n( jusqirà (inc,<laiis les sonnons, que si le roi t»'o|>|K>Mi( par trop au uiassacre des caiviiiisles, il le falLiil rfétrôner cl enliîituer on un oouvcnl.

Une coïncidonce sin^uiion^ ralUoho parlu:ulioromonl ia pniilicalion au (ait nirnio do la Samt-Uarlli('îlrmy. Dans la nuit qui priiakla celle nialliourousc journée, (iliaiios IX liésilajt; un mol, une citalion de sa mère le di'cida. Le trait élait emprunté an\ sermons de ce Cornelio Musso qui av;ut prononcé une homélie si ridicule à l'ouverture du concile de Trente : Pietù lorser cvuilele, crudellà lor scr pietosa (1). Ce furent les derniers mois prononcés par Catherine, et Charles IX laissa aussilot donner le signal.

Les admirateurs de la Ligue ont beau faire, il y a une certaine solidarité entre la Ligue et la Saint-Barlhéleray. Trois prélats, Sorbin, Henncquin et Panigarolle, qui depuis furent des ligueurs fougueux, des chefs indueiils de l'Union, ont trempé dans les événements du ti août Vrr2, ou les ont absous par leurs éloges. Le fait est assez remarquable pour que j'insiste.

Non-seulement Aymar Hennequin, évoque de Rennes (2), qui, depuis, présida le Conseil des Quarante, avait approuvé en chaire la Saint-Barlhélemy ; mais, dès lo79, dans des pages virulentes et destinées spécialement à prôner la Ligue, il appliqua à Charles IX le mot de saint Âmbroise sur Théodose à propos du massacre de Thessalonique : « Vir quem vix possumus invenire (3). » Voilà la transition, le point de contact marqués.

(1) Les livres de l'évêque de Bitouto rtspirent l'intolérance; c'est pour cela que d'Aubigné dit dans la Confession de Sancy : « J'ay leu ces braves sermons qui m'ont préparé le cœur au prochain massacra. » (P. 348. — Cf. la remarq. de Le Duchat, p. 370. )

(3) 11 était né à Troyes et devint évéquede Rennes pai' la protectioQ des Guises. On a de lui quelques traités assez insignifiants, mais peu cammuns. V. Biog. In., t. XK.

(3) Voir les trois harangues latines à la suite de i,a Brcvis Descriptio missœ, 1579, in- 12.

M 'lKS PUKDICATFAms OK LV LIGUE.

On en trouve une autre preuve dans la conduite d'Arnaud Sorbin, évoque de Nevers (1). Di'S les premiers mois de 1572, ce prédicateur faisait rage contre le roi, qui n'ordonnait pas de tuer les huguenots; il excita mi^me publiquement le duc d*Anjou h entreprendre V(evvre lui-même, « non san<5 lui donner quelque espérance de la primogéniture, comme Jacob l'avait eue sur son frère Esaii. » Eli bien, ce que Sorbin avait fait sous Charl'.'s IX, il le fit sous Henri III, dont il voulut également la déchéance. Apologiste et moteur de la Saint- Barthélémy, il fut apologiste et moteur de la Ligue.

Mais c'est surtout h l'égard de Panigarolle que le rapprochement est légitime, que le rapport est manifeste. Là il y a des textes formels, des sermons imprimés. On a de Panigarolle un éloge de la Saint-Barihélemy et un éloge de la Ligue. L'évêque d'Asti sera un de nos héros les plus actifs.

Ce prélat avait singulièrement débuté. On peut voir au long dans Tiraboschi le curieux roman ûe sa jeunesse (2). Panigarolle était né à Milan, en 1548. Issu d'une famille patricienne, doué d'une mémoire et d'une facilit(î prodigieuses, il avait tout pour réussir. Quand il alla faire son droit à Pavie, les pieuses idées de son enfance lui étaient encore présentes, et il songeait à se faire franciscain. Mais l'exemple de ses camarades le perdit, et il se jeta avec passion dans les plaisirs et dans les aventures de spadassin. Un duel nocturne dans lequel il tua son adversaire le força de fuir. Il se réfugia à Bologne, ou les bals, les banquets, les orgies, toute une vie folle, élégante, dispersée, lui firei.t oublier ses précédents et tristes excès : Féroce guerricro in Pavia, cUvenne in Bologna gentile e vezz'jso gwvcine,

Panigarolle apprit tout à coup que son père mourant voulait

(1) Le Duchat, not. s"r la Conf. de Scncj, p 430 et suiv. — M. Philarète Chastes ne va pas trop loin quand il parl*^ du râle orftVwa; de Sorbin, etc. (Tahl. d- In litt. fr. au xvi« slcclr, iS'i9, in-S», p. 1551

(2) Storia deUa Lettsrat. italian. Roma, 1785. in-4o, t. VÏI, part, ni, p. 424 e seg.

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recevoir sesadieiix (I). Ilarriva trop tard ii Milan; mais rclUî l(M;on (le la iiioil rnv.iil IoucIk^ vi il coiirul à FV)l(>^'ne se jrl(T dans un coiivenl de (lonleliers. Apn^'s avoir pris l'hatMt h Florenre, en ITid?. le jeune (converti d«4)uta dans la chaire, avec un talent ineoniparaî^le. V\e V, d^s (pi'il Teul entendu, s'int<^ressa si vivement h lui, (ju'il l'envoya étudier la théo- \{)pc à Paris.

Pani{;an)ll(î n'avait «lue vin^^t-(|uatre ans, et ni^anmoins il obtint, comme pn'dicatiMir devant la cour de France, les plus grands succi'^s. Je trouve précisément dans un de ses nombreux recueils p:!rénéti(|ues (2) le sermon (3) qu'il prononça, un mois après la Snnt-Bartbélemy, dans Téglise de Saint Thomas-du-Louvre , en présence de Charles IX, de Henri, roi de Pologne, et de Catherine de Médicis.

C'est un dithyrambe déclamatoire et métaphori(|ue en faveur de la monarchie. Di dio re, tel est le programme du prédicateur, et dans ce simple mot de roi, brevissima sillaha rc\ il trouve une ample matière de llatterie. Panigarolle ne dissimule pas sa prédilection pour la forme une, simple, divine, du gouvernement absolu (i); le monarque est tout selon lui, mais après le pape, bien entendu, drnt le prèciieur ultramontain réserve les droits au spirituel comme au temporel sopra tutti i régi del mondo [S),

Après ces généralités banales, Panigarolle arrive au roi très-chrétien, qui a le privilège du saint-chrême et de la guérison des scrofules, puis à Charles IX lui-même. Enfin, quand il a épuisé les éloges ampoulés et les apostrophes de toute

(1) Il y a dans le Scaliyeraua (Cologne, lb67, in-l:2, p. 176) une accusation infâme contre les mœurs do Panigarolle. Mais c'est sans doute à un autre personnage que Scaliger iait allusion, puisqu'U parle de François le»\

[''1) Predic''e dl in^nsiijn. Panlyarola faite da lui straordinarialuentc. Venet., 1590, in-8o iBibl. de VArser.al, 6685 T).

(3) n sera parlé plu < loin de ce sermon.

(4) . . il governo di uno solo è il miglior fra tulti... ip. 278 B).

(5) Pag. 285 B.

espèce, il évoque le souvenir récent de la Saint-Barthélémy : « Charles IX, s'écrie-t-il, a sacrifié son bonheur, ses intérêts, pour faire observer la loi du Seigneur. Il sera immortel dans les cieux, il sera immortel dans la bouche des hommes pour avoir exposé sa vie, sa dignité royale à tant de dangers, en faveur de la religion et du peuple. Dieu merci, enfin, il a rendu il y a un mois ses couleurs célestes, ses lys d'or à cette France tout h l'heure encore si lugubre. Par un seul acte, il a changé la malédiction en bénédiction, il a relevé le temple, la croix ; il a replacé sur les parois les saintes images. La loi du Christ a été rétablie dans le royaume très-chrétien. Ajoulerai-je (chose merveilleuse, inouïe!) qu'en une seule matinée, que dis-je? d'un seul signe de ses lèvres, il a chassé l'hérésie depuis la Garonne jusqu'aux Alpes, depuis le Rhône jusqu'au Rhin (1). »

L'adhésion est complète. Dès l'année suivante, en 1573, Panigarolle quitta la France et devint successivement suffragant du siège de Ferrare, puis évêque d'Asti. Ses succès oratoires rappelèrent bientôt ceux de Savonarole. Il avait des ovations; la foule allait à sa rencontre; on l'applaudissait dans les églises ; on le forçait à parler encore quand il avait achevé; on l'arrachait à ses repas pour l'entraîner à sa chaire.

Durant plusieurs années, l'évêque d'Asti demeura étranger aux affaires de France ; mais nous le retrouverons au temps de la Ligue, à la suite du légat Gaëtano, prêchant la révolte contre Henri IV, comme il avait prêché le massacre en présence de Charles IX. Son talent alors aura grandi, sa réputation sera immense, son influence considérable.

Il importait de constater ces antécédents. Sorbin, Panigarolle, Hennequin, qui avaient coopéré aux excès de la royauté en faveur de l'esprit religieux , coopéreront aux excès de l'esprit religieux contre la royauté.

(l) ... et hà fiiiahnente, la Dio mercè. da un mese in quà rivestita de i suoi color celesti, e de suoi gigli d'oro quella Francia, che già un pezzo parve, che vedisse lugubre... (p. 290 B.)

niAinTRK 1, § II. M

Smh doute on [)ru( a|)(»r()uver l.i Limite sans approuvirr la Saint-nartlK'Uîiny : il y tin a des exemples; mais il semble l(if;i(iine de dire que l'une était en (^(M'me dans l'autre. Gc ne sont pas des doctrines différentes (jui ont tour ii tour trouvé des instruments ineonsi^uenls dans les mêmes liomimîs. Kn se j(^t;ml dans l'Union, les évèqu(S d'Asti, de Kc.nnis et de. Novers ne tirent aprt's tout qu(î se mont n;r lo^i(|ues, et que rester lidèles à la conduite (|u'inipli(iuail leur passé II y a entre ces deux points de l'histoire une certaine solidarité qu'il faut maintenir. Cela est si vrai (|ue, quand Henri ill, pour excuser le meurtre honteux des Guises, se rejettera sur la raison d'Klal, cl tachera de justifier loSO par lo7^, les ligueurs distinj^ueront avec subtilité (1) et condamneront lacté de Blois, en acceptant, en ié^ilimaul, en admirant même la Saint-BarLhélemv.

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