INTRODUCTION , § II. XXVII
à la veille de la Réforme. C'est à la royauté que le sacerdoce allait avoir besoin iiput à Theure de demander appui contre les efforts du Calvinisme. Or, voici ce qu'un moine d'Évreux, un moine orthodoxe, Guillaume Pépin (1), disait en chaire, bien peu d'années avant que la révolte religieuse éclatât : «Est-ce chose sainte que la royauté ? qui l'a faite ? le diable, le peuple et Dieu ; Dieu , parce que rien ne se fait sans son^ bon vouloir; le diable, parce qu'il a soufflé l'ambition et l'orgueil au cœur de certains hommes ; le peuple , parce qu'il s'est prêté à la servitude , qu'il a donné son sang, sa force , sa substance , pour se forger un joug. Quelques hommes sortis de ses rangs se dévouèrent à la cause de l'ambition et de l'orgueil. De là l'origine de la noblesse , car les rois s'associèrent les instruments de leurs passions, les premiers nobles, comme Lucifer s'était associé ses démons. Mais, nobles ou rois, quel usage ces maîtres ont-ils fait de leur pouvoir? Voyez les princes , les seigneurs ; ils pressurent leurs vassaux et ruinent les marchands, par des droits de péage ; ils volent , et leurs peuples useraient de représailles légitimes , en refusant de payer les impôts. Les rois valent-il5\ mieux? Non certes. Ils sont prodigues, cruels, ils attentent à la liberté de leurs sujets , et autorisent ainsi les révoltes , car les sujets ont pour eux le droit divin qui créa la liberté. »^ Parce qu'on retrouve ainsi quelques idées révolutionnaires dans des sermons oubliés du xvi" siècle , est-ce à dire que l'Église alors se fût posée décidément comme l'antagoniste de la royauté? Non, sans doute. Mais il importe de constater qu'à une date antérieure à la Réforme , on pouvait , sans être inquiété , sans être poursuivi , proclamer dans les chaires
(1) V. Guillelmi Pépin Sermones de Destructione Ninivœ y Paris, 1525 in-8o, goth. f. 59, 61,79 etc. Pépin va jusqu'à invoquer l'époque où il n'y avait pas de rois : « Fuit tempus in quo non fuerunt reges aut principes; sed unus quisque in libertate sua vivebat... Reges postea venienles et forsan primitus tyrannice principautés et régnantes non potuerunt licite auferre a subditis invitis dominia et possessiones eorum.. »
itln
de France , puis imprimer dans les livres , de pareilles doctrines. Les traités démocratiques des calvinistes, la réaction populaire de la Ligue n'allèrent guère plus loin.
Le grand instrument de la Réforme, ce fut la prédication. Luther le sentait bien quand il disait dans le De servo Arbitrio : « Que sommes-nous, nous autres? ce qu'on disait de Philomèle : Vox est prœtereaque nihil. » Et ailleurs : « Je prêche aussi simplement que possible, je veux que les hommes du commun, les enfants, les domestiques me comprennent; ce n'est point pour les savants que l'on monte en chaire, ils ont les livres (1). » La parole est le grand levier des révolutions religieuses. Henri VIII le comprit aussi bien que le moine de Wittemberg ; un édit spécial défendit expressément de prêcher en Angleterre sans la permission du roi (2).
En France , la chaire catholique fut au-dessous de son rôle. L'éminent danger que courait l'Église ne rendit pas aux évoques l'activité oratoire. Ronsard avait droit de s'écrier dans son indignation :
Et que diroit saint Paul s'il revenoit ici
De nos jeunes prélats qui tous vivent sans peine,
Sans prêcher, sans prier, sans bon exemple d'eux...
Les dignitaires du sacerdoce abandonnaient aux moines, aux simples et ignorants curés (3) le saint ministère de la
(1) Parmi les qualités que Luther exige d'un prédicateur, il veut qu'il soit beau de sa iwirsonne « afin que les bonnes femmes et les petites filles puissent l'aimer. » (Michelet, Mém. de Luther, in-8o, t. II, p. i25, 126.) Nous sommes bien loin, on le voit, de l'idéalisme du moyen-âge ; ce mot caractérise le xvi« siècle. Bayle dit à peu près la môme chose du hel orateur : « Il n'a pas besoin de la moitié de l'éloquence qui est nécessaire à un prédicateur de i>etite mine pour remporter l'applaudissement. »
(2) Bossuet, Hist. des Variât. 1. VII, § 79.
(3) Jean de Montluc, évêque de Valence, assure dans ses Sermons, 15.59 in-8o, pag. 68i, que sur dix prêtres (il exagère sans doute) il y en avait huit qui ne savaient pas lire, v