‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 100 sur 196 · CHAPITRE III, § I · texte numérisé non relu

CHAPITRE III, § I

de départ. M. de Gondi fut donc bientôt contraint de s'évader ; on fit contre lui des procédures, et ses revenus furent saisis au profit de l'Union.

Je trouve dans le Dialogue du Maheustre qu'on soupçonnait Rose, évoque de Senlis, de prétendre à cette succession épiscopale (1). Il prêchait le plus souvent ses folles rêveries à Notre-Dame , comme pour s'y mieux inthroniser. Est-ce parce que cette ambition fut déçue que Rose changea si souvent de langage dans la Ligue? Gomment touchait-il une pension de Philippe II , et comment se prononça-t-il contre l'Infante? Je ne sais. Rebuté par les prétendants qu'il avait d'abord soutenus , peut-être se donnait-il à d'autres. On se perd dans ces sanglantes intrigues, où les plus mauvaises passions se dérobent sous le masque de l'intérêt public et de la religion.

Les bulles du pape Grégoire XIV, qui ne tarda pas à mourir, venaient souvent en aide aux prédicateurs pour raviver la frénésie populaire. On les lisait publiquement, on les affichait partout , et Rose en faisait le sermon à Notre-Dame « en grand apparat et exaltation de la majesté papale pardessus le neuvième ciel , dépression et abaissement de celle du roy jusques au plus profond des abismes d'enfer (2). » Henri IV avait fait naguère placarder lui-même aux portes du Vatican une protestation contre M. Sixte, soi-disant pape. Cette fois , les parlements de Tours et de Châlons déclarèrent c( Grégoire, pape, soi-disant XI V^ de ce nom, ennemi de la paix , de l'union de l'Église catholique et de son état, adhérant à la conjuration d'Espagne, et fauteur des rebelles (3).» Le parlement de Paris lui-même voyait avec peine Tenue point venir jusqu'à Rome, ce que Boucher ne manqua pas de raconter avec triomphe dans un de ses sermons.

(1) Ap. Ménipp., t. III, p. 476.

(2) Lestoile , Journal de Henri IV, p. 56 A.

(3) V. Isarabert, Recueil des anc. lois franc., t. XV, p. 27. — Par les bulles de Grégoire XIV, tous ceux qui suivaient le parti du roi étaient excommuniés s'ils ne Pavaient quitté sous quinze jours.

vahissemeot du pouvoir pontifical, et, sans les exigences des Seize , il eût volontiers pj:otesté contre cet abaissement de l'Église gallicane.

Violences de Rose et de Boucher contre les parlementaires. — Affaire de Brigard. — Attaques d'Aubry contre le conseiller Tardif. — — Launay préside les Seize.— Création d'un Conseil des Dix.— Assemblée nocturne chez Pelletier. — Conjuration contre le président Brisson. — Prévost Tavertit en vain. —Exécution de Brisson et de Larcher. — Tardif arrêté et pendu par le curé Hamilton. — Boucher forme le projet d'une Chambre-ardente, — Listes de proscription rédigées par les prédicateurs. — Ou apprend que Mayenne désapprouve ces actes. — La couronne est oiTerte à l'Infante. — Arrivée de Mayenne. — Harangue de Boucher.— Exil de Launay. — Récriminations insolentes des prédicateurs. — Mayenne implore l'aide de la Faculté de théologie.

Une fermentation extraordinaire se manifesta chez les Seize ; le peuple se montrait prêt à courir aux armes, on était mécontent de Mayenne. C'était lui qui avait naguère introduit, dans le Conseil de F Union , ces modérés dont on voulait se débarrasser; une députation lui fut envoyée à Rethel où il était en campagne, et il s*aperçut dès-lors sans doute que les curés étaient entrés , sinon encore dans les plans, au moins dans les idées violentes de Philippe II.

Cette ambassade n'ayant pas eu de résultat, il fut résolu qu'on frapperait un grand coup contre les parlementaires, contre ces magistrats politiques qui voulaient la conciliation et la paix (1). Ce fut là pendant quelque temps le

(1) Malgré le souvenir d'Anne Dubourg, la magistrature n'était pas en meilleure odeur auprès des calvinistes zélés qu'auprès des ligueurs . Au surplus la haine de la Réforme contre les légistes remontait plus haut. Luther n'avait-il pas dit : « Si un juriste devient chrétien, il est considéré parmi les juristes comme un animal ntonstrueux ; il faut qu'il mendie son pain. Les autres le regardent comme séditieux. » (Michelet, Mém.

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