CHAPITRE III, § II
texte habituel des sermons. Rose, entre autres, dit pendant tout un prône mille pouilles de ceux de la justice, à l'occasion des retards que le parlement mettait à recevoir Neully dans son sein (1), ce Neully qui, à la Saint-Barthélémy, avait fait tuer son rival pour la présidence de la Cour des Aides, et qui , maintenant, se servait de l'honneur de sa fdle comme d'un moyen d'avancement. Mais ce fut Boucher le premier qui parla contre la magistrature. Boucher toujours prêt à se produire, à se mettre en avant, à se charger des démarches, et qui, si avide qu'il fut de places et de pensions, avait au besoin aussi le désintéressement du fanatisme (2) . Non seulement le cruel curé de Saint-Benoît, aidé d'Aubry, déclama sur la décision des parlements de Tours et de Châlons contre Grégoire XÏV, et dit qu'il \e^faloit envoler tous vifs au feu avec leur bel arrcst, mais il donna à chacun des juges son quolibet, traitant le président de ïhou de taureau bannier, et le conseiller Angenou de vieil huguenot moisi (3).
Le parlement de Paris eût été un obstacle aux projets de bouleversement qu'avaient décidés les Seize et les prédicateurs ; il fallait profiter de l'absence de Mayenne et intimider les Politiques. Une occasion se présenta : elle fut saisie avec empressement.
Brigard, procureur du roi de l'Hôtel-de- Ville, fut arrêté au sujet d'une lettre qu'il avait écrite à son oncle , engagé dans le parti de Henri IV. Boucher, qui savait les charges
âe Luther, t. II, p. 141.) La magistrature professa, sous la Ligue, entre les fanatiques de l'Union et les fanatiques huguenots, l'opinion du bon sens. Écrasée un instant entre les violences des deux partis, cette opinion reparut à la fin et triompha par l'abjuration de Henri IV, comme par l'édit de Nantes.
(1) Lestoile, Journal de Henri IV, p. 53 A.
(2) Die 28 aug. 1591, congregalur universitas ad deliberandum de legato ad comitia urbis mittendo, quod onus detrectabat Genebrardus : nec erant pecuniae in «rario, nec qui vellent negotium istud suscipere, sed ultro se protulit Bucherius (Bulœi, Bist. Univ. parisiens., tom. VI, pag. 805.) "'
(3) Lestoile, Journal de Henri IV, p. 58 B.
fort peu graves, et qui devinait un acquittement, monta en chaire et demanda hautement le gibet. Comme la lettre ne contenait absolument rien de répréhensible, même au point de vue de la Ligue, Brigard fut acquitté par le parlement. De là, un texte fécond pour les tribuns de l'Union. Commelet et le docteur Martin demandèrent Temprisonnement de la cour comme une mesure nécessaire , et le curé de Saint- André-des-Arcs, Aubry, qui renchérissait encore sur ses confrères, nomma en chaire le conseiller Tardif, son paroissien, un des plus gens de bien de ce quartier, et le traita de meschant et de traistre, ajoutant « que sous couleur déjouer aux quilles en son jardin, on faisoit chés lui des assemblées et monopoles contre les catholiques (1). » On va voir où cette insolente sortie mena le malheureux Tardif.
Le lendemain de la mise en hberté de Brigard, le beaupère de Lestoile rencontra le chanoine Launay qui lui dit que (( c'estoit une scélérate injustice et qu'ils en mourroient tous (2). » Ces paroles étaient le présage d'une insurrection. Pelletier s'écria : « Messieurs, c'est trop conniver, n'attendez ny raison ny justice de la cour de Parlement : il faut désormais jouer des cousteaux (3). » Ce conseil fut immédiatement suivi.
Les Seize se rassemblèrent sous la présidence du chanoine Launay et du docteur Martin, et un Conseil des Dix fut créé pour aviser en toute liberté et avec tout pouvoir aux nécessités de la situation. Après plusieurs jours de délibération , ce comité secret vint chez Launay dans la matinée du 14 novembre, tenir une séance extraordinaire. Lsl piteuse tragédie des jours suivants, qui devait être accompagnée d'une « Saint- Barthélémy des Politiques , d y fut résolue et la réunion renvoyée à la nuit, pour décider du moyen d'exécution (4).
(1) Ibid. p. 61 B, 62 A. — Félibien, Hist. de Paris, t. II, p. 1203.
(2) Journal de Henri /F, p. 64 A.
(3) PalmaCayet, Chronologie novennaire, collect. Petitot, sér. I, t. XL, p. 364.— Pasquier, 1. XVII, let. 1, dans ses OEuvres, t. II, p. 482 A.
(4) Lestoile, Journ. de BenrilV^ p. 65 A.