‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 107 sur 196 · CHAPITRE III, § m · texte numérisé non relu

CHAPITRE III, § m

vous ne parlés point en vos prédications. Qui vous croiroit ce seroit prendre le chemin de gaigner paradis par escalade, comme vos quatre martirs du Louvre, qui font la cuisine en enfer, en attendant vous et vos confrères. Voilà les fruits et récompenses de vos pensions d'Espaigne pour trahir vostre patrie et y planter toutes sortes de religions... Partant ne faites estât de nous en vos assemblées de sabbats et méchantes factions.

« Nous vous estrénerons au premier jour de l'an d'un

chaperon vert.

« Vos bons amis, en faisant mieux,

a LES CROCHETEUS. »

Il ne faudrait pas croire , malgré ces épigrammes courantes , que l'influence des prédicateurs se fût annulée ; loin de là ; mais elle était en décadence, et ils faisaient tout pour la ressaisir, même dans le détail. Ainsi, on les voit intervenir dès lors dans les plus simples actes de l'administration , discuter la validité d'une élection , contester les titres d'un candidat, s'ingérer dans toutes les nominations

municipales.

Mais c'est surtout par les personnalités , dernière ressource des partis , que les orateurs cherchèrent à se faire craindre de ceux qui désertaient leur cause. Les faibles en étaient atteints comme les puissants, les simples bourgeois comme les fonctionnaires. Cueilly accusait faussement le prévôt des marchands de trahison , et Rose s'en prenait à un simple apothicaire, disant « qu'il lui seioit mal de parler d'affaires d'estat : toutes fois qu'il pensoit qu'en remuant ses drogues , une fumée lui estoit montée au cerveau , qui lui avoit mis ces fantaisies là en la teste. »

Ces attaques nominales ramenèrent l'assiduité de l'auditoire. On eût couru des dangers, on eût été noté comme royaliste par les factieux en ne suivant pas les sermons. Personne , par exemple , n'osa manquer à la procession anni-

versaire de la journée des Barricades , et à Thomélie sanglante qui fut, à cette occasion , prononcée dans l'église des Augustins par maître Laurent Dupré.

Rien n'est brusque, d'ordinaire, dans les changements de l'opinion, et le discrédit des prédicateurs, bien qu'en s'augmentant chaque jour, fut plusieurs années encore à devenir général. Nous ne sommes donc pas au bout. Il nous reste bien des fureurs à redire, bien des paroles séditieuses à enregistrer.

Quelque progrès d'ailleurs que fît, au fond, la cause de Henri IV, ce prince était bien loin du trône, et Boucher ainsi que Rose pouvaient être crus du grand nombre quand ils disaient, le premier, que le Béarnais n'avait qu'à conquérir le royaume du ciel , s'il le pouvait , mais que songer au royaume de France, c'était folie ; le second , qu'il était possible, sous le bon plaisir du pape, « de recevoir le Navarrois pour capucin et non pas pour roy. »

L'absolue liberté de parole (1) semblait un droit récent de la chaire que les curés se gardèrent d'abdiquer dorénavant. Ils en usèrent surtout au profit de l'Espagne, qui avait fini par les gagner presque tous à force d'argent. Les princesses lorraines, dont ils ne servaient plus l'ambition, se plaignaient amèrement d'eux et de leur délaissement ; M"' de Nemours ne se cacha plus pour dire qu'ils recevaient pen-

(1) Du côté des Ligueurs, bien entendu, car en cette année 1592 , les attaques se renouvelèrent plus vives contre les curés royalistes. Benoist était traité de diable des halles par Rose ( Journ. de Henri IV, p. 83 A), et calomnié publiquement par Garin (Dial. du Mah., ap. Ménipp., t. III, p. 495). D'un autre côté, Chavagnac se voyait grossièrement injurié par le colonel des Italiens {Journ. de Henri IV, p. 91 A). Le parti des modérés, au surplus, ne fut pas heureux alors en ce qui concernait la chaire. Il perdit Jean Prévost, curé de Saint-Séverin ( Ihid., p. 88), et un fou s'avisa de prêcher la paix au collège Cambrai et de se faire arrêter, ce qui fut un sujet de raillerie contre les Politiques, qui s'en vengèrent par une épigramme :

Pins fols sont aujourd'hui ceux-là

Auxquels il faut qu'un fol remonstre leur folie.

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