CHAPITRE III, § III
sion de Philippe II (1), et M"^*^ de Montpensier se permit aussi , sans aucun doute , quelque aigre reproche, car Rose se mit à la déchirer dans ses sermons (2).
Une réaction s'organisa donc lentement contre ce despotisme abusif de la chaire , contre ce joug honteux que les plus éminents avaient été obligés de subir. Dans ces conjonctures, Hamilton, avec son esprit entreprenant, essaya de réunir les différents orateurs dans une unité formidable. Plusieurs assemblées eurent lieu à cet effet, une entre autres chez Garin , aux Cordeliers , où tous les prédicateurs jurèrent de plutôt mourir que de jamais admettre le Béarnais converti (3).
Le parlement jugea le moment favorable pour prendre une mesure. Uavocat-général Dorléans , ligueur et pamphlétaire connu pour sa violence, fit devant Mayenne une harangue où il déclara qu'une répression était urgente , et quMl fallait refréner leurs langues {k). Ce réquisitoire jeta le trouble parmi les curés. Ils allèrent trouver Mayenne et insistèrent auprès de lui avec tant d'insolence pour qu'il destituât Dorléans, que le duc, impatienté , leur conseilla de ne plus se mêler des affaires d'état, et leur dit qu'il saurait bien détruire leur petit empire de Sorbonne , leur royauté théologale.
La Cour nomma deux délégués pour informer ; mais bien qu'ils fussent convaincus « que depuis que la France estoit catholique , il n'avoit esté veu si grande licence de mal faire aux prédicateurs, » ces commissaires reculèrent devant la gravité, devant la difficulté de leur mission et s'en tinrent à quelques formalités préliminaires.
Par leurs engagements envers la maison d'Espagne,
(1) Lestoile, Journ. de Henri IF, p. 99 B.
(2) Ibid., p. 83 A.
(3) Ibid., p. 101 A.
(4) Ibid., p. 96 B. - Dial. du Maheuslre, ap. Ménipp., 1. 111, p. ♦89,
les prédicateurs étaient tombés en discrédit, même auprès des ligueurs les plus zélés. On le voit par le Dialogue d'entre le Maheustre et le manant, qui parut plus tard, en décembre 1593 (1). Ce curieux pamphlet, qui a été tour à tour attribué à Cromé, conseiller au Grand-conseil, et à Roland, conseiller aux Monnaies et l'un des Seize, met à nu la politique indécise , sans fermeté et sans grandeur, du duc de Mayenne.
Quoique ce soit là une production du parti de TUnion , la vérité y apparaît et se fait jour par la répartie, par Tentraînement du dialogue. Les prédicateurs gagés reçoivent en passant ce qu'ils méritent. «Il sufûra, dit le Maheustre, de la monstre d'un coutelas, à ces mercenaires espagnolisés.... On est habitué à les ouïr crier... Par Dieul ils me respon-
dront de mes meubles qu'ils ont volés et fait vendre Ils
sont gens ignorants, idiots, outrecuidés, ambitieux, sanguinaires. . . » Le Manant avoue lui-même « que ce sont des hommes de collège qui ressentent un peu leurs escoliers et ont plus de paroles que d'effet. » Voilà , par les aveux même d'un ligueur, la décadence qui se manifeste; mais dans cette décadence , une singulière puissance se retrouve encore : (( Vous n'avez personne à vostre party, dit le Maheustre , qui nuise plus au nostre que vos docteurs , curés , prédicateurs... » et il ajoute un peu plus loin « que seuls ils troublent tout et empeschent les affaires du roy (2). »
J'avais donc raison de dire plus haut que la chaire n'avait pas seule créé la Ligue , mais que presque seule elle l'avait maintenue durant tant d'années.
On parlait , depuis plusieurs mois déjà , de la convocation des États-généraux. Depuis la mort de Charles X , la Ligue
(1) Le Supplément à Lestoile, de 1736 (V. Journ, de Henri /F, p. 103 A), fait paraître le Dialogue du Maheustre en novembre 1592. Mais ces Suppléments, on le sait, ne sont pas authentiques, et il y a eu au moins des interpolations. Lestoile lui-môme contredit ce fait avec détails ( V. p. 183 et suiv.). — Cf. le P. Lelong, n» 19534.
(2) Ap. Ménipp,, t. m, p. 427, 429, 455, 480, 585.