CHAPITRE III , § III
n'avait même plus de chef apparent , et on était incessamment ballotté des coups d'état indécis de Mayenne aux proscriptions populaires des Seize. Philippe II voulait un dénouement. L'affaire importante , selon lui , c'était d'abord de nommer un roi. Les chances n'avaient jamais été plus favorables pour sa fille. Une circonstance , une bataille , pouvaient tout déjouer : il eût voulu voir déjà la couronne sur la tête de l'Infante. Dans l'espérance de séduire les députés, ses agents demandaient donc à toute force la réunion immédiate des États. Bien des obstacles s'y opposaient. Le Parlement, qui songeait dès-lors à s'emparer de la puissance législative , voyait avec ombrage ces élections rivales. Les royalistes , de leur coté , ne voulaient pas qu'on pût mettre la couronne en question , et protestaient. D'autre part, les Politiques, craignant une collision et désirant un compromis , n'espéraient pas alors trouver dans une assemblée tumultueuse des garanties de modération et de paix. Mayenne aussi, qui n'était pas sûr d'être nommé roi et qui voulait améliorer ses chances, reculait toujours et trouvait prétexte d'ajourner.
Il fallait cependant prendre un parti. Les prédicateurs commençaient à faire de ces retards sans fin le programme de leurs déclamations. Le docteur Martin , entre autres , avait dit que « chascun tiendroit les Estats en sa maison , et qu'il n'en falloit pas espérer d'aultres (4). » Le duc céda donc aux Espagnols et aux prédicateurs : lesÉtats s'ouvrirent le 26 janvier 1593.
(1) Lestoile , Journal de Henri IV j p. 104.
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S IV
Droit des Étals-Généraux d*après la Ligue.— Traité de Pigenat en faveur du duc Charles de Lorraine.— Garin injurie les Etats.— Le Légat essaie en vain de lui interdire la parole.— Menaces de Commelet.— Cynisme sans frein des prédicateurs, surtout à l'égard de Henri IV.— Feuardent, Guinceslre, Simon Fillieul.— Sorties contre Harlay et contre Mayenne. — Génébrard attaque la loi salique.— Aubry et Cueilly avouent qu'ils sont vendus à l'Espagne.— Le curé de Saint-André-des-Arcs conseille le meurtrier Barrière.
Don Ybarra, dans une dépêche qu'il écrivait de Paris à son maître, Philippe II, lui disait : a Le fait des États n'est qu'un accessoire ; les ligueurs disent qu'ils passeront par ce qui sera arrêté avec les princes (1). » L'assertion pouvait être exacte en fait ; mais la théorie du droit d'élection par les États fut néanmoins le grand instrument ou au moins le grand simulacre de l'Union.
Dès le début de la Ligue, on avait senti, même à l'étranger, l'importance de ces idées démocratiques, comme moyen d'agiter la France. Un légiste italien , qui , plus tard , en 1588, intervint encore par un pamphlet en faveur du cardinal de Bourbon (2), Matteo Zampini (que De Thou traite d'extravagant) , publia, deux années après la promulgation du formulaire, en 1578, une dissertation en forme, où il maintenait aux États le pouvoir inaliénable de l'élection (3). Boucher n'avait fait qu'adhérer à cette doctrine, la développer et la pousser à ses dernières conséquences. L'Union l'adopta , et un juriste, Pierre Saint-Julien , ne tarda pas à soutenir que si l'hérédité s'était longtemps substituée à
(1) Sismondi, Hist. des Français, t. XXI, p. 177.
(2) r. P. Lelong, no 28501.
(3) De gli Stati di Francia et délia loro potenza. Par. 1578 , in-8<».