CHAPITRE III, § IV
l'élection , <( ç'avoit esté plus par recognoissance que par aucune force de loi (1). »
Les nombreux prétendants à la couronne de France encouragaient ces publications , parce que le droit des États- Généraux, la souveraineté populaire, pouvaient seuls leur faciliter l'accès du trône. Il fallait bien être choisi , être élu; les prétentions diverses, les ambitions les plus contraires , semblaient accéder à cette condition préliminaire ; chacun espérait en profiter.
Philippe II surtout, pour frayer le chemin à l'Infante , réveillait le vieux fantôme de l'élection et faisait appel au passé. Mais il lui fallait en même temps combattre cette tradition antique, populaire sous le nom de loi salique, et qui interdisait aux femmes l'hérédité du trône, tradition qui , dans le xvr siècle même, avait été soutenue par Claude de Seyssei et Guillaume Postel, comme elle devait l'être plus tard par Pasquier, par Antoine Loisel , par Pierre Dupuy. C'était alors une question vitale, et non pas une querelle d'érudit. Il ne s'agissait point , comme il s'est agi depuis pour Chifflet et Dominicy, pour Daniel , pour Vertot et pour Foncemagne, d'éclaircir un point obscur de la science. Fallait-il, oui ou non, faire de la France une province de la maison d'Autriche? tel était le problème.
Philippe II trouva des appuis par la corruption. Génébrard et plusieurs autres prédicateurs se mirent à attaquer la loi salique , en faveur de laquelle protestèrent honorablement quelques voix isolées : celle de Jean Guyard , à Tours (2) , et celle d'Antoine Hotman , qui avait à réparer de précédents écarts (3).
(1) Discours par lequel il appert que le royaume de France est électif et non héréditaire. 1591, in-S».
(2) F. P. Lelong, n» 28509.
(3) Il avait défendu en 1585 les prétentions du cardinal de Bourbon, et s'était attiré, on le sait, une réfutation de son frère François Hotman, le libéral auteur du Franco-Gallia et du De auctoritate comitiorum. V. P. Lelong, 28484 et 85, 28513.
Chaque prétendant donc se faisait de la sorte soutenir par des traités, par des pamphlets, qu'on répandait à profusion. Le Béarnais lui-même avait risqué, dès 1 585, de faire exposer ses droits à la succession dans une Apologie catholique (1), que pubha un royaliste de Montauban , Pierre de Belloy. Mais cela lui valut aussitôt une amère réplique de Bellarmin , au nom du saint-siége (2) , et quand de Belloy , deux ans plus tard , s'avisa de réfuter ces arguments ultramontains (3) , ce fut , dit Palma Cayet , au grand risque de sa vie. L'heure de Henri IV n'était pas venue : il prit sa revanche par des victoires ; son parti la prendra aussi plus tard par un pamphlet qui fera oublier tous les autres, la Satire Ménippée.
Dès qu'il s'agit sérieusement de convoquer les États-Généraux, les publicationsdes prétendants se multiplièrent. Dans cette foule d'opuscules oubliés , je distingue un libelle qui nous touche de plus près. Pigenat, curé de Saint-Nicolasdes-Champs, en est l'auteur (4). Ce prédicateur était sans doute vendu au duc Charles de Lorraine dont il défend, presque seul, les prétendus droits. Il y a dans le livre de Pigenat une partie théorique et une partie pratique, l'application après la doctrine. Je vais extraire les principales propositions :
« La puissance de régner nonobstant toute succession vient de Dieu qui , par les clameurs du peuple , déclare celuy qu'il veut qui commande comme roy. Voxpojmli , vox Dei (5)... La succession doit estre déclarée bonne par le consentement de la nation (6). . . Un prince peut estre privé de sa principauté
(1) 1585, in-80.
(2) Responsio adprœcipua capita Apoîogiœpro successione Benrici Navarreni. Rome, 1586, in-8o.
(3) Mém. de la suce, des Bourbons. La Rochelle, 1587, in-8o.
(4) L'aveuglement et grande inconsidération des Politiques^ dicts MaheutreSy lesquels veulent introduire Henri de Bourbon à la couronne. Paris, Thierry, 1592, in-S». (Bibl. roy. L. 1535, 3.)
(5) Pag. 5, 12.
(6) Pag. 35.