‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 111 sur 196 · CHAPITRE III, § IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE III, § IV

pour sa malversation ou autre incident; il peut estre déposé comme dilapidateur, dissolu, scandaleux ou inutile (1)... »

Voilà comment Pigenat entend la souveraineté nationale; la souveraineté pontificale lui paraît également légitime et conciliable avec les droits du peuple. Après avoir cité avec affectation l'exemple de Grégoire VII, il ajoute : ce Le pape a puissance au temporel... Les Druides ne faisoient-ils pas l'office de prestre et de juge? Melchisedech n'étoit-il pas sacerdos et rex,,. (2). »

Le grand ennemi qu'il y a à combattre , selon Pigenat , c'est le parti des Politiques , « ceux, dit-il, que nous appelons Maheutresh Paris, Frelus ou Mettins en Champagne, Guilbedoins en Basse-Normandie et en Poictou , Bigarrez en Provence (3).» Il faut prendre contre eux des mesures sévères , et le curé de Saint-Nicolas propose de dépouiller de leurs bénéfices et de livrer au bras séculier les ecclésiastiques qui favoriseront ces traîtres [k] .

Quant au choix que les Etats auraient à faire , Pigenat n'hésite pas. La noble race de Lorraine est la mieux méri-^ tante, et Vépée de Charlemagne redeviendra l'épée de la France (5). « La couronne sera remise en la personne de Charles, duc de Lorraine, vray et légitime héritier (6). »

C'est ainsi que les ligueurs étaient divisés à la veille des États ; c'est ainsi que le vénal curé de Saint-Nicolas-des- Champs se faisait l'organe d'un parti sans chances sérieuses.

Mais revenons à l'histoire.

Tandis que Henri IV tenait la campagne avec des chances

(1) Pag. 41, 57.

(2) Pag. 52, 59.

(3) Pag. 69.

(4) Pag. 113.

(5) Pag. 117, 118.

(6) Pag. 10. — Le prévoyant Pigenat se réserve toutefois une issue vers le parti espagnol , en faisant bon marché de la loi salique : « Le règne d'une femme, dit-il, ne seroit contre la loy de Dieu ni de nature. » Pag. 19.

diverses, et attendait les événements, Mayenne sentit que Foccasion était capitale, et retrouvant un instant toute son activité, il chercha à diriger, à dominer les élections. L'entreprise était difficile ; il réussit et échoua en même temps. L'assemblée eut un caractère terne, indécis, flottant : elle ne se dévoua pas à Philippe II ; mais, en revanche, elle ne soutint pas ardemment les prétentions du frère de Henri de Guise. Ces élections sans couleur marquaient au fond la véritable situation de la France. La Ligue commençait à s'afTaiblirdansropinion, et le désir d'une solution paciûque était manifeste.

Les véritables États-Généraux , on le devine , se tinrent pour ainsi dire en dehors des États môme. C'est dans la chaire que fut la tribune , c'est chez les Seize que s'accomplirent les menées et les intrigues de l'assemblée (1). C'est

(I) L'auteur des d'Vrfé, M. Auguste Bernard, qui s'occupe d'un travail important sur les États si peu connus de 1593 , a eu l'obligeance d'extraire, des nombreux documents inédits qu'il a retrouvés, les textes qui regardent les prédicateurs. Voici le résultat de ce dépouillement.

Cinq de nos orateurs tirent partie des États : Génébrard, archevêque d'Aix ; Rose, évéque de Senlis ; Boucher, curé de Saint-Benoit ; Cueilly, curé de Saint-Germain-l'Auxerrois ; Jean Dadré , pénitencier de Rouen.

Génébrard, Boucher, Dadré, Cueilly , jouèrent un rôle secondaire. On ne trouve guère sur eux que les détails suivants:— 25 avril; l'archevêque d'Aix accuse en masse le tiers d'être politique.— 25 juillet; il dit en pleine chaire, devant les Etats, qu'il n'y a plus que vingt et un de messieurs du parlement qui soient gens de bien, et que le reste ne vaut pas la peine d'être mis à l'eau. — 20 octobre ; Dadré est envoyé, au nom du clergé, vers le duc de Mayenne pour demander l'argent promis par Taxis, député du roi d'Espagne.

Rose prit aux affaires de cette assemblée une tout autre part. C'est lui qui communique le plus souvent au tiers les délibérations des autres ordres. Son nom reparaît à chaque instant : — 16 février ; Rose est envoyé à la chambre du tiers pour proposer entre autres choses de recevoir, avant de rien délibérer, la communion des mains du Légat— Le 19, il y revient pour proposer le serment de ne pas quitter les Etats avant la solution des diflicultés.— Le 8 mars, en compagnie de plusieurs autres députés du clergé, il propose l'adoption du concile de Trente qui répugnait un peu à messieurs du tiers. —Le U, il ponc la parole au nom de la dépuUition des Etats qui allait visiter le duc de Feria à son arrivée à Paris.— 10 mai; il est encore élu avec D'Espinac pour aller chez Feria

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