‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 112 sur 196 · CHAPITRE III, § IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE III, § IV

entre les chefs influents des différents partis que se concertèrent les arrangements , les négociations. Les Etats jouèrent ici un rôle secondaire malgré la gravité solennelle de leur mission.

Les prédicateurs ne les épargnèrent pas. Le cordelier Garin , qui , dans les dernières années de la Ligue, montra jusqu'à la fin une rage de forcené , osa en prêchant devant les députés réunis se moquer ouvertement d'eux et dire que leurs beaux Etats, c' estait la cour du roij Pétauli, Le Légat offensé suspendit en vain le prêcheur ; la Sorbonne lui rendit aussitôt la parole. Ce n'était là qu'une plaisanterie : Commelet en vint aux menaces. Discourant sur l'évangile de «la nacelle agitée par la tempête,» il s'appuya de saint Ambroise,

apprendre ce qu'il voulait proposer. — Le 30 , il vient supplier le tiers de bien prendre garde à la proposition de faire une quatrième chambre.

— 11 juin; il apporte l'avis écrit de son ordre relativement à .la proposition des Espagnols. — Le 20, il annonce que le clergé se range à l'avis de Mayenne pour la réponse faite aux Espagnols sur le refus de l'archiduc Ernest.— Le 22, il est député par sa chambre pour conférer avec les Espagnols. — Le 28, il vient dans la chambre du tiers parlementer à ce sujet. — Le 23 juillet , accompagné de Boucher, il fait un discours pour engager les Etats à suivre le Légat qui voulait quitter Paris par mécontentement. Le tiers trouve la proposition très-inconvenante , et déclare n'avoir point d'autre chef politique que le duc de Mayenne. — Le 30, il déclare que la conversion de Henri IV est une momerie et singerie. — Le 22 septembre, il est envoyé vers Mayenne pour demander l'argent qui devait être distribué aux députés. — Le 17 novembre, il fait un long discours dans la chambre du tiers pour se plaindre de ce qu'un jeune homme avait eu l'audace de publier à Paris un livre dédié au roi de France, et sur son insistance l'arrestation de l'auteur est ordonnée.

— 6 décembre, il réclame l'argent disponible des Étals pour le clergé, et se plaint des députés de Paris, dont on ne voit plus que l'ombre.— Le 22, il gémit du mépris où sont tombés les États, et de l'embarras où ils vont se trouver au moment où on dit que Mayenne va quitter Paris.

Le travail fait par M. Bernard sur les Etats de 1593, mériterait des encouragements. Il comblera une lacune fâcheuse dans les annales de nos grandes assemblées. L'histoire politique n'aurait pas seule à profiter de cette publication. Ce serait la meilleure pièce justificative de la Satire Ménippée. Les historiens, M. de Sismondi entre autres, ont un peu trop maltraité les EUtts de 1593. Le recueil de M. Bernard mettra dans tout son jour la honteuse vénalité du clergé, la belle conduite du tiers, et rectifiera bien des erreurs.

tiO LES PRÉDICATEURS DE LA LIGUE.

pour assurer que Judas était dans cette barque , ce qui le conduisit à dire que parmi les députés il n*y avait pas un Judas, mais vingt, mais trente, puis il s'écria : « On les cognoitra au vote. A ceste heure, mes amis , ruez-vous hardiment dessus, estouffés les moi, car ils en sont (1). » On conçoit , après cela, qu'il ne fût pas prudent de se déclarer Politique.

Mais les curés sentirent vite que les États, avec leurs lenteurs , leurs indécisions , dans une aussi pressante conjoncture, tomberaient d'eux-mêmes sous le ridicule. Cette issue que personne n'avait soupçonnée faisait la partie belle à Henri IV , s'il se voulait convertir. Le Béarnais redevint donc encore une fois le point de mire des attaques , qui se produisirent aussitôt dans toutes les chaires avec un cynisme

révoltant.

On ne saurait s'imaginer à quelles platitudes, à quelles basses personnalités , à quelles ignobles allusions les prédicateurs en étaient réduits. Ce n'était pas assez , dans l'espoir de réveiller l'enthousiasme abattu , d'inventer de fausses nouvelles toujours démenties , de dire , comme Garin , que les traîtres politiques devaient livrer Paris à un jour indiqué ; d'imaginer , comme Cueilly , quelque défaite désespérée des royalistes (2) ; la chaire fut ravalée à une dispute de carrefour, à un commérage de halle. Il faut faire justice en osant citer : la sœur du curé Pelletier ayant mis au monde un enfant monstrueux , Feuardent en fit une longue description qu'il appliqua ensuite au Béarnais. Les femmes elles-mêmes ne furent plus épargnées. Commelet prêcha les « mascarades de quatre filles surannées ; » Guincestre compara longuement la France à une de ses paroisiennes qui était tombée dans un ruisseau et fit Vévangile des houes; Aubry enfin , qui tyrannisait tous ceux de son quartier jusqu'à prendre au collet un malheu-

(1) Jmrn. de Lestoile, p. 125 A, 112.

(2) J6id.,p. 120.

Page 1