CHAPITRE m, § IV
reux chapelier dont le zèle pour l'Union diminuait , Aubry alla plus loin ; il insulta en chaire madame la lieutenantegénérale , belle-fille du président Séguier , et la malheureuse femme altérée sous sa parole était vis-à-vis de lui dans l'au-
ditoire (1).
Simon Fillieul , prieur des carmes, qui marqua beaucoup par ses sermons, en ces années 1593 et 1594-, ne se fit pas non plus scrupule de nommer les gens dans ses attaques. Ainsi il racontait en chaire, comme un fort beau trait, que, prêchant à Saint-Barthélémy, devant le premier président Harlay, il avait accusé ceux de la justice d'épargner les huguenots, et que, Harlay l'ayant demandé le lendemain pour lui faire repro.che de cette supposition gratuite, il avait offert une liste que le président n'osa pas demander parce qu'il s'y seroit vu en tête (2).
Simon Fillieul ne s'en tint pas là. Il traita Mayenne de fainéant, les grands du royaume d'ambitieux , et le roi de coquin (vrai terme de besacier, dit Lestoile), de tyran auquel on devrait préférer le Turq.
Evidemment le prieur des carmes était dt parti espagnol. Beaucoup de prédicateurs, ainsi que lui, ne s'en cachaient p7us. Génébrard, dans ses conférences de Notre-Dame, montra que la loi salique pouvait être changée selon le gré du législateur; puis il représenta combien l'héresie était périlleuse quand la puissance était conjointe à l'erreur s'appuyant particulièrement sur ce que les Gaulois ne communiquaient jamais avec les chefs condamnés par les Druides (3). Singulier argument! Génébrard partait de la théocratie pour frayer le chemin à l'Infante.â
Aubry et Cueilly dépassèrent Génébrard , et dans le cynisme de leur infamie, ils avouaient en chaire quils étaient vendus à l'étranger. « Beaucoup de gens de bien
(1) Ihid., p. 116.
(2) I6td., p. 122.
(3) Matthieu, Bist, de France, t. Il, p. 128 et 129.
ni
ne reçoivent-ils pas pension d'Espaigne? » disait le curé de Saint-Germain-l'Auxenrois ; « on ne m'en a jamais offert , s'écriait celui de Saint-André-des-Arcs , mais quelle difficulté fait-on à cela? (1) » L'impudeur n'est jamais allée plus loin.
On ne sait vraiment comment trouver des transitions naturelles entre toutes ces homélies honteuses. Les uns se vantaient de leur vénalité; les autres, pour arriver plus vite à une solution, demandaient un nouveau Jacques Clément. Ainsi Commelet, parlant d'Aod qui tua le roi Moab [Jugesj 1. III) : «Il nous faut un Aod, disait-il, fûtil moine, fût-il berger, fût-il goujat, fût-il huguenot même, n'importe l» et cela après avoir mis parmi les anges le meurtrier de Henri III (2).
La mise en pratique , on le sait , suivit bientôt l'enseignement. Pierre Barrière, quelques mois plus tard, essaya de tuer le roi de Navarre. Ce misérable avait été, à l'avance, consulter Aubry. Le curé de Saint-André le reçut bien, l'embrassa, lui offrit à boire (3) , et, s'adressant au P. Varades, jésuite, il l'assura que « ce seroit bien fait et qu'il
(1) Lesloile, loc. ctt., p. 122.
(2) Ce trait, qu'Antoine Arnauld a si vivement reproché aux jésuites, dans son plaidoyer en faveur de l'Université, à la fin de 1594, était prêché, selon Lestoile, le 2 février 1593. Palma Cayet rejette cela aux fêtes de Noël; peu importe. Mais, ce qui est singulier, c'est que tout à coup Commelet parla presque en royaliste dans son sermon du 7 avril. Expliquant le mot de l'Écriture : Die nobis palam qui es tu, il s'écria que si le roi se convertissait sans faintise^ « il seroit le premier qui fléchiroit le genouil. » Vertement réprimandé par sa compagnie et par les ligueurs, il se rétracta le lendemain. D'Aubigné a rapporté ce trait avec sa verdeur caustique de huguenot piqué : « Tel qui venoit de dire : n nous faut un Aod, ou de prescher le meurtre des rois en tiltre de coup du ciel ; ceux-là mesmes se mirent sur les louanges, et, au lieu de dire le Béarnois et le hastardy ils le nommoient restaurateur et noble présent du ciel. » D'Aubigné précipite un peu les dates, mais nous n'en sommes pas à la dernière évolution de Commelet. (F. Hist. Univ.y t. III, p. 288. — Cf. Lestoile, Jowrn.de Henri /F, p. 116 et 125.)
(3) Mém, de Condé, t. YI, part. UI, p. 144.