CHAPITRE III, § V
gagneroit une grande gloire en Paradis (1). » Les théories de la Ligue ne se modifient pas : Jean Châtel aussi trou- • vera un apologiste dans Boucher.
C'était donc une sanglante mais trop réelle plaisanterie de la Satire Ménippée quand quelques mois plus tard elle montrait Aubry « revenant de confesser Pierre Barrière (2), » fait qui nous est attesté de toute part. Il y eut là un complot manifeste de plusieurs prédicateurs contre Henri IV. Barrière essaya de frapper le Béarnais un mardi, et le dimanche précédent Aubry disait en chaire : « Patientez, car vous verrez un miracle très exprès de Dieu dedans peu de jours; vous le verrez, voire le tenez pour jà advenu (3). »
Rôle donné aux prédicateurs dans la Satire Ménippée. — Harangue de Guillaume Rose. — Versatilité de cet évêque. — La Démonologie de la Sorhonne. — Conférence de Suresnes. — Dépêche de Diego d'Ybarra à Philippe II, où il est question des sermonnaires. — Contradictions de Pigenat et de Boucher. — Leur vénalité. — Sermons contre la Conférence. — Guincestre commence à se modérer. — Aubry vendu en même temps à l'Espagne et à madame de Nemours. — Il lutte de plates plaisanteries avec Boucher. — Ridicules équivoques. — Le crédit du curé de Saint-Benoît diminue. — L'aveugle Normandin.
J'ai nommé tout à l'heure la Ménippée, Ce fut un grand événement dans la Ligue, comme c'est un grand monument dans les lettres. Ce spirituel pamphlet , qui fut, en même temps, une bonne action et un acte de loyal courage, n'a d'intérêt que pour nous que dans ses rapports directs avec la chaire. Les prédicateurs avaient joué un grand rôle
(1) Procès fait àlBarrière, ap. Danjou, série I, t. XIÏI , p. 367. — Cf. Lestoile, Journ. de Henri IV, p. 170 B et 174 A.
(2) Ménipp.f 1. 1, p. 55.
(3) Mém. de Condé, t. VI, part. UI, pag. 144. — Cf. Ménipp., 1. 1,
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dans la Ligue ; ils tiennent donc une grande place dans la Ménippée ; et comme la Ménippée jeta sur la Ligue un ridicule ineffaçable , les prédicateurs eurent de ce ridicule la part la plus large et la plus amère.
Dans la première édition de Fouvrage , il était question d'un prêcheur dès le début. La préface supposait que le manuscrit de cette satire, composée d'abord en italien, avait été trouvée, je ne sais où, en présence du docteur Lucain , lequel n'avait pas su la traduire en français (1) , ce qui était sans doute une épigramme mordante contre la langue de ses sermons. *
Les spirituels et caustiques auteurs n'attendirent pas , pour se moquer des prédicateurs , d'en être arrivés , dans leur livre , à ces comiques harangues qu'ils prêtaient aux principaux députés des États. Dans la mordante description des tapisseries de la salle des délibérations , les bordures représentent , entre autre choses (2) « les faces de Boucher, Guincestre et le Petit-Feuillant exhortant le peuple à la paix par une figure nommée antiphrase. »
Dans presque chacun des amusants discours que les profonds railleurs prêtent successivement, comme on l'a dit (3), à l'ambition extravagante de M. le lieutenant , au dévouement vénal du Légat, au pédantisme séditieux de l'évoque de Senlis, aux rodomontades insolentes et cruelles d'un parvenu sans honneur et sans esprit ; dans presque chacune de ces harangues , les faiseurs de sermons sont mis dans leur vrai jour. Le légat avoue hautement qu'il défait part de son butin à ses prédicateurs affidés , et hypothéquez sous bon tiître, et qu'il peut leur faire faire rage au besoin (4). L'archevêque de Lyon à son tour, d'Espinac,
(1) Ibid., t. II, p. 9. Cette préface de la Satire Ménipp, est d'ordinaire rejetée dans les notes.
(2) Ibid.y t. I, p. 24.
(3) M. Nodier, dans son édit. de la Ménipp,, 1824, in-S», 1. 1, p. iij.
(4) Édit. de Ratisb., 1. 1, p 35, 39, 48.