CHAPITRE III, § V
autres, queGoularta insérée dans son recueil (1) les démasqua sans pitié.
En parlant tout à l'heure du meurtre que Rarrière tenta sur Henri IV, à la fin d'août 1593, en parlant de la Ménippée , j'ai anticipé de quelques mois sur les événements , et j'ai eu tort peut-être, car l'odieux d'un pareil acte aurait mieux ressorti encore après les essais de conciliation qu'avait tentés le Réarnais, après la Conférence de Suresnes.
En consentant à la Conférence de Suresnes, en décrétant une trêve provisoire , en admettant la discussion, les États facilitèrent le chemin à Henri IV : dès que la Ligue se concertait avec les conseillers du Réarnais, elle reconnaissait implicitement ses droits ; il ne s'agissait plus que d'une conversion ; or le Réarnais s'était dit que « Paris valoit bien une messe , » et bientôt il ne devait plus hésiter « à faire le
saut périlleux. »
Philippe II, avec l'astuce prévoyante de sa politique, sentit toute la gravité de la situation, et ses agents eurent ordre de redoubler d'activité, de conjurer le danger. Le duc de Feria se rapprocha donc momentanément de Mayenne contre le danger commun, et, malgré la diversité des intérêts , on résolut de frapper un coup décisif.
Un des députés du roi d'Espagne à Paris , don Diego d'Ybarra écrivit à son maître, à propos de la Conférence de Suresnes , une remarquable dépêche qui est, pour notre point de vue restreint, du plus haut intérêt. Les relations intéressées des prédicateurs avec la cour de Madrid y sont manifestes , y apparaissent dans tout leur jour (2).
Ybarra énumère les noms des députés des États qui allaient à la Conférence de Suresnes , et il en compte trois pour le clergé; je le laisse parler : « l^ L'archevêque de
(1) Ap. Mém. de la Ligue, éd. de Goujet, t. V, p. 403 et suiv.
(2) Archives du royaume, H 1413 ; papiers de Simancas , B 78, pièce 234. (Comm. par M. L. Dessalles. )
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Lyon (1). Il a promis de bien aller, ha prometido andar bien,.. — 2° L'évêque d'Avranches (2). On avait d'abord choisi Rose qui valait bien mieux , mais il a craint de se mettre entre les mains de Tennemi : Estaba antes elegido el obispo de Senlis, era mucho mejor sugeto; ha iemido meterse en manos del enemigo (3) ... — 3° L'abbé de Saint-Vincent [k] ; on avait d'abord songé au curé Boucher ; il est bien plus influent , et très-zélé pour le service de Votre Majesté ; mais il n'y a pas grand mal. Habiase pretendido fuese el cura Buxier , persona de muchas partes , y seguro en el servicio de Su Magestad; perono es malo, » Voilà la diplomatie qui trahit les secrets de nos orateurs. Il est avéré , il est patent que Boucher , que Rose étaient ofûciellement vendus à l'Espagne et bien d'autres avec eux. Qu'on ne perde pas de vue le mot de don Ybarra sur Rose : mejor sugeto; nous aurons besoin de nous en souvenir tout à l'heure.
La Conférence de Suresnes, en hâtant une décision, réveilla , surexcita toute la partialité des passions politiques. Le langage des prédicateurs répondit à la véhémence et à l'emportement des ambitions. Les brusques revirements de partis, les opinions laissées tout à coup et reprises, les inextricables complications des intrigues se traduisirent dans la chaire. Comment expliquer la violence inconséquente de beaucoup de ces orateurs gagés ? Pour comprendre la diversité de leurs paroles , il faudrait connaître la diversité de leurs petits intérêts de chaque jour. On se croirait dans les clubs de 1793; c'est déjà la même grossièreté de langage. Quand un parti gagne des chances , quand son influence s'accroît, il est absous. Gloire à la faction qui peut triompher; honte sur elle , si elle est vaincue.
(1) Pierre d'Espinac.
(2) François Péricart.
(3) Rose motiva son refus sur ce qvCil serait mal vu.
(4) Geoffroy de Billi, depuis évoque de Laon.