‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 120 sur 196 · VL · texte numérisé non relu

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Les États convoqués pour élire un roi. — Sortie inattendue de Rose contre l'Espagne. — Conjectures sur ce fait. — Folie subite du docteur Martin. — Prêclies du ministre Damours en présence de Henri IV. — Efforts des prédicateurs royalistes Chavagnac et Morenne. — Benoist est appelé auprès du Béarnais , et hésite. — Guincestre se retire de la Ligue. — Il est mandé par le roi. — Chavagnac se décide le premier à aller trouver Henri IV. — Fureur des Seize. — Proposition du docteur Mauclerc. — Manifeste du Parlement. — Les orateurs de runion se rassemblent pour tenter un dernier effort. — Feuardenl, Génébrard , Aubry, Boucher, se distinguent par leur emportement. — Le jeune duc de Guise futur époux de l'Infante. — Les bouchers et le curé de Saint-Benoît. — Abjuration de Henri IV.

Les ligueurs protestaient de toutes parts contre la Conférence de Suresnes. Mayenne , plein d'alarmes et pressé par les agents de Philippe II , assembla solennellement les principaux des États. Pour couper court aux projets de transaction, on agita la question de la royauté ; on discuta l'opportunité d'une élection immédiate. Leduc de Feria proposa formellementdedonnerlacouronne à l'infante Isabelle. Rose, alors, qui était du nombre des députés, se récria vivement et déclara que le sceptre de France ne pouvait appartenir ni à un étranger ni à une femme (2j . Cette sortie inattendue, et la

(1) Journ. de Henri /F, p. 133 B, 135 B, 138 A, 169 B. — On ne voit guère ce Normandin marquer dans les derniers temps de la Ligue. Je trouve seulement que, le 20 juin 1593, il alla demander au duc de Guise quel Évangile S. M. voulait qu'il prêchât ( les Seize s'étaient alors rejetés sur l'élection de ce prince à la royauté), et que le duc de Guise lui lit répondre : « V Évangile de Vaveugle. » (V. /6id., p. 147 A.)

(2) Idid.y p. 125 B, 134 A, 141 B.

maladresse des orateurs espagnols, qui avaient sottement annoncé l'intention de marier l'Infante à l'archiduc Ernest, ruinèrent les prétentions de Philippe II. On ne peut se dissimuler les chances qu'eut un moment l'Infante : si ses agents avaient annoncé dès l'abord , et comme ils e firent trop tard . l'intention de lui donner pour époux le jeune duc de Guise, peut-être Henri IV n'aurait-il jamais

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Rose par son discours fit une œuvre vraiment nationale , et contribua à sauver le pays des intrigues presque triomphantes de la maison d'Autriche. Mais faut-il lui en savoir gré'' Je n'hésite pas à dire que non. Anquetil , fort impartial d'ordinaire, a singulièrement ménagé Guillaume Rose ; il le traite d'homme de mérite, et il semble le louer même de s'être acquis l'estime de la cour d: Espagne (1). Laplupartdes historiens, M. Ch. Lacretelle est du nombre (2), ont enregistré l'apostrophe de l'évêque de Senlis comme un acte de dévouement. Je regrette de ne pouvoir partager cette opinion. A moins d'admettre un repentir soudain et inespéré , un brusque et vertueux retour, qui cessa aussi tout à coup, la conduite antérieure, la conduite postérieure de Rose ne permettent pas d'expliquer son rôle aux Etats autrement que par une boutade mécontente , par un de ces accès de rage subite auxquels il était sujet. Il est manifeste pour moi que l'évoque de Senlis était vendu à l'Espagne. Don Ybarra nous le laissait entrevoir tout à l'heure , et Rose lui-même l'a pour ainsi dire avoué, quand , quelques mois plus tard , à la fin de décembre 1593, il avait le cynisme de prêcher contre d'Aubray , l'un des chefs des Politiques, parce que d'Aubray avait donné à l'Hôtel-Dieu l'argent que les Espagnols lui avaient fait remettre pour le corrompre (3). La versatilité funeste de l'évêque de Senlis l'avait discrédité ,

(1) Eiprit de la Ligue, t. III, V- 257.

(2) Histoire des guerres de religion en France, t. III, P- ^^x-

(3) Lestoile, loc cit, p. 186 B.

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