‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 121 sur 196 · CHAPITRE IV, § III · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV, § III

Henri IV, tant de soupçons contre les chefs de la Ligue, que madame de Guise elle-même s'offensa de ces excès et Ten reprit.

Cueilly (1) le disputa à Aubry, dans ces derniers temps. Il prêcha régulièrement deux fois chaque jour, le matin et le soir. Selon lui, le pape avait juré de ne jamais « recevoir ce bouc de Béarnois, » et il y avait une armée de trente mille hommes prête à venir au secours de l'Union. Tous les moyens étaient bons aux yeux de Cueilly, pourvu qu'ils fussent dirigés contre Henri IV, contre Yarchiduc de Genève, comme il l'appelait. Il ne voyait, dans le régicide Barrière « qu'un pauvre homme, mal advisé et simple , qu'on vouloit faire mourir cruellement. » Le curé de Saint-Germain-l'Auxerrois voulut même s'inspirer de cet exemple, et ne pouvant frapper les Politiques de mort réelle , il tenta , dans les limites de sa juridiction ecclésiastique , de les frapper de mort spirituelle. Tous ceux de ses paroissiens qui étaient suspects de modération furent par ses ordres rayés des registres du baptême.

Quant au but politique de Cueilly, il ne s'en cachait pas; ce qui lui paroissoit désirable et nécessaire , « c'estoit le mariage de l'Infante avec le jeune duc de Guise, nostre bon roy, vaillant, sage, généreux , fils d'un brave père. »

La Ligue avait débuté sous les auspices de l'ambitieuse maison de Lorraine ; après je ne sais quelle exaltation démocratique , après je ne sais quel réveil de l'esprit ultramontain et sacerdotal , elle revenait aux Guises. Cette famille était destinée à un grand rôle. Chaque secousse politique lui faisait toucher le trône, si j'ose dire, pour l'en éloigner

bientôt.

A côté de ces déclamateurs acharnés qui persistèrent obstinément dans la lutte, et qui s'étaient , nous l'avons vu, mêlés

(l) Ibid., p. 102 B, 175 A, 180 A, 198 B, 213

bien souvent déjà aux événements , une foule de prédicateurs secondaires, de suppôts de l'Université, de missionnaires obscurs, leur venaient en aide. Le prieur des Carmes, Simon Fillieul(l), se distingua entre autres dans cette milice infatigable. Il assurait que quand le Béarnais « auroit bu toute l'eau bénite de Nostre-Dame » sa conversion serait encore douteuse. Selon lui, c'était Judas trahissant Dieu par un baiser; il fallait s en desfaire, et quelque bonne dame Judith devait bientôt sauver la France par un coup du

ciel (2).

Ces doctrines sanguinaires ne se présentaient plus dès lors comme une exception chez les ligueurs.

A la fin d'août 15%, un jésuite s'écria, dans l'une des chaires de Paris : « C'est un blasphème de penser que le pape absolve le Béarnois; quand un ange descendroit pour me dire , — Keçois-le , — l'ambassade me seroit fort suspecte. » Cinq mois plus tard , un cordelier s'écriait à son tour: « Qu'on aiguise les poignards; il est besoin d'une circoncision (3). » Ainsi les ligueurs sentaient tout le danger de la situation. La conversion de Henri IV assurait le royaume à ce prince , et un meurtre pouvait seul désormais l'éloigner du trône. C'est pour cela que les orateurs des Seize déclarèrent, d'une part , l'abjuration illégitime, et, de l'autre, le régicide nécessaire.

(1) Ibid., p. 170 A, 175 A.

(2) Peut-être était-ce là une allusion aux tentatives que tirent les Seize pour corrompre Gabrielle d'Estrées et lui persuader de tuer Henri IV. Le moine Garin ayant attaqué Gabrielle en chaire, les chefs des Seize allèrent le trouver et lui communiquèrent les raisons qu'il y avait pour la ménager. C'est au moins le récit de Lestoile. V. ib,, p. 170 B.

(3) J6id., p. 171 A, 191 A.

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