‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 122 sur 196 · CHAPITRE IV, § IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV, § IV

§iv.

Derniers efforts du parti exalté de l'Union. — Cynisme des injures. — Garin devient le roi de la Ligue comme avait été Boucher. — Ses ignobles sorties contre le Parlement, contre Henri IV. — Plates équivoques. — Sermons sur la liberté de la presse. — Poursuites contre les imprimeurs du Maheustre. — Position désespérée de Paris. — Mayenne se réfugie à Soissons. •— Réorganisation des Seize. — Hamillon, Pelletier, Garin prennent les armes. — Projets de massacre et d'assassinat. — Sermon de Rose la veille de la prise de Paris.

Parmi les prédicateurs dont je viens d'énumérer les suprêmes excès, j'ai omis le nom de Garin. Ce moine pourtant fut sans contredit le plus infatigable , le plus exalté , le plus implacable de ces tribuns. Il joua , dans ces dernières conjonctures , un rôle particulier. On a vu successivement les curés de Paris , les divers orateurs religieux , passer la plupart au roi d'Espagne, quelques uns à Henri IV. Garin, au contraire , sembla rester fidèle jusqu'au bout au despotisme anarchique et turbulent des Seize. Ce qu'il voulait surtout, c'était le gouvernement de l'échevinage^ l'organisation communale, les libertés urbaines. « Tant, disait-il, que ceste bonne, droite et noble compagnie des Seize a eu auctorité, on a veu la religion florir, les traistres punis, toutes choses

aller par compas et raison Depuis qu'on la leur a ostée,

tout est allé en ruine.... la religion est vilipendée , les villes branlent pour se rendre ù ce meschant, les traistres se promènent teste levée.... (1). » Voilà l'idéal politique de Garin ; il regrette la démagogie renversée par Mayenne , le temps du meurtre de Brisson, la chambre ardente de Boucher.

(1) Ihid.f p. 184. — On est très au courant du rôle de Garin dans ces derniers temps, de ses catilinaires, de ses menterieset balivernes, parce qu'il prêcha le carême de 1594 à l'église Saint-Barihélemy, et que Lestoile allait l'y écouter assidûment, et, «au sortir, faisoitextraict de ce qu'il avoit ouï et de la saine doctrine de ce vénérable cordelier. » V. ibid., p. 205 A.

Cest le dernier et le plus inflexible apôtre du pouvoir des

Seize et des curés.

Aussi s'en prend-il avec amertume à Mayenne (t) et au Parlement (2) : à Mayenne , qui a arrêté l'envahissement de la démocratie sacerdotale; au Parlement, qui s'arroge la puissance législative et en use au profit des Politiques.

Lestoile assure qu'il n'entendit jamais « tant débagouler d'injures à crocheteus ni à faquins » qu'au moine Garin contre le lieutenant-général. Il le traitait de pipeur, d'ambitieux exploitant la religion à son profit et qui en secret prêtoit f épaule aux Politiques. « Une quenouille, ajoutait-il en propres termes, seroit plus propre à ce gros pourceau qu'une espée. » La mère du duc de Mayenne , M"»* de Nemours était présente quand Garin injuria ainsi son fils du haut de la chaire ; mais la colère de cette princesse fut impuissante, et elle n'osa se venger. Voilà où en était tombé le gouvernement de l'Union , dont Mayenne demeurait le chef.

Garin, je l'ai dit, s'était également jeté dans une violente opposition contre le Parlement. « Sans ceux de la Cour, disait-il à ses auditeurs, vous seriez en repos, pauvre peuple, et nous, et tout. » Enfin il faisait, pour parler le langage du temps, le diable à vingt-quatre contre les magistrats; il voulait que le peuple intervînt. « Qui vous feroit raison, s'écriaitil en s'adressant aux conseillers, vous feroit tous pendre ; il n'y en a pas un parmi vous qui ne l'ait bien gaigné... Vous aurez la corde un de ces jours et on vous traînera tous à Montfaucon... » La Cour n'osa faire arrêter Garin.

On comprend que si Mayenne et les parlementaires

, étaient traités sur ce ton dans les diatribes du cordelier,

Henri IV y obtint encore une plus large part. Au rapport

de De Thou, Garin, quelque temps après les Sermons de

la simulée conversion , de Boucher , avait eu l'impudence

(1) Ibtd., p. lis A, 168 B, 182 B.

(2) iWd., p. 184 A, 189 B, 191, 205 B.

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