CHAPITRE V, § I
avaient vidé la place avec les Espagnols. Je trouve même (mais le témoignage n'est pas authentique) qu'il ne put sortir que « bien fourny de pouilles et imprécations dont le peuple le chargeoit au passage (1). »
C'était justice que Boucher prît le premier la fuite. Garin eût bien désiré en faire autant : il avait essayé de se déguiser en Espagnol et de s'évader aussi avec la troupe de Philippe ]I; mais son stratagème échoua. On le découvrit, quelques jours plus tard , blotti dans le grenier d'une maison de la rue Saint-Denis. Ce scélérat, comme l'appelle Le Duchat, se jeta aux pieds de ceux qui le trouvèrent , les supplia avec toutes sortes de larmes de ne le point tuer , et jura qu'il prêcherait, s'il en était besoin, l'éloge du roi. Henri IV eut pitié de tant de lâcheté , et ordonna qu'on ne fît pas mal à Garin, lequel en fut quitte pour sortir de Paris et disparaître complètement de la scène historique. (2)
Tous les prédicateurs ne montrèrent pas la même couardise que Garin. Le curé de Saint-André-des-Arcs , entre autres, persista jusqu'au bout dans sa haine contre Henri IV, et , durant les jours qui suivirent l'entrée du roi , il refusa de confesser ceux de ses paroissiens qui ne juraient pas au préalable haine et malédiction à la royauté. On se rappelle qu'Aubry ^vait trempé (bien qu'il s'en défendît) dans la tentative du régicide Barrière. Le président Séguierqui, malgré ses écarts, lui portait encore quelque intérêt, le fit avertir de s'éloigner. Lestoile assure qu'il quitta en effet Paris le 28 mars, avec son vicaire et plusieurs de ses ouailles (3). On voit ailleurs que le cardinal de Plaisance, en
(1) Lestoile, loc. cit., p. 224 B. ( Ext. du Suppl. de 1719.)
(2) Jbid., p. 222 B.— Le Duchat (Notes sur la Ménipp.yi. II, p. 151.) n'est pas tout à fait exact sur ce détail.
(3) V. Lestoile, loc. cit., p. 219 A, 220 A , 221 B.
résignant ses fonctions de légat , l'emmena à Rome , ainsi que le jésuite Varades, son complice (1). C'est là sans doute qu'Aubry mourut, en 1601 (2).
Aubry fut imité dans ces aigreurj persistantes par le curé de Saint- Germain -TAuxerrois. Henri IV, demeurant au Louvre , se trouvait être le paroissien de Cueilly. Aussi un gentilhomme rencontrant ce prêtre le lendemain de l'entrée, l'en félicita sans trop réfléchir et lui demanda : « Ne criez-vous pas vive le roi ? » — Cueilly répondit d'un ton
de fureur : «On avisera on n'en est pas encore là. » —
Cette réplique, dès qu'elle fut connue, attira l'attention des agents du gouvernement , et on observa la conduite du curé de Saint-Germain. Henri IV toutefois lui accorda son pardon, à charge d'estreplus sage; mais Cueilly, peu touché de cet acte de clémence , ne put se (Contenir , et le lendemain (c'était le 25 mars) il prêcha contre le roi. En descendant de chaire , il fut arrêté et persista à soutenir que le Béarnais était excommunié. Henri IV, malgré cet entêtement, résista aux conseils de sévérité qu'on lui inspirait , et se contenta de faire donner à Cueilly son congé (3).
Jacques Cueilly d'ailleurs (afin que nous n'ayons pas à revenir sur lui) répara par une fin toute chrétienne ces violences d'un caractère orgueilleux. Chassé de Paris, il se retira aux Chartreux de Bourg-Fontaine (4), et de ^à à Rome. Depuis , le chancelier Cheverny ayant obtenu sa grâce , Cueilly se mit en route pour revenir en France^,; mai^ a^jparavant il voulut , par dévotion à sainte Agathe , faire un
(1)... Varadam jesuitam et Aubrîum consilii Barrerio dati convictos cum boua régis veiiia seciim abdueit card. Placentinus. (Bulaei Hist, universit., l. VI, p. 813.— Cf. Le Duchat, not. ad Ménipp., t. II, p. 153.)
(2) V. l'index autographe et inéd. de Guy-Patin , année 1601; niss. de h Bibl. Sainte-Geneviève G. L. 3.
(3) Lesloile, loc. cit., p. 219 A, 220 A.
(i) Le Duchat, not. ad Ménipp., t. Il , p. 135, 152.