‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 129 sur 196 · CHAPITRE V, § I · texte numérisé non relu

CHAPITRE V, § I

pèlerinage à Palerme (1). La chaleur de la traversée lui ayant donné la fièvre , il apprit de son médecin qu'il n'avait plus que vingt-quatre heures à vivre. Cueilly se leva, s'habilla , alla à l'égHse , dit la messe , prêcha en latin ses compagnons de navire , et mourut en priant (2).

Outre Boucher qui s'était enfui dès l'abord , outre Garin , Aubry et Cueilly , Henri IV dut exiler encore quelques uns de ces prédicateurs qui , selon l'expression de Félibien , « avoient causé par leurs emportements plus de meurtres et de scandales que tous les ligueurs ensemble (3). » Hamilton, Rose, Pelletier, Simon Fillieul, prieur des Carmes, Jacques Julien, curé de Saint-Leu, et quelques autres (4.) reçurent des billets, Bernard Rouillet , que nous avons vu prêcher à Bourges contre Sixte-Quint, fut également compris dans cette proscription (5). On perd la trace de plusieurs de ces exilés. Quelques uns toutefois profitèrent de la clémence de Henri IV, Simon Fillieul, par exemple (6); Julien aussi, après une courte absence, rentra en grâce auprès de ce prince (7). Pelletier, curé de Saint- Jacques-la- Boucherie, s'y prit autrement. Frappé, bien qu'un peu tard, de la grandeur d'âme et de la bonté de Henri IV , il monta en chaire avant d'obéir à l'ordre de départ qu'il avait reçu, et témoigna , dans l'adieu qu'il fit à ses paroissiens, tout son repentir : « Il faut que je m'en aille , leur dit-il , mais où que ce soit, je louerai la générosité de ce roy bening, )).Il n'en fallait pas tant pour adoucir la rigueur du monarque

(1) Mém. de la Ligue, t. V, p. 511.

(2) André Duval , Vie de la bienh. Marie de V Incarnat. y Toul, 162i, in-8<», 1. 1, ch. 5.

(3) Hist. de Paris, t. II, p. 1231.

(4) Thuan. Hist., 1. CIX, § 7 ; t. V, p. 357.

(5) Mém. de Nevers, t. II, p. 709. —V. plus haut, pag. 85.

(6) Lestoile, Journ. de Henri IV, p. 219 A, 228 B.

(7) Mém. de la Ligue, t.V,p. 423.— Julien, Guincestre, SimonFillieul, et Ballesdens, curé de Saint-Sé vérin, signèrent, le 22 avril, le serment solennel de l'Université.— V. Journal de Henri IV, p. 235 (ext. du Suppl. de 1719).

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conciliant, et Pelletier sans doute obtint plus tard son pardon, malgré un arrêt du Parlement auquel nous arriverons tout à rheure.

Henri IV était très-disposé à satisfaire tout le monde et à apaiser ses plus implacables ennemis. Les arrangements, les négociations faisaient partie de sa politique. Dans le premier moment de mauvaise humeur, la plupart des curés avaient, lors de Ventrée, cessé de prêcher, assurant qu'ils ne pouvaient que répéter ce qu'ils avaient dit naguère. Le roi ne se montra pas trop offensé de cette insolence ; « Je les excuse, dit-il, ils sont encore faschez, cela viendra. wPour aplanir les difficultés, il alla en personne à la Sorbonne, et, après mille compliments aux docteurs, il ajouta : « On a presché contre moy, on m'a indignement traicté; mais je veux tout oublier et leur pardonner à tous, mesme à mon curé [c*étoit une allusion à Cueilly)^ et n'excepte que Boucher, qui presche des menteries et meschancetés à Beauvais. Encore ne veux-je point de sa vie, mais seulement qu'il se taise. » Boucher ne suivit pas ce conseil, car il alla quelques mois plus tard donner, à Douai, une nouvelle édition de ses Sermons de la simulée conversion, et nous le retrouverons bientôt en Belgique, écrivant l'apologie de Jean Châtel. On se contenta à Paris de représailles juridiques contre les livres de l'ancien curé de Saint-Benoît (1). Le jour même où le roi faisait à la Sorbonne la visite que nous venons de dire , les Ojp» ics de Boucher étaient brûlés (2) avec ceux de l'avocat DofL.' ns, à la Croix-du-Trahoir ainsi qu'à la place Maubert. L'imprimeur Guillaume Bichon fut banni.

On aura occasion de voir que Henri IV tenait tout partilièrement à l'appui des prédicateurs. Il encourageait beau-

(1) Lestoile, loc. cit., p. 219 A, 230. ■ (i) Dès 1589, le traité de Boucher Dejusta Abdicatione Henrici III, avait été brûlé à Senlis par les habitants qui, dans une sortie, en avaient saisi deux tonnes pleines que la Liy;ue envoyait à l'étranger pour répandre ses doctrines. (V. Paulmy, Mélanges tirés dCunegr. biblioth,^ in-8o, t. XI, p. 267, et Daniel, Hist. de France, in-io, t. XII, p. 41.)

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