‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 130 sur 196 · CHAPITRE V, § I · texte numérisé non relu

CHAPITRE V, § I

coup les sermons absolutistes de Nouvelet, et, dès le 25 mars, il alla entendre Bélanger enseigner à Saint-Germain- FAuxerrois que Tobéissance à la royauté était un devoir, et que ceux qui prétendaient Sa Majesté excommuniée Tétaient eux-mêmes. Cette théorie toute monarchique fut soutenue en présence de Henri IV, dans la chaire où, le même matin, pour la dernière fois, le curé Gueilly avait proclamé les doctrines démocratiques (1).

Dans la paroisse Saint-Gervais, comme il fallait un exemple, on se contenta d'exiler le bedeau Noël (2). Le curé Guincestre, nous Tavons vu, avait pris ses précautions, et s'était fait royaliste à temps (3). Il louait dès lors Henri IV avec l'exagération d'un néophyte et « si longuement qu'on pensoit qu'il n'en dust jamais sortir. » Ces panégyriques de courtisan eurent leur récompense. Dès la fin de mai, M. D'O fit inscrire le nom de Guincestre parmi les prédicateurs à 200 écus (4).

Le franciscain Feuardent imita Guincestre.Wadding,pour l'honneur de son Ordre, lui prête, il est vrai, un désintéressement sans bornes. Feuardent, dégoûté du monde, se serait retiré humblement à Bayeux , sans ambition , sans désirs, attendant que la mort vînt couronner sa vieillesse, ce qui arriva effectivement en 1610 (5) ; mais c'est là une biogra-

(1) Lestoile, loc cit., p. 220 A.

(2) Sat. Ménipp., pièc. justitic, t. II, p. 520.

(3) Lestoile raconte que le jour ile la réduction de Paris, Guincestre vint demander le roi pendant qu'il dînait. Sancy ne voulait pas le laisser entrer; mais Henri IV, ayant reconnu sa voix,donna ordre de le faire venir. Guincestre alors se serait précipité aux genoux du prince qui, saisi de ce mouvement subit, n'aurait pu s'empêcher de s'écrier : Gare le cousteau, ( V. p. 230 B). Mais cela est-il bien probable ? Guincestre n'avait-il pas réparé ses précédents excès en allant l'un des premiers à Saint-Denis ? N'avait-il pas assisté à l'abjuration? Après cette adhésion éclatante, la défiance de Henri IV était-elle naturelle ?

(4) Journ. de Henri IV, p. 238 A.

(5) Senectutis tandem portum Baiocum ipsum, quod juvenilis contentionis illex et quasi iguiculus fuit, humiliter elegit , nullam ambiens aliquando dignitatem inter suos aut honorem inter exteros. (Wadding, Script, ord. Minor., p. 116. —Cf. les notes de la Bibl de Duverdier.)

phie complaisante. Feuardent renonça à ses emportements, dès qu'ils purent lui être nuisibles; il se jeta alors dans la politique pacifique. Ses liaisons avec le cardinal d'Ossat étaient un acheminement vers la faveur. Henri IV oublia si bien les fureurs du sermonnaire, qu'il le louait en pleine cour et lui octroyait une pension (1).

Fin de la biographie des prédicateurs.— Crespet va mourir dans le Vivarais. — Génébrard.— Son traité De sacrarum Electionum jure condamné par le parlement d'Aix.— Misère de Launay dans ses derniers jours.— Quelques sermonnaires de la Ligue se réfugient dans l'érudition. — LeUre de Casaubon à Porthaise. — Lettre de Juste Lipse au Petit- Feuillant. — Traditions sanglantes sur Bernard de Montgaillard , abbé d'Orval. —Texte contraire de Matthieu — Panégyrique du Petit- Feuillant, par Valladier —Colonie de ligueurs en Flandre.— Boucher, chanoine de Tournay.— Analyse de son Apologie pour Jean Chàtel et de son Oraison funèbre de Philippe /i.— Boucher veut aller à Rome. —Le Saint-Père refuse de le recevoir.— Lettre de D'Ossat à ce sujet.— Vieillesse prolongée de Boucher.— Ses habitudes, ses derniers écrits.— On lui attribue à tort un pamphlet contre Louis XIIL— Repentir tinal de Boucher.— Guill. Rose est réintégré par Henri IV dans l'évèché de Senlis. — Il proche contre l'édit de Nantes.— Arrêt du Parlement. — Rose fait amende honorable dans la grand' chambre.— Sa mort.

Puisque nous voilà ramenés tout naturellement aux détails individuels , achevons cette partie de notre tâche. Ce qu'il reste à dire de la prédication sous Henri IV, même dans ses rapports avec la Ligue, ne se rapportera plus guère aux orateurs que nous avons vu figurer jusqu'ici sur la scène, mais bien plutôt à leurs élèves, à ceux qui auront hérité de leurs traditions et de leurs doctrines. 11 y a donc ici interruption réelle. La restauration monarchique changea les rôles et dispersa les acteurs. Avant de reprendre 1^ suite des événements, avant de redire les mesures que prit

(1).... Eumque, etsi multum sibi ad versa tus l'uisset,coram auliciscollaudavit et pensione annua donavit. {BaW, Sapientia foris prœdicans^ part. lU, p. 478).

Page 1