CHAPITRE III, § VI
même dans le clergé ligueur (1) , et son entêtement était proverbial. Cela remontait aux premiers temps de l'Union. Ainsi , Rose était le seul qui , en signant en tête le formulaire, eût ajouté après son nom : « utinam qui prœit sacramento antecedat martfjrio! » Rose sera le dernier aussi dont l'obstination persistera jusqu'au bout : nous le verrons plus tard condamné à faire amende honorable devant le Parlement. Mais, pour nous en tenir à la conduite de Rose à cette époque même , on ne peut croire de sa part à aucun sentiment modéré. Il avait attaqué précédemment la loi salique, et Mayenne le comptait au nombre de ses plus ardents adversaires. Madame de Montpensier elle-même avait été en chaire l'objet de ses invectives, et Brienne, sortant quelques semaines auparavant d'un de ses sermons , disait tout haut que le respect qu'il portait au lieutenant-général l'empêchait seul de poignarder Rose au seuil de l'église. A l'égard de la Conférence de Suresnes, le turbulent démagogue avait montré une incroyable fureur , jusqu'à injurier l'archevêque de Lyon et tous les députés à leur nez. Personne ne le prit au sérieux. D'Espinac se contenta de le traiter de fou, et Lestoile, racontant sa sortie contre l'Espagne, au sein des États, ajoute : « C'estoit parler fort à propos pour un fol. » Lestoile a raison : c'est , à mon sens, le plus favorable jugement que l'on puisse porter de Guillaume Rose. Si , comme on l'a insinué , l'évêque de Senlis sauva presque la monarchie, ce serait le cas de redire le beau vers de Régnier :
Les fous sont aux échecs les plus proches des rois.
On a publié, il est vrai, dans un recueil du règne de Louis XIII , une Lettre de Vévesque de Senlis à un homme d'estatde ses amis (2), qui semble infirmer nos conjectures.
(1) Journal inédit de la Ligue. — (Bevwe rétrospective , publiée par M. Taschereau, sér. II, t. XI, p. 80.)
(2) Jean de Lannel, Rec. de plusieurs harangues, remonstranceSy etc. Paris, 1622, in-8», p. 560 à 576. (Cf. le P. Lelong, n» 19374.)
Celte pièce, que le P. Lelong rapporte à Tannée 1592, estelle authentique? Une simple analyse suffira à amener au moins le doute. Voici les principaux points établis dans cette missive :
« Quatre personnages tiennent la France plongée dans une profonde misère. Ce sont le roi de Navarre , le duc de Mayenne, Philippe II, et le pape.
« 1. — Le Béarnais est le plus à craindre à cause de son hérésie. Mais il n'est pas si blâmable que les trois autres , puisqu'il ne fait que poursuivre le droit qu'il suppose avoir à la couronne de France, et puisqu'il est appuyé par les plus apparents du clergé et de la noblesse.
« 2. — Sans doute , le débonnaire Mayenne n'est pas des plus ambitieux du 7nonde; mais à quels reproches légitimes ne s'est-il pas exposé ? Pourquoi n'a-t-il point fait couronner son neveu, le duc de Guise, aussitôt que ce jeune prince s'est échappé de prison? il le pouvait. Pourquoi est-il si opposé aux prétentions du duc de Lorraine , tandis que celles de Philippe II et celles du duc de Savoie ne le choquent point? Les menées de Villeroy ont même failli le convertir au Béarnais. Cela lui vient, ou du défaut de cœur ou du défaut de jugement. Il ne sait ce qu'il veut, et tandis que ses ambitieux désirs le tiennent en suspens, la religion périclite. En résumé , le duc de Mayenne est un homme bon à commander en sous-ordre, et qui succombe sous le faix des affaires. Personne ne veut de lui pour roi , sinon par adveniure deux ou trois altérez. (Cela tombait sans doute sur Pigenat.)
« 3. — Quant à Philippe II, il abuse la Ligue par des promesses ; il n'a de zèle qu'en apparence. Ses projets tendent exclusivement à usurper la couronne, à nous mater , à advancer la maison d'Autriche, à s'élever sur notre ruine.
« 4. —Enfin il y a le pape. C'est de lui que tout dépend et il ne fait rien. Ses prédécesseurs au moins envoyoient de