‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 139 sur 196 · CHAPITRE III, § VI. Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE III, § VI. Î

l'argent. Qu'il reprenne donc dans les affaires de France la place influente qui lui appartient ; qu'il excommunie les prédicateurs favorables au Navarrais , et qu'il envoie des instructions aux chefs désordres afin qu'ils fassent parler leurs moines dans les chaires. Le saint-père doit partir de deux principes, à savoir qu'il ne faut pas lascher la bride à l'Espagnol, lequel veut tout engloutir, et qu'en France la religion ne fait qu'un avec l'État. C'est au pape que revient le droit de désigner le roi de France. Seul il est désintéressé , seul il a ce pouvoir. Qu'il choisisse donc, qu'il se hâte. La nation lui obéira. x>

On peut juger. Cette pièce ultramontaine est-elle réellement de la Ligue? n'est-ce pas une supercherie d'érudit? Cela n'a-t-il pas été plutôt écrit à la veille de Tavénement de Richelieu qu'au temps de l'Union? Quel ligueur a eu cette modération de langage? Quel ligueur s'est préoccupé des envahissements de la maison d'Autriche? Quel ligueur a traité Henri IV avec cette indulgence? Est-ce Rose qui, dans une lettre demeurée secrète , aurait montré ce calme de raisonnement qu'il n'avait pas en public, qu'il n'avait pas dans sa chaire?

Je crois reconnaître là une main exercée et sûre ; c'est le ton , c'est la manière de d'Ossat , de Du Perron , de Villeroy. Les pamphlets de l'Union sont tout autrement fougueux. On ne peut considérer la Lettre de Vévesque de Sentis que comme une plaisanterie de collecteur.

Mais revenons à l'histoire réelle , à la prédication.

Henri IV, prenant son parti, s'amusait quelquefois de toutes ces violences de la chaire, qu'il se faisait raconter.Tout à l'heure nous accusions Rose de folie : un des Seize , le docteur Martin, perdit tout à coup l'esprit en prêchant contre le Béarnais, à Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. Cette démence avérée de l'un des plus furieux sermonnaires de l'Union fit beaucoup rire Henri IV. La division qui commençait à régner

parmi cesinlrigants politiques acheva de le meltreen belle humeur. « Si je voulois bien tromper mes gens, disait-il, j'attendrois à me résouldre à quand nos maistres prédicateurs seroient d'accord. Je crois qu'ils en auroientpour longtemps (1). »

Ce mot marquait chez le Béarnais un projet de prochaine conversion. Mais si Henri IV commençait à ne plus redouter autant les attaques des chaires catholiques, il avait en revanche à subir celles des sermons protestants. Le ministre Pamours , préchant devant lui à Mantes , l'accusa avec amertume de nourrir des projets d'apostasie , et Henri dut courber la tôte et accepter le reproche.

Henri IV en effet était complètement décidé à une abjuration. Pour se réserver des intelligences dans Paris même , il résolut de se faire instruire par les curés qui lui étaient favorables. C'étaient, on le sait , ceux de Saint-Sulpice , de Saint-Eustache et de Saint-xMéry.ïout récemment encore ils avaient montré en chaire leur bonne volonté envers le monarque néopîîyte. Chavagnac appelait les adversaires du roi des ministres de Sathan, pires que les Pharisiens, et prêchait qu'il fallait aller au-devant de la brebis perdue, admettre à résipiscence l'enfant prodigue et imiter enfin saint Remy quittant son évêché pour convertir Ciovis (2). Morenne, de son côté, malgré la protection des marguilliers , s'était vu, à cause de son royalisme, violemment exclu de la chaire de Saint-Germain-l'AuxerroisparlecuréCueilly (3). Henri IV songea donc à appeler près de lui Chavagnac et Morenne. Tout d'abord , il s'adressa pourtant à Benoist qui , comme l'a remarqué Naudé, devait mariier dexirement sa conscience (4). Benoist reçut, le 11 juin 1593, des lettres qui le mandaient auprès de Sa Majesté, avec charge de se faire accompagner par deux théologiens choisis à son gré. Benoist,

(1) Lestoile, Journ. de Henri IV, p. 131 B, 120 B, 132 B, 133 B.

(2) /6id.,p. U3A, Ui B, 149 B.

(3) /5îV2.,p. IWÀ, 149B.

(4) Coups cV État, éd. de Dumay, 1. 1, p. 399.

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