‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 140 sur 196 · CHAPITRE III, § VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE III, § VI

avec la timidité et l'indécision habituelle de son caractère , hésita et eut peur. Dans ses perplexités, il s'avisa de consulter Mayenne et le Légat qui, comme on se l'imagine, le détournèrent , le retinrent, assurant qu'il fallait au moins l'autorisation du pape.

Benoist ne savait que faire. Le 23,de nouvelles missives lui parvinrent ainsi qu'à Morenne, avec ordre de se presser. Les deux curés étaient fort embarrassés. Henri IV, un peu impatienté de ces retards, écrivit, le 6 juillet, à Guincestre (l). Ce nom étonne sans doute et l'on ne pensait guère trouver Tun des plus sanguinaires démagogues de la Ligue , à l'abjuration du Béarnais, Dans un pareil conflit d'opinions , dans tous ces entraînements de partis, il faut s'attendre aux plus étonnantes mutations , aux plus singuliers revirements.

Guincestre avait beaucoup à réparer, et , depuis piusieurs mois, par une soudaine métamorphose , dit Lestoile , il prêchait la paix. Était-ce perspicaciîé prévoyante de l'avenir? Était-ce repentir ? Pour l'IiOL.neiîr de la nature humaine , j'aime mieux croiie au repentir. Le nouveau adjoint^ coîiimc l'appelèrent désormais les Seiz^î, avait ouïe courage de louer, devant le Légat qui ers fit de grandes plaintes, la conversion et la trêve. Il proîesttîit tout haut qu'il était encore de la Ligue , « mais pour la manutention de la religion , et non autre chose. » C'était là un engagement formel ; Henri se hâta d'en profiter. Il apprit que Guincestre éiait Gascon (2) : « Jamais bon Gascon ne fut espagnol, » s'écria-t-il, et il lui écrivit.

Guincestre alla trouver le Légat, le consulta , le pria, l'adjura à genoux de le laisser partir. Le Légat fut inflexible, et Guincestre attendit (3).

Enfin, plus d'un mois après les premières insinuations du

(1) Journal de Henri IV, p. 144 A, 1 IS B, 15ti A.

(3) Ibid., p. 147 A, U7 D, 155 B, 156 A.

(3) Ibid., p. 157 B, î58 A. — Tliliaii. Ilist., 1. CVII, § G ; T. V, p. 290.

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Béarnais, Ghavagnac se décida à donner l'exemple; il annonça son dessein , et partit courageusement le 13 juillet, malgré le cardinal de Plaisance, en plein jour, seul , sans se cacher. Benoist et Morenne l'imitèrent deux jours après. Ce départ esbranla beaucoup de consciences (1) et augmenta singulièrement le nombre des royalistes. On se figure en revanche la colère des ligueurs.

Cette colère éclata dans les chaires. Le Légat engagea la Sorbonne à délibérer sur ces curés déserteurs et à les retrancher de la communion de l'église. Plusieurs prêtres ambitieux, vautours faméliques (2), comme les appelle De Thou , y poussaient dans l'espérance de les supplanter et de s'emparer de leurs bénéfices; mais on n'osa point prendre une mesure aussi décisive. Leur probité reconnue et patente, leur orthodoxie avérée, viros perspectœ doctrinœ laude insignes, les préservaient. On se contenta de les déchirer dans des prédications pleines de fiel. Cueilly dit qu'il serait très-fàché d'avoir été mandé de la sorte, que c'était là une mauvaise note et que les méchants se cherchaient entre eux ; Aubry excommunia tous ceux qui assisteraient à leur messe ; Garin reprocha vingt-cinq hérésies à Benoist, quinze à Morenne et seize à Ghavagnac. Ce fut un concert unanime de malédictions. Le jésuite Gommelet ne se donna môme pas la peine de déguiser sa pensée et déclara que si le Parlement avait valu quelque chose , on aurait pendu Benoist. Le docteur Mauclerc renchérit encore sur son confrère et proposa de brûler l'un , de rouer fautre et de pendre le troisième (3).

Boucher qui, en pareille circonstance , avait toujours des

(1) Dialog. du W[aheustre,2L\i. Ménipp., t. III, p. 501.

(2) Nec deerant vultures fïimelici qui in absentium sacerdotia involare geslientes multa crimiuose in cos cumulabant, quasi publiée in concionibus contra veram lidem per{)eram quaedam asseruissent... (Thuan., 1. CVII, §6;T. V, p. il>2.)

(3) Lesloiie, Journ. da Flenri IV, p. 155 B, 162 A, 168.

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