‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 141 sur 196 · CHAPITRE m, § VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE m, § VI

injures en réserve, déclara l'absolution impossible et se moqua beaucoup de « ces sacs à charbonniers qui se frottoient et gastoient l'un l'aultre ; » mais il s'en prit particulièrement à Morenne (1), « ce prophète, comme il l'appelait, qui à peine estant écloz du limon de sa grenouillère, crioit deux fois plus qu'il n'estoit gros. » Puis venait un bon mot bien lourd , tiré à grand'peine du grec : « luy qui parle avec tant de passion qu'il semble à l'ouïr qu'il ait besoin de vinaigre pour lui faire revenir le cœur, se trouve aussi plat que les autres, et pour ne luy dire pis que son nom, (jLwpaivstv en ses discours, je dy inventer les propositions pour nous imputer ce qui n'est pas , comme s'il disputoit contre son bonnet. »

Mais, en rappelant ces puériles déclamations d'un parti aux abois, je vais plus vite que la chronologie. L'apostrophe de Bose n'avait pas suffi pour faire renoncer les Espagnols à leurs prétentions. Le Parlement dut intervenir par un manifeste vraiment national qui fait date dans son histoire. Les États avaient déclaré que l'élection d'un étranger dépassait leur mission et leur pouvoir. Toutes les ambitions étaient en éveil; les Espagnols ne se tinrent pas pour battus ; de plus , on parlait du duc de Nemours , frère de Mayenne, on parlait de Mayenne lui-même, on parlait surtout de son neveu le jeune duc de Guise. Au milieu de ces intrigues, de ces cabales, de ces rivalités, le conseiller Du Vair proposa à la Cour de déclarer non avenu tout choix qui serait fait en dehors de la famille de Bourbon.

Le procureur général, Edouard Mole, et le président, Le Maistre, joignirent leur insistance à celle de Du Vair (2), et le 28 juin 1593, le Parlement rendit un arrêt solennc par lequel il maintenait la loi salique et déclarait que la couronne de France ne pouvait appartenir qu'à un prince français. C'était s'exposer aux vengeances des Seize , qui

(1) Sermons de la simulée conversion, pag. 253, 254, 410.

(2) V. les OEuvrcs du chancelier Du Vair. Paris, 1641, in-f», p. 001.— Cl', j^ém. de la Ligue, t. V, p. 397.

firent menacer les magistrats par leurs organes habituels. Aubry attaqua ouvertement la décision, et Pelletier désigna nommément vingt-deux conseillers au fanatisme aveugle de

ses auditeurs (1).

L'arrêt du Parlement fut un coup terrible porté aux plans de Philippe IL Toutes les convictions se ralHèrentàcet acte loyal de politique vraiment française, et le parti espagnol se trouva ruiné en quelques semaines. Le duc de Feria, réduit à prendre une résolution extrême et poussé à bout par les prédicateurs et les Seize, vit qu'il fallait rabattre de ses prétentions et se borna à proposer le mariage de l'Infante avec le jeune duc de Guise qu'on ferait roi. Il s'offrit même en otage comme garantie du consentement de son maître à cet arrangement. Mais cette combinaison désespérée échoua dans les complications des intrigues, et devant les efforts multipliés des ambitions particulières.

La faction des Seize, voyant qu'on touchait à un dénouement, se rallia à ce projet, etdansune dernière tentative, épuisa toutes les ressources afin de le faire réussir. Le Légat et les agents espagnols appointèrent de ce qu'ils purent les prédicateurs pour faire goûter cette nouvelle royauté. La pension de Boucher fut augmentée , et il fut convenu que Cueilly (le détail est caractéristique) recevrait «chaque semaine un quartier de mouton et un quartier de veau , chaque mois un setier de bled avec dix doublons (2) . » Tous les minotiers enfin ( on nommait ainsi ceux qui recevaient de l'Espagne un minot de froment tous les trente jours) , tous les minotiers obtinrent quelque nouvel avantage. Les chaires ne retentirent donc plus que de l'éloge du jeune duc de Guise ; on l'appelait déjà Sire, Ce prince en rit d'abord et en fut flatté ; puis, prévoyant l'avenir et ne se faisant pas illusion sur ses chances , il se fâcha et alla même jusqu'à

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