‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 149 sur 196 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Avant d'établir l'hypocrisie et la nullité de la conversion du Béarnais , Boucher trace longuement , et à bien des reprises, un portrait sanglant de Henri IV. On dirait qu'il s'agit de Caligula ou de Néron. C'est a un hérétique , un relaps, un sacrilège, un brusleur d'églises, un corrupteur de nonains, un massacreur de religieux et de prostrés , un qui n'a fait en la vie autre chose que faire la guerre à l'Eglise, espandre le sang des catholiques, avoir matière d'excommunication... un enfin qui de tout temps s'est rebellé contre la patrie , a commis actes de félonie , introduit les ennemis, violé toutes les loix divines et humaines (1). » Voilà le ton général de Boucher. On conçoit ce que doit être le détail. «Quel fleuve de Léthé, quelle oubliance, dit-il, seroient possibles pour les mœurs de ce satyre (2), pour des crimes avérés et en telle multitude que c'est horreur de les dire (3).» Henri IV, selon lui, n'a aucune qualité : a II est grand moqueur, grand paillard, grand avare (4). » On vante, il est vrai, sa gaieté ; mais ce naturel raillard n'est-il pas le propre des impies, le propre de Babelais, de Henri Estienne et de ceux de leur confrérie (5) ? Boucher n'accorde qu'un seul point, c'est que le Béarnais est a soldat et grand guerrier (6).» Aussi le prédicateur, s'il ne désire pas la damnation d'un pareil monstre , désire-t-il au moins le voir périr d'une manière violente : (( Que nous profite que le Béarnais meure, je dy meure éternellement (7). » Au besoin. Boucher eût volontiers laissé la couronne céleste à Henri IV; il en fait bon marché;

(1) Pag. 231.

(2) Sur les « mœurs corrompus et pervertiz du personnaige en toute espèce d'ordure », on peut voir particulièrement les pag. 141 , 218 , 531. Gabrielle d'Estrées y est attaquée nommément.

(3)Pag. 232, 311.

(4) Pag. 145.

(5) Pag. 143, 144.

(6) Pag. 589.

(7) Pag. 129.

c'est du sceptre de France qu'il veut surtout le priver. Il Favoue crûment : « Si ceste pillule semble trop dure d'estre despouillé du royaume, qu'il juge combien plus elle luy doit estre d'estre despouillé de celuy du ciel : comme de sauver tous les deux ce luy est chose impossible (1). » Le prêtre, au fond, serait indulgent; le sectaire est inflexible.

Mais l'abjuration améliore les chances de Henri IV. Aussi . Boucher ne la peut-il admettre, a Si on le dict absous entre les dents , on le dict roy à pleine bouche (2), » s'écrie le prêcheur, et c'est là ce qui le fâche. Il proteste contre cet acheminement au trône par la conversion. « C'est faire tort à la grâce, à la grâce dé l'Esprit-Saint, que de la faire si amère qu'elle ne se puisse avaler qu'avec le sucre d'un

royaume (3) . »

Ainsi toutes les armes sont bonnes à Boucher, même la plaisanterie et le sarcasme, même les finesses d'érudit. Il nie la réalité, la sincérité de cette conversion , qui n'est qu'une nazarde, et il ajoute : « Nous aimons mieux estre réaux que nominaux; voilà tout (4). » Ce ton vif, pénétrant, familier, revient souvent. « On Ta vu, dit-il encore, en une mesme heure huguenot , et en la mesme catholique ! et puis le voilà à la messe ! et sonne le tabourin ! vive le roy (5) ! » Ne senton pas que c'est là un contemporain grossier, mais enfin un contemporain reconnaissable de la Ménippée ? Le style ne manque pas d'une certaine allure hardie et abonde en termes rapides, en images vulgaires et mordantes.

La cérémonie de l'abjuration de Henri IV avait été simple et grave. Boucher en défigure le récit et la rapporte en un langage qui devait faire impression sur le peuple : c< Quelle cendre? quelle haire? quels jeûnes? quelles larmes? quels

(1) Pag. 583.

(2) Pag. 227.

(3) Pag. 200.

(4) Pag. 189, 330.

(5) Pag. 183.

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