CHAPITRE IV, § I
soupirs? quelle nudité de pieds? quels frappements de poitrine? quel visage baissé? quelle humilité de prières ? quelle prostration par terre en signe de pénitence? Les gens de guerre embastonnés, les fifres, les tambours sonnants, l'artillerie et escopetterie, les trompettes et clairons , la grande suite des gentilshommes, les damoiselles parées; la délicatesse du pénitent , appuyé sur le col d'un mignon , pour le grand chemin qu'il y avoit à faire , environ cinquante pas , depuis la porte de l'abbaye jusqu'à la porte de l'égfise; la risée qu'il fit, regardant en hault, avec un bouffon qui estoit à la fenestre : — « En veux-tu pas estre? »- Le ders , l'appuy, les oreillers , les tapis semez de fieurs-de-lys , l'adoration faicte par les prélats à celuy qui se doibt submettre et . et humilier devant eux , sont les traicts de ceste péni-
tence (1). ^i^ La sœur de Henri IV était huguenote. Boucher se rejette
là-dessus, et, à ce propos encore, il accumule ces métaphores caractéristiques qui frappaient l'esprit du vulgaire : « Pourquoy la poison près de luy? Qui vint jamais dire que qui hait le brouillas ne lui ferme la fenestre? que qui craint les volleurs leur ouvre sa porte? Seroit-il bien jà tant confirmé que de pouvoir marcher sur les charbons ardents sans se brûler la plante? que la chandelle nouvellement esteinte ne se peust rallumer au feu , tant proche en peust-il
estre*(2)?))
Henri IV, on le suppose, cet hypocrite Henri IV, « qui faisoit le lion en France et le regnard à Rome (3), » n'est pas seul sacrifié dans le volume de Boucher. Tous les adhérents du Béarnais sont tour à tour calomniés. Le prédicateur soutient cette thèse, qu'il est impossible d'être royaliste et en même temps honnête homme ; il applique ce prin-
til
(3) Pag. 574.
îfl
cipe aux personnes. Qui appuie le nouveau converti, au parlement , entre les évêques , à la Sorbonne , dans le
peuple (1)?
Qui parmi les magistrats? « quelque larron de finances, quelque roseau à tous vents , quelque bon valet à vendre. »
Qui parmi les évêques? « ceux qui sont connus par leur vie épicurienne des ignorants qui boivent comme templiers en leurs cruels et desmesurez voirres , qui ont pour gosser à leur table les reliques de Rabelais , et dont le plus beau mestier est de danser et entretenir les dames , de desbaucber les mariées, ceux enfin qui ont à peine vu la poincte des clochers de leurs diocèses , et ne disent messe ni matyne. »
Qui parmi les docteurs , parmi les curés sortis pour l'aller convertir? « le rebut et ordure de Paris , des mignons apostats, joueurs de cartes, recognuz concubinaires , des écrivains brouille -papiers, vieux fondateurs d'hérésie, papes par fantaisie (2). »
Qui enfin parmi le peuple? « quelque blasphémateur, quelque mignarde fardée ou folle de renom qui aura couru
à ceste danse. »
Telle est l'impartialité de Boucher, et il ajoute : « Toutes les mauvaises humeurs se sont rangées à ceste apostume. Voilà les saints personnages qui de si longtemps ont crié , hué, tonné, musé, brigué, couru, trotté, posté, sauté, ploré, gémi et souspiré après ceste saincte journée. » C'est bien là le langage aveugle de la passion politique. La parole de Boucher n'a rien perdu de son entraînement et de sa fougue en passant dans un Uvre , en revêtant une forme durable.
(1) Pag. 117 à 120.
(2) Pour comprendre ces derniers traits il faut se rappeler que René Benoist, surnommé le Pape des Halles, et qui a laissé un nombre énorme de mauvais livres de controverse, avait publié une Bible suspecte d'hérésie.