INTRODUCTION, § III. XLI
nide; on cita aussi Bartole. Hubert Languet vanta son courage (I).
Les anciennes formules qui semblaient rappeler l'élection primitive des rois, ou qui constataient en quelque façon que ce fût l'autorité populaire , la cérémonie du couronnement royal, par exemple, les cris de la foule au sacre : Volnmus , volmmis , tout fut évoqué ; on raviva, on rapprocha tous les souvenirs.
Les Cortès d'Aragon avaient coutume de dire au roi, lors de son avènement : Nos que valemos tanto como vos, y podemos mas que vos, vos eleglmos rey. Les calvinistes, puis les ligueurs, ne manquèrent pas de s'appuyer de cette coutume; Languet cite le texte à deux reprises, et Hotman est dans l'admiration : Prœdaram., eximiam ac plane singularem in frenando rege fortitudinem (2).
Les écrits dogmatiques ne suffisant pas , on eut également recours à l'histoire, à l'histoire récente. On invoqua la mémoire de Guillaume Tell ; on déclara qu'il fallait faire comme la Suisse (3) , qu'il fallait substituer dans le gouvernement une forme nouvelle à l'ancienne forme. Mais , je le demande , étaît-ce là une innovation de la part des réformés? Est-ce que le protestantisme seul traitait ainsi les rois? N'avons-nous pas vu le moine catholique Guillaume Pépin , au moment même où le Parlement déclarait que «S. M. était au-dessus des lois, » [k] donner à la monarchie une origine diabolique? Ne verrons-nous pas tout à l'heure
(1) Bartolus ipse, licet in saeculo tyrannorum feraci natus, non veretur dicere subditos non esse régis servos sed fratres. ( Vind. cont. tyrann. Amst. 1650, p. 177.)
(2) V. Franco-Galliay 1573, in-8, p. Sb^etVind.contr.tyr. p. 137 et
(3) L'auteur anonyme du De justa reipublicœ in reges authoritate , s'appuie de cet exemple : « Neces>ariis causis et reipublicge commodis adducti alias assumpsenintllelveliiparendictimperandi formas. ))(p. 6 A.)
(4) V. Poirson, Précis de l'Hist. de France dans les temps mod,; édit. de 18i0, in-8, p. 112.
la réaction contre la Réforme, c'est-à-dire la Ligue, proclamer aussi la souveraineté du peuple ?
On serait vraiment tenté de redire le mot de madame de Staël, que « rien n'est nouveau en France sinon le despotisme. » Depuis deux siècles déjà on était sur une pente fatale. Dante semblait avoir quelque pressentiment de cette lassitude du pouvoir spirituel, et aussi de ce sourd affaissement des royautés, quand il disait :
Pensa che in terra non è chi governi (1).
La Réforme tient sans doute une place considérable dans l'histoire du xvi' siècle, mais elle n'est pas le seul, l'unique élément novateur de cette époque. Tout ne sort pas de son sein, tout n'aboutit pas à son œuvre. Il y a aussi la renaissance des lettres , et par conséquent l'esprit démocratique de l'antiquité qui vient enflammer les imaginations ; il y a l'imprimerie, la découverte récente de l'Amérique, et mille autres sources d'activité, mille impulsions nouvellcs.-La connaissance plus approfondie des législations excita surtout les esprits spéculatifs, et encouragea les systèmes sociaux; n'oublions pas que nous sommes au temps de Cujas et de Du Moulin. « Tant de travaux divers sur la science du droit devaient naturellement, comme l'a remarqué M. Villemain, conduire à la recherche des fondements de la société, et tout y poussait les esprits du xvi® siècle où les diverses formes de gouvernement, l'hérédité , l'élection , la république aristocratique , la démocratie , n'étaient pas seulement mises en présence par la spéculation et la controverse , mais se heurtaient par le combat (2). »
C'est la liberté philosophique, ce n'est pas la liberté politique qui nous a été donnée par la Réforme. Le protestantisme n'a rien changé aux institutions ; ses conquêtes ont
(1) Parad. c. xxviii, v. liO
(2) Tabl. du xviiie sièclej 1840, in-8, t. I, p. 391.