‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 151 sur 196 · CHAPITRE IV 5 § I · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV 5 § I

C'est encore la déclamation abondante, furieuse , ironique , sauvage, d'un tribunaux abois qui risque la destinée de sa faction, sa propre destinée, dans un dernier effort. On voit que des intérêts personnels sont là engagés , on voit que pour Boucher il s'agit du triomphe ou de l'exil.

Si les ennemis de l'Union sont accablés par le prédicateur de malédictions impitoyables, il est facile de deviner en revanche combien il doit louer la Ligue ; combien , pour augmenter l'autorité de son enseignement , il doit justifier le principe de l'insurrection et légitimer le pouvoir des Seize, qu'il déclare à l'avance canonizé : « Au péril, dit-il, le sang se retire auprès du cœur, et les bons chrestiens à la Ligue... Ce que la Ligue pense, dict, faict, respire , n'est autre chose

que l'Église (1). » . , , ^.,. u ^

UÉglise donc identifiée avec la Ligue , la tradition chrétienne se résumant dans la démagogie de quelques factieux vendus à l'étranger, l'œuvre de seize cents ans de luttes et de triomphes venant aboutir à une révolte d'orthodoxie contre un roi converti à l'orthodoxie , voilà la théorie de

Boucher.

Selon lui, la paix est impie; l'Église ne peut vivre que par la guerre , que par une guerre sanglante. Quant à la liberté de conscience , Boucher la nie et la repousse. A la veille de l'édit de Nantes, il voudrait l'inquisition. Ce principe absolu d'intolérance contraste singulièrement avec le thème de la souveraineté populaire que nous lui verrons développer tout à l'heure.

Il ne nomme pas la Salnt-Barthélemy, mais il la loue implicitement : « Quand les hérétiques, dit-il , ont eu les ongles rognez, ils ont eu ceste coustume de faire autant les doux et les chiens couchants, qu'auparavant ils faisoient les tygres, les lyons et les chevaux eschapez(2). » Boucher, ailleurs, formule plus clairement sa pensée par ces mots :((La contrainte

(1) Pag. 89, 571.

(2) Pag. 26.

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est égale en l'une et l'aultre sorte de mal , tant pour la foy que pour les mœurs , pour y avoir pareille obligation et y estre les hommes égallement tenuz (1). » Singulière préoccupation d'un factieux , qui nie la liberté dans l'ordre religieux, dans Tordre individuel , et qui va proclamer la liberté illimitée dans l'ordre politique. Singulière doctrine, qui enchaîne l'homme et accorde tout au citoyen , qui viola le sanctuaire de la conscience au nom de Dieu , et n'ose pas y pénétrer au nom de la société.

On a vu ce que Boucher attaque ; on va voir maintenant sur quelles bases il veut édifier, et à quoi, dans la pratique, dans le fait môme de la Ligue , tendent et aboutissent ses théories.

Boucher est du parti de Philippe II , et il s'en flatte. « Ce prince, dit il, comme un autre Abraham, a sacrifié son propre sang pour nous donner un roy en France , roy masle et naturel françois, un roy agréable à la France... (on voit qu'il s'agit du jeune duc de Guise) pour assembler encore une fois Satephthah et Sephrad ensemble , c'est-à-dire la France et l'Espagne... Il faut hoïiorer plus un prince étranger catholique qu'un prince naturel hérétique (2). » Puis viennent les déclamations contre ceux qui osent ne pas applaudir à la conduite de Philippe II, contre ceux qui ont l'audace de le traiter de demi/ -Maure et de dcmij -Sarrazin , épithètes vaines, dont se soucie fort peu Boucher , « ne regardant ces messieurs , dit-il, combien, en pensant blasmer l'Espagne, ils l'honorent , puisqu'estre catholique, soutenir un siège admirable, se dévouer, cela est estre Espagnol, et puisque pour n'estre Espagnol , il faut estre parjure , perfide, excommunié (3). » Le sermonnaire ajoute même : « Gomment le François Espagnol , puisque l'Espagnol

(1) Pag. 213.

(2) Pag. 600, 474.

(3) Pag. 617.

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