‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 152 sur 196 · CHAPITRE IV, § I · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV, § I

est François. » Tel est le sentiment national des Seize. Boucher,dans ses Sermons de la simulée conversion, appuie ouvertement la candidature du jeune duc de Guise , sous prétexte « qu'il faut un roy vrayment catholicque et d'une maison catholicque, » un roi dont le trône soit cimenté par V alliance du plus grand roy de la chrestienté, Philippe II (1). A en croire la bonhomie affectée du prêcheur, on s'imaginerait qu'il n'entrait pas la moindre vue politique dans les plans du successeur de Charles-Quint, et qu'il ne voulait , par sa conduite à l'égard de la France, que le seul bien, que le seul repos de la chrétienté. Lui, de l'ambition î Mais il n'y a jamais songé ; les gens de la Ménippée sont des calomniateurs avec leur catholicon. Boucher s'apitoie sur le sort du monarque méconnu et sur celui des bons ligueurs ses confrères : « On nous dit Espagnols, s'écrie-t-il, eh bien, je demande en quel sens ils le veulent prendre, pour Testât ou pour le secours? car, pour Testât, il ne peut estre, n'ayant eu ce puissant roy jamais envie à cet estât. Une couronne sans plus luy est promise , qui est la couronne immortelle , pour le comble de sa grandeur (2) . » Voilà bien des mensonges impudemment accumulés en quelques

lignes.

Qu'est-ce que cette alliance de Philippe II prônée par Boucher? c'est le mariage du jeune duc de Guise avec la vieille Infante ? qu'est-ce que « ce roy tout entier catholicque et non à demy, ce catholicque loyal et non retourné , qui soit frappé au bon coing et qui soit de bon aloy? » qu'est-ce que ce roi enfin , « catholicque marqué et non remarqué , et catholicque non reforgé (3) ? » Qu'est-ce en un mot, sinon le dernier recours du parti espagnol aux abois, le prête-nom de PhiUppe II, la ressource suprême d'une ambition déçue, qui s'est vue rejetée d'un trône , et qui veut y placer, en

(1) Pag. 572.

(2) Pag. 599.

(3) Pag. 576.

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attendant les événements, un faible instrument, une sorte de gouverneur provisoire. Ce n*est pas le jeune duc de Guise que soutient au fond Boucher, c'est Philippe II déguisé. La mauvaise humeur qu'il montre contre ceux qui ont crié si haut pour la loi salique en est la preuve manifeste, incontestable. Le mariage de l'Infante n'est pour Boucher qu'un pis-aller auquel il se résigne par nécessité. Qu'on parle de la coutume reçue en France d'exclure les femmes du trône, le prédicateur en fait bon marché : « La loi fondamentale d'un estât, dit-il en propres termes, est de n'avoir qu'une religion, la catholicque, et de régler tout à ce niveau, fût-ce mesme la loi salique (1). » Gela veut dire, en termes clairs, que les États auraient dû appeler au trône l'infante Isabelle. Telle est la politique pratique de Boucher.

Sa politique générale, on l'a déjà vu dans le De Abdicatione Henrici tertii, n'est autre chose que l'alliance bizarre de la démocratie et de la théocratie , l'union de la vieille suprématie papale du moyen âge avec la souveraineté populaire des calvinistes.

G'est dans les Etats-Généraux , élus par le peuple , que réside selon Boucher le pouvoir suprême et déûnitif.La monarchie est leur œuvre : « Les Estats ont le roy en jurisdiction directe de leur authorité souveraine et puissance naturelle... Ce sont eux en qui, naturellement et originairement, réside la puissance et majesté publicque qui faict et establit les roys qui sont par le droict des gens et non de droict divin et de nature (2). »

Les textes formels ne manquent pas ; je lis quelques pages plus loin : « La puissance de lier et de délier demeure aux peuples et Estats qui sont éternellement gardes de souveraineté, juges des sceptres et royaumes, pour en estre l'origine et la source : comme ceux qui ont faict les roys , non par nécessité ou contrainte, mais par leur franche volonté, estant

(l)Pag. 584,595.

(2) Pag. 263, 2i9.

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