CHAPITRE IV, § I
en eux de choisir de plusieurs sortes de gouvernement celuy qui leur est le plus utile. Et si bien tel est surtout et le plus ordinairement celuy de monarchie (comme aussi nous l'advouons pour ce que la vérité est telle) , ne laisse pourtant ceste liberté de demeurer es peuples pour choisir de leur plein gré ceste forme de gouvernement, mesme pour destituer et changer les roys selon que le cas y eschet ; estant en tout véritable que c'est des peuples que sont les roys et non des roys les peuples, veu que le peuple est la base sur laquelle le roy pose (1). »
On conçoit, après cela , que Boucher se récrie contre les partisans du droit divin, qu'il qualifie de « certains discoureurs qui nous veulent mettre les roys par dessus les Estats, comme venant immédiatement de Dieu et n'ayant à satisfaire que Dieu, voire comme estant Dieux en terre et par dessus toute loy, trop plus que Jésus-Christ qui s'est submis à la loy... regrattans les vieilles fripperies de Guillaume Occam et autres telles ressources de bourbier , redites et
inepties (2)... »
Quant au droit d'hérédité, dont on fait tant de discours. Boucher en parle à peine ; c'est la moindre des questions. « Pourquoy, depuis Charlemagne, n'a-t-on receu à la couronne quelques-uns des Mérovingiens, sinon pour ce que le droit acquis une fois par jugement de l'Église et des Estats à un autre ne retournoit aux précédents? Et pourquoy n'a esté depuis Hugues Capet reprise la souche de Charlemagne, sinon pour la mesme raison (3) ? » Ainsi il n'y a pou: Boucher d'autre droit que celui qui résulte de l'élection. Aucun prestige n'entoure plus la monarchie ; le roi est l'égal du dernier de ses sujets : « Il n'y a rien de moins en l'âme
(1) Pag. 250.
(2) Pag. 252. Occam avait défendu les droits de Philippe-le-Bel et de Louis de Bavière contre Boniface Vlllet Jean XXII. (Tennemann, JJfan., tr. fr., 1. 1 , 1). 383.— Cf. Cousin, Bist, de la PMI. au xviiie siècle, cours de 1829, t. I, p. 336.)
(3) Pag. 584.
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du moindre de tout ce peuple qu'en celle du plus grand monarque (1) . »
Voilà les doctrines par lesquelles la Ligue touche à l'avenir et prélude à 89 ; voici maintenant par où elle tient au passé : « La puissance de l'Église et du sainct père, dit Boucher, s'estend au moins indirectement sur le temporel, en ce que, ces deux estant connexes pour la composition d'un total, il faut nécessairement que, pour estre de natures inégales en perfection, comme aussi de fins et actions inégales, il y ait subordination et que l'un dépende de l'autre, de mesme qu'il se voit un total de l'homme composé d'esprit et de corps (2).»
Dans les Sermons de la simulée conversion. Boucher ne fit donc que développer, à l'aide d'une rhétorique fleurie , les principes qu'il avait établis par la scholastique la plus aride dans \q De justa Ahdicatione,
Son style est un style de transition. Sa phrase est longue, savante , périodique, chargée d'incises et de retours, n'évitant pas l'expression franche , attrapant souvent l'expression pittoresque , à la manière du xvr siècle ; mais aussi elle est déjà pleine d'images prétentieuses , elle vise au bel esprit , comme dans les homélies de Godeau , comme au temps de l'hôtel de Rambouillet. Boucher procède volontiers par énumérations et par apostrophes. Il y a chez lui un certain souffle abondant , une certaine verve amère, une certaine plénitude verbeuse qui devaient séduire les imaginations faciles de ce temps. Ces citations entremêlées de l'histoire profane et de la Bible, cette succession incohérente d'anecdotes, de plaisanteries, de périodes solennelles, et enfin, si l'on peut dire, ce cliquetis perpétuel de l'érudit et du rhéteur , n'étaient pas sans charme à une époque confuse qui n'avait même pas le pressentiment de
(1) Pag. 129.