‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 154 sur 196 · CHAPITRE IV, § I · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV, § I

ce goût sobre et sévère dont les écrivains de Louis XÏV allaient trouver le secret.

L'école romantique a essayé de réhabiliter après coup l'historien Pierre Matthieu. On a retrouvé avec étonnement, dans ses livres, une splendeur de style , une capricieuse abondance d'images, une éblouissante couleur d'imagination qui ont séduit. Il a été déclaré que Pierre Matthieu ne méritait point le légitime oubli qui couvre ses œuvres. Le malheur est que Matthieu n'est pas un écrivain unique , isolé, original, sans antécédents, sans corrélations avec ses contemporains. Il appartenait tout simplement à une école qui a régné de son temps et dont il n'a été ni le créateur ni le chef. Ces comparaisons bigarrées, cette incroyable accumulation de similitudes incohérentes, ces métaphores incessamment empruntées à la nature , et, si l'on peut dire, cette palette répandue au hasard sur la toile pour faire un tableau, tout cela, toute cette intempérance de langage n'est pas le privilège exclusif de Pierre Matthieu. A ce point de vue , Jean Boucher serait un orateur éminent , il serait le précurseur d'un genre qui atteindra son apogée dans Pierre de Besse, dans l'évêque de Belley, dans Valladier, chez tous ces sermonnaires ambitieux que la parole de Bossuet fit oublier.

La publication des homélies sanguinaires de Boucher était digne de coïncider et coïncida effectivement avec celle du Banquet du comte d'Arête, de l'avocat-général Dorléans, auteur du Catholique anglois et de tant d'autres libelles odieux. Par ces écrits, les représentants des Seize, je l'ai dit, voulaient k étayer la Ligue qui menaçoit ruine. » Ils n'y réussirent pas. La seule défection de Villeroy vers Henri IV suffit à paralyser l'influence des volumineux sermons du curé de Saint-Benoît.

Un jour, pendant que Boucheries prononçait, le roi s'était enquis de ce qui se disait dans les chaires. Le gentilhomme qu'il interrogeait à ce propos se mit à lui faire plusieurs

récits des prédicateurs parisiens, « mais principalement d'un qui regardoit le crucifix d'un mauvais œil et si avoit toute la presse de Paris et triomphoit d'en conter. — Ventresaint-gris ! s'écria le roi, c'est Boucher nostre maistre , le

borgne (1). »

Ainsi le mépris avait frappé les orateurs des Seize auprès de ceux-là même qu'ils attaquaient avec le plus de violence. Mais, à mesure que leur autorité diminuait, ils faisaient de nouvelles tentatives, exagéraient encore leurs fureurs pour la ressaisir. Comme le dit un contemporain : « La Ligue desbanda alors tous ses arcs. Les prédicateurs se mirent à galopper le roy ouvertement , couvertement , à droicte , gauche, à tort, à travers, de jour, de nuict. »

Ce mouvement frénétique se communiqua aux provinces. Boucher ne s'était pas contenté de prononcer ses sermons, il les avait fait imprimer : le théologal de Poitiers imita le curé de Saint-Benoît.

§ II

Cinq sermons, èsquels est traictéde la simulée conversion du roy de Navarre, par le P. Porthaise. — Bioj;raphie de ce moine. — Analyse détaillée de ses sermons prêches à Poitiers. — Impudente apostasie de Porthaise. — Prédications à Amiens, à Lyon, à Dijon.

Moins violent dans ses attaques, mais aussi perfide, Porthaise, comme Boucher, prêcha dans l'église de Poitiers, dont il était théologal, contre la conversion du roi de Navarre; puis il recueillit ses sermons et les publia (2). C'est un volume extrêmement recherché des bibliophiles à

(1) Lestoile, Journ. de Henri IV, p. 169 B.

(2) Cinq sermons du R. P. F. J. Porthaise de l'ordre de Saint-François, théologal de l'église de Poictiers, par luy prononcez en icelle, èsquels est traicté de la simulée conversion du roy de Navarre. Paris , Bichon, t59i, in-S^. (Bibl. de T Arsenal, 6044, H.)

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