CHAPITRE IV, § II
cause de son excessive rareté (1) , mais dont les historiens n'ont tiré aucun parti que je sache (2).
Je ferai donc pour le livre de Porthaise ce que j'ai fait pour le livre de Boucher. Mais qu'était ce Porthaise ? c'est ce qu'il convient d'abord d'examiner.
Jean Portais, ou Protaise , ou plutôt Porthaise, comme il signe sur ses livres, a pour sa science reçu beaucoup d'éloges des biographes. Colomiès en tient le plus grand cas comme hébraïsant (3). Dom Liron l'appelle un des plus doctes écrivains de son ordre, et il ajoute «qu'il fait honneur à sa patrie (4). » On peut se rappeler Génébrard et Crespet, autres érudits qui s'étaient jetés avec acrimonie dans la Ligue. Porthaise est un génie de même espèce , un scholastique bilieux et amer qui embrasse avec dureté un parti extrême. Les auteurs du Supplément à Lestoile, dans l'édition de 1719, ont bien compris ces natures de pédants passionnés,
(1) Les bibliographes sont unanimes : « Ce volume rare est très-recherché. » (Brunet, Manuel du libraire, au mot Porthaise.) — «Volume toujours recherché. Le dernier exemplaire a été vendu, à Paris, 163 fr.» (Leber, Catal., 1839, t. II, p. 236, n» 4123.) — «Sermons fort rares et qui n'ont pas été réimprimés. » ( Renouard, Catal. d'un amateur, t. IV, p. 138.)
(2) M. Capefigue {Bist. de la Réforme et de la Ligue, t. VI, p. 348), a pourtant indiqué en note les deux volumes de Boucher et de Porthaise. Cette note a cinq lignes et contient trois erreurs. Porthaise est appelé Ponthoise; l'éditeur du livre de Boucher, Chaudière, est nommé Chandret, et Boucher lui-même est qualitié de docteur de Saint-Benoît, ce qui transforme une paroisse en une Faculté de théologie. D'ailleurs on ne peut prendre au sérieux les éloges que M. Capefigue donne sans cesse à la Ligue avec son point de vue monarchique et en expliquant tout par les municipalités et les confréries. Cette manière cavalière d'écrire l'histoire en partant d'un paradoxe et en ne se souciant aucunement des détails, appellerait un jugement qui ferait, je le crains, contraste avec le calme de celte notice. Qu'il me suffise de dire que je n'ai à retirer aucun des jugements portés ailleurs en toute liberté sur le procédé historique de M. Capefigue. ( F. la Revue des Deux-Mondes du 1er octobre 1839.)
(3) In hebraica litieratura non mediocriter versatum. {Gallia orieu' talis, 1665, in-4o. p. 63 et seq.)
(4) Singularit. histor., 1739, in.l2, t. III, p. 84 à 94.
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quand ils ont dit, en généralisant beaucoup trop : ce Les gens d'église, élevés pour la plupart dans la barbarie du collège, y prennent un caractère dur et féroce et ne se rendent jamais, persistant toujours dans Terreur et l'entêtement (1).» Porthaise, toutefois , ne persévéra dans la Ligue que pendant les triomphes de la Ligue. Nous le verrons renier ses principes, dès qu'il s'agira de ses intérêts. De Thou Va justement qualifié , quand il a dit : « Portasius aligna litterarum ostentatione clams, cœterum impudentia prœ-
dilus, »
Porthaise , ce renommé théologien , comme l'appelle La Croix du Maine, était né à Gastines, aux environs de Laval (2). Après avoir été aidé dans ses études , par la maréchale de la Vieuville, il devint franciscain assez jeune, et la chaleur qu'il mettait dans ses sermons le fit rechercher par les paroisses. Son caractère polémique se révéla de bonne heure. En 1567 , il soutint à Anvers des luttes publiques contre les calvinistes. Quelques années plus tard il eut, à propos de son ordre, des démêlés avec le roi et le Parlement ; il refusa de paraître devant la Cour qu'il injuria, et fut exilé du couvent de Paris et envoyé en province. Le pape lui-même désapprouva sa conduite. Il y a là-dessus toute une lettre de Paul de Foix , ambassadeur à Rome , qui transmet à Henri III l'adhésion du pontife (3).
Malgré son peu de mesure, Porthaise fut élu provincial de son ordre l'année suivante, en 1583 (4). On le retrouve théologal de Poitiers en 1589, et servant de principal suppôt aux hgueurs. Tous les arguments lui étaient bons pour entraîner les Poitevins dans le parti de l'Union : il flattait même leur intérêt et piquait leur amour-propre urbain et
(1) V. Journ. de Henri IV, éd., Cbampoll. p. 228 B.
(2) V. éd. de Rigoley de Juvigny, au mot Jean Portais.
(3) Lettres de Paul de Foix à Henri ///,|Paris, 1C28, in-t», p. 518
et suiv.
(4) Moreri.