CHAPITRE IV, § II
local : « Quelle honte ! disait-il , on a transporté le Parlement à Tours. En pareille circonstance Charles VII ne Tavait-il pas fait venir à Poithiers (1). » Convaincus par cet argument personnel, les paroissiens de Porthaise se soulevèrent unanimement contre l'autorité royale.
Moreri ne cite pas de Porthaise moins de onze ouvrages , sauf un traité contre l'astrologie, qui n'est môme pas fort curieux, ce sont autant de livres de controverse qui n'ont plus le moindre intérêt. 11 n'en est pas de même de ses sermons imprimés (2). Le volume de Boucher représente les doctrines politiques des Seize ; le volume de Porthaise, les doctrines des municipalités provinciales. Il est bon de comparer.
Le réveil des idées théocratiques qui , dans leur opposition contre la royauté, s'appuyaient alors sur la démocratie, comme elles s'étaient appuyées au moyen-ûge sur la féodalité, ce réveil est plus manifeste encore dans Porthaise que dans Boucher. Porthaise n'est pas au centre même de la Ligue ; il n'a pas les passions des Seize et les halles à satisfaire. L'échevinage de Poitiers ne demande pas les mêmes précautions populaires que la turbulente municipalité parisienne. Porthaise semble donc le véritable représentant du clergé ligueur et de ses doctrines.
Il n'hésite pas à soumettre directement le roi au pape ; ce que Boucher ne faisait qn* indirectement. Le clergé aie droit, le privilège de donner le signal de l'insurrection et de déposer les rois : c< Les cousteaux spirituel et matériel sont à l'Église , et de son vouloir doivent estre desgainez pour la tuition de la foy et pour la punition des ennemys
(1) Thibaudeau, Hist. du Poitou, 1785, in-12, t. V, p. 144.
(2) Ces sermons furent sans doute publiés à deux reprises et à mesure de l'impression, car il y a une seconde partie chiffrée à part. M. Ant.- Aug. Renouard {Cat. d'un amat., t. IV, p. 138 ) remarque que les deux derniers sermons manquent dans l)caucoup d'exemplaires.
de la foy, principalement à cause d'hérésie, tyrannie, fainéantise et contemnement impénitent de la discipline chrestienne (1). »
Porthaise ne parle guère de la puissance du peuple,ni de la souveraineté des États , comme le faisait Boucher. C'est au prêtre, selon lui, qu'appartient le droit de paix et de guerre. L'Église a la suprématie sur tous ceux qui sont appelés à la couronne ; elle les examine , et la puissance des rois est illégitime lorsqu'elle n'a point reçu la sanction sacerdotale (2). c( Quand le roy , dit Porthaise , est jugé hérétique, ou qu'il envahist le patrimoine de l'Église, ou qu'il commet paillardise ou meurtre excessif, ou qu'il est parjure ou perfide ou manifeste tyran , sans vouloir se recognoistre et subir la pénitence enjoincte, il est justement exauthoré et despouillé de tous biens, honneurs et dignitez (3). »
Comme la plupart des théologiens qui s'étaient rangés à la foi politique de la Ligue, Porthaise résume ses doctrines par l'apologie du meurtre canonique. Non seulement le zèle de la religion légitime à ses yeux la révolte contre l'autorité royale, mais l'assassinat. « La personne des rois , dit- il , est purement du droit des gens... , et pour ce subjecte aux contracts, usances et pratiques de la gente , comme nous en font foy la mutation des lignées Mérovinges, Carlovinges et Capets en ce royaume (4). » La théorie mène vite aux faits en temps de révolution. Porthaise est bientôt conduit à l'apo* logie des régicides : « Ils condamnent, s'écrie-t-il, le faict de frère Jacques Clément, comme s'il n'eust peu en quelque façon que ce soit estre licite : en quoi ils condamnent le faict de Éhud , Samson , Judith , Jehu , et les faites, conseils et commandements de Samuel , Élye et Élyzée (5). »