‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 158 sur 196 · CHAPITRE IV, § II · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV, § II

nuist plus aux pauvres et à l'église qu'à moy qui auray iousiours, icy et ailleurs oùjepourray aller, de quoy vivre suffisamment (1). » C'est là du dévouement ; par malheur , Porthaise n'est pas longtemps logique ; car , quelques pages plus loin (2) , un des plus graves motifs qu'il ait à alléguer contre la sincérité de la conversion du Béarnais, c'est qu'on a fait payer, au nom du monarque , X2ï écus au diocèse de Poitiers ; c'est surtout la taxe de 298 écus, que les agents du roi ont levée sur son abbaye de Fontaine-le-Comte à cause de ses labeurs en prédication.

Telest le point de vue étroit de Porthaise; l'affaiblissement de ses propres revenus est une des raisons déterminantes de ses opinions ; et il mêle , devant ses auditeurs , la théorie de la théocratie populaire à ses comptes de recette.

Comme écrivain, Porthaise est loin d'avoir la verve amère, l'entrain pour ainsi dire furieux de Boucher. C'est un docteur aride , sec, méticuleux , subtil ; il distingue , il divise , il argumente , il cite surtout , il tient à montrer qu'il sait sa Bible , qu'il sait le droit canonique. Versets , glose , décrétales , tout lui est bon ; il emprunte à toutes les autorités , à Calvin qu'il injurie , à Bodin dont il signale les « faussetés, impiétés et inepties (3), » aux poëtes même, à Dubartas, qu'il accuse avec colère d'être païen [h).

On se ferait d'ailleurs une fausse idée de la manière oratoire de Porthaise , si on le jugeait d'après son style froid , didactique, réservé. On a vu tout à l'heure la familiarité des détails auxquels descendait le prédicateur. Eh bien, la familiarité d'expression , qui a disparu dans le livre et qui est

(i) B, p, 64 : «Il appelle Dieu Neptune.» C'est le goût chrétien qui commence, et cependant la manière de Sannazar persistera durant des années. La mythologie sera citée bien longtemps encore à côté de l'Ecriture. Il faut attendre la renaissance chrétienne de Port-Royal et VArt poétique.

remplacée par la phrase aride et théologique , s*y joignait sans doute, dans l'improvisation ; en chaire Porthaise devait avoir ce ton de bateleur, qui le rattacherait , ainsi que Poncet , à Menot et Maillard.

Joseph Scaliger étant allé Touïr un jour à Poitiers , l'entendit débiter de grandes périodes de bas-breton qu'il donnait à ses auditeurs pour de l'hébreu. On raconte aussi de lui une apostrophe plus que plaisante sur la femme d'un médecin adultère. Comme cette anecdote d'ana est peutêtre apocryphe, je la laisse volontiers sur le compte du collecteur Daillé , auquel il suffit de renvoyer (1).

11 y a d'ailleurs assez à dire contre Porthaise , sans toucher à ses mœurs. Son apostasie fut honteuse ; sa vénalité est évidente. « En mesme semaine , dit d'Aubigné , il estonna ses auditeurs d'un infâme changement (2). » Il venait de traiter Henri IV de bâtard, et quelques jours après il le nommaitle restaurateur de rétat , le noble présent du ciel [3). Les biographes indulgents ont atténué le cynisme de cette subite mutation. Moreri se contente de dire que Porthaise « ne tarda pas à abandonner la Ligue , » et dom Liron , déguisant encore mieux la vérité sous le vague de l'expression, se borne à cette phrase : « Le zèle qu'il avoit pour la religion catholique l'aveugla en cette occasion , mais cette éclipse ne dura guère. » On reconnaît l'impartialité des faiseurs de notices.

Le mot de Voltaire est vrai : on ne doit aux morts que la vérité. — La vérité , c'est que le mordant auteur de la Confession de Sancy apu se demander, sans exagération : « Qui pourra dire les changements de Portasius? »

Le Scaligerana va nous édifier sur ce point : « Les choses ayant charigé , Porthaise changea de note , et entre autres , étant à Saumur , il vint faire sa cour à monsieur du Plessis ,

(1) Scaligerana, Cologne, 16ti7, iii-12, p. 192.

(2) Hist. Univ., t. III. p. 289.

(3) Not. de Le Duclial sur le ch. X <le lu Confess. de Sancy, p. 2i5. — Cf., p. 230.

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