CHAPITRE IV, § II
dres pontificales avec la même hardiesse qu'auparavant. Quelques-uns aussi se réfugièrent dans un silence significatif, et les échevins, écrivant au pape pour s'excuser d'avoir reçu le roi , durent supplier Sa Sainteté a de donner un bref pour commander à messieurs du clergé de ceste ville, tant jésuites que aultres, de continuer leurs sermons et autres fonctions. » Ces scènes scandaleuses ne cessèrent qu'après l'entrée solennelle de Henri IV à Lyon. Ce jour-là, le clergé, conduit par d'Espinac (1) , vint en vaincu faire profession d'obéissance devant le roi.
En Bourgogne, la Ligue avait cédé de bonne heure ; mais elle se réfugia obstinément dans les chaires de Dijon (2). On y accusait le roi d'avoir refusé une trêve que sollicitait le saint-père ; on l'accusait de persister dans ses alliances avec les hérétiques , avec Elisabeth. Parmi ces orateurs forcenés de Dijon , le P. Christophe , jésuite , se montra de beaucoup le plus acharné. Il encourageait le commandant du chûteau et le mayeur à résister vigoureusement au nom de l'Union , quand môme tout le reste de la France céderait. Ses fureurs devinrent telles , que, le 20 mars 159i, comme il avait fatigué son auditoire d'injures atroces contre le roi , un paysan lui répliqua, dans l'église même de la Sainte-Chapelle, qu'il ferait bien mieux de prêcher l'Évangile. A cette interruption , la colère des assistants éclata. L'orateur fut poussé hors du temple à coups de pied, et l'échevin Bernard ne put l'arracher à la foule irritée qu'en le faisant mettre en prison. «Cette conduite séditieuse, ajoute dom Plancher, attira aux jésuites le mépris des gens de bien et les mauvais
(1) D'Espinac garda au fond ses sentiments de ligueur, car on lit dans les registres consulaires qu'en septembre 1595 des reproches lui furent adressés par les magistrats municipaux pour avoir dit « que les gros de la viUe n'estoient gros chrétiens et qu'il n'y avoit que le menu peuple qui fîit bon catholique. » Clerjon , loc. cit., p. 454.
(2) D. Plancher, Hist. de Bourgogne, t. IV, p. 618, 619, 625.
traitements des plus emportés qui cassèrent les vitres de leurs couvents. »
Voilà la réaction royaliste qui se déchaîne à son tour. Mais reprenons Tordre des temps.
Situation de la Ligue , des prédicateurs et de Henri IV. — Le roi se plaint au duc de Mayenne des excès de la chaire. — Mayenne , à son tour, se plaint au Légat.— Edouard Mole contredit son curé en pleine église.
— Sermons monarchiques de Benoist, Nouvelet, Guincestre. — Contradictions de Commelet. — Ce jésuite, ainsi que Garin, prêchent contre un savetier royaliste. — Impudence du suppléant de Pigenat.
— Boucher flatte et injurie Mayenne dans la même semaine. — Fanatisme croissant d'Aubry et de Cueilly. — Le projet de mariage entre l'Infante et le jeune de Guise est violemment soutenu par les prédicateurs. — Simon Fillieul. — Recrudescence des théories régicides.
Porthaise et Boucher, dans leurs sermons de la simulée conversion, avaient résumé, comme en un corps de doctrines, les théories politiques de la Ligue. C'était la partie savante , dogmatique , tandis que çà et là , dans les églises de Paris , le clergé continuait encore sa guerre de sarcasmes et d'injures, guerre impuissante, lutte inutile et entêtée , dernière malédiction qu'on aimerait à omettre, qui n'a plus d'intérêt, puisqu'elle ne peut presque plus avoir de résultat, et que pourtant je ne puis taire. Davila d'ailleurs assure que ces nouveaux efforts des prédicateurs retardèrent encore de plusieurs mois la prise de Paris par Henri IV. Les chefs euxmêmes voulaient la paix , mais ils étaient retenus et forcés d'ajourner par crainte des sermons (1). Singulière et vive
(1) ... Ma attraversati più che mai dalle vehementi pcrsuasioni de' predicatori, i quali non cessavano d'esaggerare su |)er i pergami la conversione del rè essere finta e palliata, né polere egli cou huona conscienza cssereda niuna persona riconosciulo... (Davila, 1. XIV, t. II, p. 387.)