‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 163 sur 196 · CHAPITRE IV, § III · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV, § III

ménager pour l'avenir une nouvelle transition. Aussi, deux mois plus tard, à la fin de février 15%, Commelet prêchait-il en vrai Politique, soutenant qu'il n'y avait dès lors dans les affaires que pure ambition, et^a^ un brin de religion (1). Pithou , Rapin, tous les auteurs de la Ménippée, n'eussent pas parlé autrement ; c'est que, comme un lâche, Commelet se laissait tour à tour inspirer par ses haines , quand elles lui paraissaient regagner quelque chance, par ses craintes, quand Henri IV semblait devoir réussir.

Cette versatilité , Commelet ne la montra pas seul ; ainsi le prédicateur installé à Saint-Nicolas-des-Champs en l'absence de Pigenat (2), après avoir parlé pendant deux mois pour la paix , se mit tout à coup à soutenir la guerre : « Messieurs , disait-il sans autre forme à ses auditeurs, vous me reprocherez que j'ai deux langues dans une chaire de vérité. Il est vrai et vous le confesse ; mais on m'a envoyé un billet pour prêcher ainsi. Vous en oirrez la lecture, s'il vous plaist; « et il le lut (3). On voit par cette maladresse naïve , par cette brutale franchise de l'orateur, qu'à la date où nous sommes , la chaire était encore organisée comme une corporation et qu'elle n'avait pas cessé de recevoir du comité de la Ligue ses instructions , sa consigne , son mot d'ordre de chaque jour.

Toutefois, dans leur orgueil indiscipliné, les prédicateurs n'acceptaient pas tous, avec la résignation soumise du suppléant de Pigenat , les ordres des chefs de l'Union. Ainsi, à la fin de novembre 1594, on voit le Légat faire

(1) Ibid., p. 181 A, 183 A, 185 B, 188 A, 205 A.

(2) Pigenat n'abandonna pas pour cela la prédication dans ces dernières et décisives conjonctures. Les auteurs du supplément à Lestoile (éd. de 1730), assurent que le 2 janvier 1594, après une procession à Notre-Dame , il dit en chaire « que ce seroit tomber dans Tapostasie du pape de recognoître le Béarnois, et que Dieu enverroit bientôt un secours à ceux qui souffroient. » (V. Journ, d« Henri IV, éd. Champ., p. i.00 B.)

(3) Ibid.y p. 181 A.

annoncer dans toutes les chaires que l'ambassadeur du Béar- Dais au pape , M. de Nevers , n'avait pas été reçu par S. S., et que , de plus , le pontife avait résolu de dépenser pour le triomphe de la Ligue, jusqu'au suprême denier du trésor de saint Pierre. Aubry, Cueilly, tous les curés s'empressèrent de prêcher d'après le billet. Boucher , au contraire , pour montrer son indépendance, refusa obstinément, ce qui d'ailleurs, au dire de Lestoile,^^ trouvé fort estrange (1). Ce ne fut pas la seule contradiction de Boucher , durant cette période finale du siège de Paris. Dans la même semaine , on l'entendit traiter Mayenne de diable digne de mort et de bon prince gardé par le Saint-Esprit (2). Ces déviations continuelles, ces retours, ces basses insultes, suivies de plus basses flatteries, servirent à éclairer, à ramener

l'opinion.

Quelques-uns, comme le curé de Saint-Germain-l'Auxerrois et celui de Saint-André-des-Acrs , restèrent fidèles à

leur fanatisme.

Sans compter « les milliasses d'injures qu'il desgorgeoit, » Aubry (3) en était arrivé à soutenir que le pape lui-même ne pourrait absoudre le Béarnais ; de plus il ne ménageait pas les personnes et, dans un de ses sermons, par exemple, il ne fit autre chose que calomnier les quatre présidentes de sa paroisse : madame Séguier , madame Le Maistre , madame Cotton et madame de Saint- André, disant qu'il n'y avait que du venin caché là-dessous. Il est bien entendu que les royahstes avérés étaient plus maltraités encore. Ainsi, La Chastre, qui avait ouvert à Henri IV les portes d'Orléans et de Bourges, n'était, selon lui, « qu'un athée, pauvre garçon descendu d'Ésaii, le grand-père des Politiques. » Enfin , le langage d' Aubry révélait une telle irritation , il montrait tant d'humeur contre la trêve, tant de mauvaise foi contre

(1) Ibid., p. 180 B.

(2) Ibid., p. 188 A.

(3) Ibid., p. 168 A, 169 B, 170, 171 B, 177 A, lOi B, 198 B, 209.

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