CHAPITRE V, § II
sa longue vieillesse à tenir des pensionnaires, et à prendre soin de quelques filles dévotes. On voit même l'archiduc Albert lui donner, à cet effet, en ^615, une somme de 750 florins. Ce n'est point là la seule preuve de l'attachement de Boucher à ses intérêts. Il avait l'humeur tracassière, et n'eut pas moins de trois procès à soutenir contre son chapitre. Le dernier semble une plaisanterie et est pourtant très-véridique. On sait que Boucher était borgne ; or, les règlements, à ce qu'il paraît, exigeaient pour le canonicat qu'on eût l'œil droit, rœil du canon. L'illusion , à l'égard de Boucher, avait duré bien des années, à cause de l'œil de verre qu'il portait. Après de longues plaidoiries, le chanoine fut enfin dépossédé, en 1635, mais il garda son archidiaconat (1).
On le soupçonne , quand les souvenirs de la Ligue furent éteints , la fécondité polémique de Boucher voulut trouver de nouveaux aliments. Barbier, sans donner ses autorités, et un peu à la légère (2), attribue à l'ancien curé de Saint -Benoît quatre pamphlets, publiés en 1612 et en 16U, et qui sont parfaitement insignifiants. C'est une épître érudite contre une opinion de Casaubon ; c'est une médiocre réfutation du livre d'Edmond Richer, sur la puissance ecclésiastique et politique (3) ; c'est une assimilation des hérétiques à Judas ; c'est, enfin, une critique amère du plaidoyer de Lamartelière contre les jésuites. Tout cela ne vaut pas l'examen. Ces dernières publications de Boucher furent si obscures, qu'aucun bibliographe, à ma connais-
(1) LeDuchat, nol. ad. Ménipp.y t. II , p. 53 et suiv.
(2) V. le Dict. des anonymes, no 3005, 1591, 1551, 12253. M. Barbier parait n'avoir pas connu le mot de Le Duchat : « On a prétendu que Boucher n'était pas l'auteur de tous les ouvrages qu'on lui attribue. »
(3) Celui-là, publié sous le nom de Paul de Gimont, est bien réellement de Boucher. (Bibl. du Roi, E, 1308.) Deux autres ont été imprimés à Châlons , encore sous le nom de Paul de Gimont ; mais quelles relations avait Boucher avec Ghàlons ?
SMice, n'a parlé d' un fort mauvais livre d'ascétisme (1 ] , et d'un très-médiocre traité sur l'usure (2) qu'il composa plus tard.
L'ombre couvrit donc cette dernière et longue période de la vie de Boucher. En 1625, pourtant, les beaux esprits parisiens se souvenaient encore de ses excès de la Ligue, et UD pamphlet virulent et anonyme s'étant répandu contre Louis XIIÏ, on l'attribua généralement à Boucher (3). C'était à propos de la guerre de la Valteline, et on accusait k France de faire une alliance impie avec les protestants. L'ancien curé de Saint-Benoît se hâta « par lettres escrites à ses amys de Paris de protester que c'estoit une charité qu on luy prestoit, et que, foy de prestre, il n'avoit point veu ce livret (4) » Cette dénégation ne suffit pas, et Boucher dut publier une défense (5), dans laquelle il proteste de son amour pour la paix, l'union, la concorde. Il y loue beaucoup Louis XIIL Henri IV étant mort, aucune raison ne subsiste d'accuser son successeur : Boucher le donne à entendre, en disant des accusations qu'on portait contre lui : « C'est le rafraîchissement odieux et importun, j'ose dire turbulent et séditieux, d'un terme, dont le sujet n'étant plus, la mémoire en deust estre ensevelie (6).ï>
Évidemment , le vieux ligueur s'amende et récuse ou au moins atténue ses anciennes erreurs. Mézeray assure que
(1) Couronne mystique y lf'24, in-K (Bibl. du Roi, D, 1093.) (1) L'Usure ensevelie, 1628, in-i». (/Wd.,D, 1090.) (a) VAdmmitio (F. le P. Lelong, n» 286 W et 28680, ainsi que le Naudœana, in-12, p. 103), a été aussi attribuée à Jansenius. Mais c'est une erreur. Jansenius est seulement auteur du Mars Gallicus , 1633, autre pamphlet virulent. (F. Sainte-Beuve, Port-Royal, 18i0, iii-S», t I, p. 31S.) A la date de VAdm&nitio, Jansenius était encore inconnu. Ce n*est qu'après coup qu'on a pu songer à lui, et par une induction très-basardée.
(4) Lunsiesme tome du Merture François, Paris, 1626, in-8o, p. 1059. {i)Défm*e de M. Jean Boucher contre l'imputation calomnieuse à lui /WelecTuM livre intitulé: Ad Ludovicum XIII, Admonitio. Tournay, 1626, in-40. (Bibl. du Roi, L, 1119.) (6) Pag. «.