CHAPITRE V, § II
Rose se présenta le lendemain au Parlement , devant ses juges, avec ses habits pontificaux ; mais lorsqu'il fallut faire la déclaration ordonnée par l'arrêt , les gens du roi , par ordre de la Cour et par respect pour la dignité épiscopale, l'avertirent de quitter ses ornements sacrés. L'audacieux prélat s'y refusa, en sorte qu'on le fit entrer dans la grand* chambre, comme il était habillé. On lut la sentence , et un greffier lui ayant dicté la déclaration qu'il devait faire , il fut contraint de la répéter ignominieusement (1).
Après le solennel arrêt du Parlement (2), Guillaume Rose était désormais frappé d'impuissance. Il obtint son pardon de Henri IV et retourna à Senlis (3) , où il vécut, cu7n maxima vitœ integritate, dit l'optimiste Launoy, jusqu'en 1602. L'annaliste du collège de Navarre ajoute que tout le diocèse de Senlis et surtout les pauvres pleurèrent leur évêque [k]. Rien ne l'atteste , rien ne le contredit, et l'autorité de Launoy n'est pas assez désintéressée pour l'établir. Rose était un navarrois ; cela suffisait pour l'absoudre. Nous avons vu tout à l'heure Valladier prêter le don des miracles à l'évêque de Senlis. Si Rose avait été canonisé , le grand dénicheur de saints ne lui aurait peut-être pas été aussi favorable.
(1) Je ne sais ce qui , à propos de ce procès, a pu faire dire récemment à M. Danjou [Arch. cur. de VHist. de France, sér. I, t. XIII, p. 125) : «Ou ne peut s'empêcher de reconnaître que cet évêque lit alors preuve d'un beau caractère , rehaussé d'un grand mérite. » Cette réhabilitation de Rose me paraît singulièrement gratuite et peu motivée
(2) Le souvenir de ce mémorable verdict dura longtemps. En 1765, Voltaire disait encore ( dans sa 129e 1. au comte d'Argental ) : « J'ai lu une excellente lettre qui justiiie l'arrêt du Pariement contre le clergé en citant le procès de G. Rose, le plus détestable ennemi de Henri IV. » (OEuvr., éd. Renouard,t. LUI, p. 178. ) L'affaire de l'évêque de Senlis lit donc jurisprudence dans le Parlement et la tradition s'en perpétua.
(3) Mézeray prétend qu'à la fin Guill. Rose avait changé son évêché de Senlis contre celui d'Auxerre. (Le Duchat, not. ad., Ménipp., t. II, p. 195 et suiv.)
(4) Ingenti desiderio sui relicto cum omnibus tum maxime pauperibus. ( Launoy, loc. cit.)
Nous voilà arrivés au terme de ces biographies qui ont leur moralité. C'est un triste tableau , le tableau ordinaire des grandes luttes civiles. Les individus s'effacent un moment dans la rapide succession des événements , puis ils reparaissent au dénouement pour reprendre un rôle, les uns d'obstination orgueilleuse, les autres d'apostasie éhontée, quelques-uns, mais bien rares, de fidélité sérieuse ou de conversion sincère. On voit là combien sont durs et amers les engagements des partis, combien sont impitoyables les représailles des passions politiques.
Ce que deviennent les prédicateurs royalistes , Chavagnac , Benoisl , Morenne.— Benoist ne peut obtenir ses bulles.— Scandale que cause un de ses sermons.—Sa mort. — Morenne poëte. — Son Oraison funèbre de Henri IH \ véritable manifeste de réaction monarchique.— Plaidoyer d'Antoine Arnauld contre les jésuites.— Comme le t y est attaqué.- Fin de ce religieux.— Supplice des jésuites Guignard et Guéret.— Aubry et Varades exécutés en effigie comme complices de Pierre Barrière. — Arrêt du Parlement sur les assassins de Brisson. — Chauveau. — Henri IV publie une Déclaration contre les prédicateurs séditieux. — L'édit de Nantes et les sermonnaires.— Faiblesse du Parlement. — Mécontentement du roi.- Ses menaces contre les abus de la chaire.— La prédication cesse d'être politique et reprend son «araclère religieux.
Je me suis longuement étendu sur la vie des orateurs de la Ligue ; il faut dire un mot de ceux qui , en très-petit nombre, avaient appuyé Henri IV. On ignore comment finit Chavagnac , curé de Saint-Sulpice ; mais il nous est parvenu quelques détails sur les dernières années de Benoist, curé de Saint-Eustache, et de Morenne, curé de Saint-Méry.
Pour le récompenser de ses services, Henri IV, dès 1594, avait nommé son confesseur Benoist à l'évêché de Troyes. Mais le souvenir de l'opposition récente de Benoist à la