CHAPITRE V, § III
cour de Rome lui fit refuser ses bulles (1). Il eut beau faire ; il eut beau écrire avec violence contre les hérétiques et conseiller publiquement une nouvelle guerre intérieure à Henri IV (2) , qu'il savait bien ne devoir pas l'écouter, ces concessions ne firent pas fléchir la rigueur pontificale. On accusait Benoist de n'être pas parfaitement orthodoxe ; une dernière affaire vint le perdre. Chargé, en 1601 , de prêcher.le nouveau jubilé devant la cour, il laissa percer, à ce qu'il paraît , quelques vieilles opinions d'avant la Ligue , et s'exprima en termes peu réservés sur le saint - siège. Les membres du clergé, présents à l'office, furent pris d'une telle colère que Benoist eût couru grand risque, sans la présence du roi , (( d'estre accablé, assommé ou noyé par les assistants (3). » J'ai été curieux, on se l'imagine, de lire ce sermon scandaleux que Benoist, après une longue résistance, dut faire imprimer textuellement (4) ; mais mon désenchantement s'est trouvé complet. En fait d'orthodoxie, il fallait alors bien peu de chose pour causer de vives alarmes, car ce prolixe morceau ne se distingue que par une complète nullité.
On en référa à Rome. Benoist , sincèrement dévoué aux libertés de l'Eglise gallicane , était par là même exposé à bien des haines. Les catholiques ardents disaient de lui que c'était « un vieil fol opiniâtre, persistant en vieilles rêveries et mauvaises opinions particulières. » Le facile cardinal Du Perron lui était même secrètement opposé. Mais en retour Benoist était singulièrement chéri de ses ouailles, qui le connaissaient depuis longues années, car il avait prêché cinquante carêmes et occupé pendant quarante-un ans la
(1) Guy Patin , ms. inédit déjà cité (année 1608).
(2) Remonstrance à Henri IV de faire constamment la guerre aux Bérétifues. Rouen, 1596, in-lî.
(3) Mém. de Philippe Hurault; coll. Petitot , sér., Il, t. XXXVI, p. U6etsuiv.
(*) Sermon de la disposition royale requise pour le lavement des pieds. Paris, 1601, in-8o.
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264 LES PRÉDIC/LTEURS DE LA LIGUE.
cure de Saint-Eustache (1). «C'estoit, dil Lestoile, un bon homme docte, craint et aimé de ses paroissiens, grand théologien et prédicateur, et qui de tous preschoit le plus purement, retenu par sa timidité seule (2). »
Il mourut en mars 1608 , à l'âge de quatre-vingt-sept ans (3). Dès 1604, il s'était démis de Tévêché de Troyes, et, quelques mois avant sa fin , de sa cure de Saint-Eustache.
Le curé de Saint-Méry, Claude de Morenne, obtint aussi un évôché en récompense de sa fidélité ; mais seulement en 1601. Il mourut quelques années après dans sa ville épiscopale, à Séez.
Morenne était l'ami de Pasquier , comme lui Politique et modéré, comme lui poëte ennuyeux. Dès 1595, à peine au sortir de la Ligue, il avait publié des cantiques et des quatrains plus que médiocres (4.) ; depuis, il composa encore plusieurs autres pâles morceaux poétiques , qu'il renforça de quelques oraisons funèbres , et dont il fit un petit recueil, publié un an avant sa mort, en 1605(5). La manie des rimes datait de loin chez Morenne :
En la fleur de mon Sge, en Tavril de mes ans, Bien souvent à rimer je consumois le temps.
Les vers de l'évêque de Séez sont fort plats, mais ils laissent de l'auteur une bonne opinion. On est bien persuadé, après les avoir lus, que Morenne, ainsi que son frère , à ce qu'il paraît, professa, dans ces temps de violence, une grande modération d'esprit, un grand désir de conciliation :
Tous deux plus que la mort détestions les excès De la guerre civile et les trichars procès.
(1) Mém, du P. Niceron, t. XLI, p. 5.
(2) Journ. de Henri IV j p. 450 B.
(3) Son Oraison funèbre a été écrite par Pierre- Victor Cayet, 1608, in-8o. C'est un morceau déclamatoire et insignifiant.
(i) Goujet, BibL françoise^ t. XIV, p. 48 à 55.
(5) Oraisons funèbres et tombeaux , par Claude de Morenne. Paris 1605 , in-80.