‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 169 sur 196 · CHAPITRE V, § in · texte numérisé non relu

CHAPITRE V, § in

équivoque était réellement de Boucher (1). Commelet néanmoins se trouva fort empesché du reproche ; et tout en protestant, il jugea prudent de se réfugier en Hollande (2) et de là en Lorraine, où il s'efforça, mais en vain, de convertir la duchesse de Bar, sœur de Henri IV (3).

Le plaidoyer d'Antoine Arnauld n'était qu'un prélude. Deux jésuites, Guignard et Guéret , furent pendus , sous le plus vain prétexte et sans preuves (4) . On avait seulement découvert chez le premier quelques pamphlets du temps de la Ligue , et il se trouvait que le second avait été par hasard l'un des professeurs de Jean Châtel. Guignard eut une fin noble, courageuse, résignée : il mourut en priant Dieu pour Henri IV. — Les apostats sont surtout impitoyables, inflexibles. Un contemporain remarque que les conseillers qui opinèrent avec le plus d'insistance pour la condamnation furent précisément ceux qui avaient montré naguère tant d'acharnement contre Henri IH , lors de l'arrêt de déchéance prononcé par le Parlement. Voilà la justice des partis.

Le curé Aubry et le jésuite Varades , qui avaient conseillé le régicide Pierre Barrière , furent aussi , mais avec un peu plus de justice, condamnés par la Cour. Ils étaient en fuite , et on ne put les atteindre.

lel coupable , qu'après avoir constaté les protestations de ce prédicateur, il ajoute : « La négative est le recours ordinaire des coupables. » [Journ. de Henri fF, p. 2i2 A.) C'est une contradiction flagrante que les éditeurs n'ont point remarquée ; Lestoile, (p. 133 B) avait attribué le propos en question à Jean Boucher, ce qui d'ailleurs est confirmé par Palma- Cayet.— Voyez plus haut, p. 174.

(1) Boucher se vengea de ce plaidoyer dans son Apologie pour Jean Châtel , où il accuse faussement Arnauld d'être calviniste , et où il se plaît à rapprocher son nom du mot grec àpvs'ofAai, renier. (V. Sainte- Beuve, Port-Royal, t. I, p. 73).

(2) Le Duchat, not. ad 3ïénipp., t. II, p. 27 et suiv.

(3) Commelet vécut au moins jusqu'en 1610, puisqu'on le voit, lors de l'attentat de Ravaillac, écrire une lettre en faveur de son ordre que la plupart des curés de Paris accusaient en chaire d'avoir fait assassiner Henri IV. (V. Lestoile, loc. cit., p. 606 A.)

(4) Lestoile, loc. cit., p. 254 à 257.

Enfin , le 2 mars 1595, intervint un autre arrêt solennel du Parlement à rencontre des vingt-six assassinateurs du président Brisson; ce jugement portait que les coupables « auroient les bras , cuisses , tant haut que bas , et les reins rompus sur un eschaffaut , et leur corps mis sur des roues pour y demeurer le visaige tourné vers le ciel.» Deux de nos prédicateurs, Julien Pelletier , curé de Saint-Jacques-la- Boucherie , et Jean Hamilton , curé de Saint-Côme , figu- ' rent parmi les condamnés. Comme ils avaient sans doute quitté la France , ils furent seulement exécutés en effigie sur la place de Grève (1).

Des mesures répressives furent également prises contre l'animosité persistante de certains prédicateurs. On a vu rexemple de Guillaume Rose. Henri IV personnellement eût volontiers laissé leur franc parler aux prédicateurs. Ainsi après une apostrophe très-libre de Chauveau , qui , à propos des duellistes, s'était écrié en chaire : c( Sire, vous en répondrez devant Dieu , si vous n'y donnez ordre (2) , » le roi fit appeler l'orateur (3). Tout le monde s'imagina qu'il allait

(1) Danjou , Arck. CMr., sér. I, t. XIII, p. 33 et suiv.

(2) Dernier, Monum. inéd. de l'hist. de Fr., 1835, in-S», p. 41*.— Cf. Jaulnay, le Parfait pre7., Paris, 16i8 , in-S», p. 613.

(3) Ce Chauveau est le même qui, prêchant à Senlis en 1593, disait au commencement de tous ses sermons : « Nous prierons Dieu pour maître G. Rose, désvoié de la foy, à ce qu'il plaise à N. S. le ramener en la droicte voie. » Je n'ai presque rien dit de Chauveau. C'est que cet ancien curé de Sain t-Ger vais, parleur populaire, et libre descendant des Maillard etdes Menot , eut un rôle à part et tout à fait bizarre dans la Ligue. C'était sans doute un prêtre indépendant, plein de vertus chrétiennes, charitable, se dévestant pour revestir les pauvres, mais au fond fantasque, et, je suppose, un peu dérangé d'esprit. Il n'était ni huguenot ni ligueur et frappait sur tout le monde, même sur le pape, que, durant les saturnales de la Ligue, il ne craignit pas d'appeler Vantechrist. La vénération des images, l'abus des confréries, les chandelles^ les pèlerinages, la souveraineté temporelle du saint-siége, il attaquait tout indistinctement. Le cardinal de Bourbon, l'ayant entendu prêcher à Tours , fut fort scandalisé et dit au petit Chauveau : « Vous êtes hérétique ; tout le monde le dit. » —«C'est comme on dit de vous, Monseigneur, répondit hardiment le prédicateur, que vous avez des pensionnaires d'Espagne. » Le cardinal

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