‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 171 sur 196 · CHAPITRE V, § ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE V, § ni

toutes parts ruinée et ne pouvait désormais servir d'instrument à l'ambition de la maison d'Autriche. La famille de Lorraine avait perdu tout son prestige et n'était plus en état de se poser en rivale de la royauté. Le fiancé de l'Infante s'était vendu le premier à Henri IV . Après le duc de Guise , Nemours, Joyeuse , Mayenne , se soumirent successivement. L'Union avait perdu son drapeau. Quand D'Ossat et Du Perron eurent habilement négocié avec le saint-siége l'absolution du monarque , et que Clément VIII , heureux de retrouver l'indépendance et de n'être plus aux ordres de l'Espagne , y eut accédé , la Ligue n'eut môme plus de prétexte. De là le traité de Vervins , qui trouvera plus tard son complément dans celui de Westphalie , traité important , qui rendit à notre pays sa prépondérance et assit le droit public de l'Europe sur de nouvelles bases. C'est là la conquête politique du XVI® siècle, comme l'édit de Nantes en est la conquête religieuse. Ainsi, indépendance extérieure, liberté de conscience au dedans, voilà ce que l'avènement de Henri IV a apporté à la France. Sans doute ce n'était pas une œuvre définitive. Pour l'abaissement complet de la maison d'Autriche , il fallait encore le labeur de Richelieu , de Mazarin , de Louis XIV. Pour arriver à la tolérance des cultes , il restait à subir des épreuves , les dragonnades et la révocation de l'édit de Nantes.

L'édit de Nantes , promulgué en avril 1598 , était un acte de sage conciliation : il déclarait la potitique indépendante de la religion ; il légitknait la position des protestants en France , comme vingt ans plus tard , le traité de Westphalie la légitima en Europe. L'amnistie était la base même de cet important compromis ; il était dit des troubles civils que « la mémoire en demeureroit esteinte et assouvie comme de chose non advenue. » Eh bien ! fait remarquable , les excès de le chaire avaient laissé un tel souvenir, et aussi une telle crainte dans l'esprit de Henri IV, que presque seuls les prédicateurs y furent traités avec aigreur, avec menaces. Je

// Orj^

lis au § n de l'édit de Nantes (1) : « Nous deffendons à tous prescheurs, lecteurs ou autres qui parlent en public , user d^aucunes paroles tendant à exciter le peuple à sédition, ains leur avons enjoinct et enjoignons de se contenir et comporter modestement... Enjoignons très-expressément à nos procureurs généraux et leurs substituts d'informer

d'office contre eux... »

Il paraît que ces recommandations ne semblèrent pas assez énergiques pour arrêter la turbulence des prédicateurs. Le Parlement lui-même n'était pas encore unanime en faveur des mesures royales. Si la partie de la Cour formée par les anciens parlements de Châlons et de Tours était complètement acquise à Henri IV, les membres qui n'avaient jamais quitté Paris et qui étaient entrés dans la Ligue ne montraient pas le même dévouement. Les missionnaires factieux, les curés rebelles, s'autorisaient de cette faiblesse des magistrats. Cependant, en avril 1599, un arrêt avait enjoint à André Duval, docteur de Sorbonne, de « parler dans la suite, en tous ses sermons, modestement et honorablement du roy et du Parlement. » Le mois suivant, un autre jugement avait même interdit la parole, pour six mois, à quatre capucins^ parmi lesquels était le P. Archange Dupuy (2).

Ces mesures timides et incomplètes ne satisfirent point Henri IV. Il revenait de toutes parts au roi que .l'édit de Nantes était critiqué dans beaucoup de chaires, qu'on en profitait pour attaquer sa personne, et que quelques conseillers n'étaient pas étrangers à cette intrigue. Il rassembla donc le Parlement en séance solennelle, et, dans une allocution vive et passionnée , il dit entre autres choses : « ... Je sais que l'on a fait des brigues ici même, que l'on a suscité des prédicateurs séditieux ; mais je donnerai bon ordre à tous ces gens-là et ne m'en attendrai pas à vous... C'est le chemin qu'on a pris pour faire cies barri-

(1) Ihid. t. XV, p. 177.

(«) Lestoile, Journ. de Henri IV, p. 303.

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