‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 172 sur 196 · CHAPITRE V, § III · texte numérisé non relu

CHAPITRE V, § III

cades et venir par degrés au parricide du feu roy... Mais j'ai sauté sur des murailles de ville, je sauterai bien sur des barricades... Ceux qui pensent estre bien avec le Pape s'abusent; j'y suis mieux qu'eux. Quand je l'entreprendrai, je vous ferai tous déclarer hérétiques pour ne me point obéir... Les prédicateurs donnent des paroles, en doctrine, plus pour instruire que pour détruire la rébellion : on n'en dit mot. Les fautes qui me regardent ne sont point relevées. J'empescherai pourtant que ces tonnerres n'amènent point d'orage (1). »

Cette véhémente apostrophe fit sans doute effet ; et néanmoinsil fallut encore avoir recours au Saint-Père. Le cardinal d'Ossat écrivait à Vilieroy le 14 mai 1601 : « J'ai parlé au pape de ce que le roi désirait que S. S. ordonnât au nouveau nonce de pourvoir à ce que les prêcheurs en France prêchassent sans s'ingérer aux affaires d'état, ni tenir propos tendante sédition (2) . » A partir de là, on ne rencontre plus chez les sermonnaires de traces d'opposition au gouvernement de Henri IV. Il y a bien encore çà et là des traditions de libre enseignement, comme Bossuet, avec plus de mesure, en retrouvera vis-à-vis Louis XIV. Ainsi on voit le P. Gonthier, devant la marquise de Verneuil, qui en pleine église faisait des signes à Henri IV pour le faire rire, interrompre cette favorite avec amertume et oser parler de sérail\^]. Mais c'est là le privilège, c'est l'apanage, pour ainsi dire, de cette parole chrétienne qui va bientôt, épurée et dégagée, arriver à sa perfection chez Bourdaloue et chez Massillon.

(t) Le Grain, Dec. hist., ap. Journ. de Henri fF, p. 303, note. — Parlant des protestants, en 1611, Gonthier disait que «quand on voudroit, il n'y en auroit pas pour un bon desjuner. » C'est la tradition qui se perpétue de la Saint-Bartliéleniy à la révocation de l'édit de Nantes.

(2) D'Ossat , lett. 273. — Cf. Bayle, art. Guignard, rem. F.

(3) Lestoile, loc. cit., p. 282, 286, 312, 360, 386, 555.

LES PRÉDICATEUaS DE LA LIGUE,

§iv.

Caractère de la prédication sous le règne de Henri IV. - Du Perron. - Avances de Henri IV aux jésuites; Scribani. - Faveur du P. Coton. - Épigrammes du parti Politique contre lui. - Doctrines absolutistes. - De Regno de Barclay. - Conduite des jésuites. - Sermons des curés de Paris contre les jésuites à Toccasion de Ravaillac. - Le P Gontery.- Polémique du Père Coton.- Condamnation de Manana, de Suarez et de Bellarmin. - Edmond Richer. - Traditions des doctrines régicides de la Ligue. -Souvenir de Jacques Clément dans la Fronde. - Politique du Calvinisme. - L'opinion des écrivains du règne de Louis XIV sur la Ligue est adoptée par le xviii« siècle. - Damiens.

A partir de 1600, c'est-à-dire avec le nouveau siècle , une nouvelle ère s'ouvre pour la prédication. Littérairement les sermons commencent à se débarrasser de leurs entraves, des citations infinies, des périodes lourdes ; mais en revanche ils simpreignent du mauvais goût de l'hôtel de Rambouillet, et après l'abus de Férudition vient l'abus des images et des métaphores. Je l'ai dit, c'est l'école de l'évoque de Belley , Camus, d'Ogier, de Pierre de Besse , et trop souvent encore du père Lejeune. Au point de vue de la doctrine , les sermons cessent d'être politiques et redeviennent surtout religieux. En 1602, François de Sales fait l'oraison funèbre d'un des principaux chefs de la Ligue , du duc de Mercœur , et parle à peine de l'Union. Ce qui caractérise surtout l'histoire de réloquence parénétique du règne de Henri IV , c'est l'esprit de controverse. Y a-t-il en effet cinq cents citations fausses àmsY Institution de V Eucharistie de Duplessis Mornay , comme le prétend l'évêque d'Évreux? voilà la grande question pour les prédicateurs. Du Perron triomphe sur ce chapitre, avec son éloquence diserte et son bel esprit de casuiste. La foule s'intéresse à ses sermons, et les érudits railleurs, qui, malgré ses dehors de docteur savant, pren-

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