‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 173 sur 196 · CHAPiTRE V, § rv · texte numérisé non relu

CHAPiTRE V, § rv

nent Du Perron pour un sceptique , aiguisent contre lui des épigrammes latines et demandent quel est son Dieu :

Sathanas quis tibi, quisve Deus ?

Un autre fait digne de remarque , c'est que les jésuites regagnent peu à peu, sous le règne de Henri IV, tout le terrain que la chute de la Ligue leur avait fait perdre : Henri IV se laissa prendre à leurs avances. Retiré à Rome , et oubliant ses précédentes fureurs, le P. Commelet s'était prononcé auprès du pape pour l'absolution du roi de France (^ ) . Cette conduite toucha, séduisit le monarque, qui voulut à son tour se montrer généreux ; comme on parlait de brûler le jésuite Scribani (2) auteur de YAmphitheafrum Ao/iom (3), oubliant tout ce que cet ouvrage contenait d'injurieux pour la couronne de France, il lui envoya un diplôme honorifique.

Henri IV connaissait par une triste expérience les ressources de cette redoutable compagnie ; voyant qu'il ne pouvait pas la vaincre, il cherchaà s'en faire un appui. Les jésuites, chassés après la Ligue , furent solennellement rétablis en 1603. On leur ouvrit les chaires : deux des plus célèbres prédicateurs de cette époque , Séguiran et Valladier , sont des jésuites. Il ne faut pas oublier le P. Coton, protégé de Lesdiguières , qui sut s'attirer par des flatteries insidieuses et habilement ménagées l'affection du roi. Ce doucet et mitouard , comme l'appelle Lestoile , soutenait dans ses sermons qu'il était meilleur et plus saint de payer les tailles que de faire l'aumône, et cette doctrine, plutôt monarchique que chrétienne, plaisait à Sully, ainsi qu'à son maître. La faveur tout à fait marquée de ce courtisan réveilla l'esprit malin de IdiMénippée , et les bons bourgeois, qui se souvenaient de la Ligue , rimèrent à l'envi des pasquilles :

(1) Ranke, Hist. de la Papauté ^ tr. fr., t. III, p. 371.

(2) Sotuel , Biblioth. script. Jesu , Rome, 1676, in-f», p. 133, col. 2.

(3) Voir sur ce livre la note T à la tin du volume.

... Et notre roy par grand merveille De Coton se bouche l'oreille.

OU encore

Autant que le roy fait de pas Le Père Coton l'accompagne ; Mais le bon roy ne songe pas Que le tin Colon vient d'Espagne.

C'est d'Espagne en effet que vint le traité du jésuite Mariana , de Institutione régis , dernier t'cho notable , écho lointain des doctrines de la Ligue ; c'est en Espagne qu'on aimait à répéter que les évêques français avaient commis une faute grave , gmndisshno pecado , en absolvant Henri IV (1). On conçoit les rancunes des historiens, des théologiens de Philippe II : leur roi avait achevé sa ruine financière par la Ligue ; il avouoit à son fils, avant de mourir, que les affaires de France lui avaient coûté plus de cent millions de ducats (2) .

Les publicistes du règne de Henri IV , par une réaction naturelle, soutinrent avec vivacité les doctrines absolutistes, les doctrines de l'obéissance passive. Dès IGOO, dans le De Begno (3^, l'un des manifestes les plus importants du royalisme d'alors, Guillaume Barclay met les princes au-dessus des lois et refuse aux peuples le droit de révolte. Barclay confond dans une même réprobation , il réfute par les mêmes arguments les traités de démocratie calvinienne et les traités de démocratie ligueuse, Languet et Boucher. A ses yeux, cela se vaut, et il ne distingue plus; d'un côté comme de l'autre , ce sont pour lui des rebelles , de sanguinaires sophistes, également dangereux pour le trône.

(l) Herrera, Hist. de los successos de Francia, Madrid, 1598, in-i«,

^ (2) Ap. Greg. Leti, Vita del catolico rè Filippo II, 16G9, in-4o, t. II,

(3) voir sur ce livre de G. Barclay la note V, à la fin du volume.

Page 1