‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 174 sur 196 · CHAPITRE V, § IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE V, § IV

Durant l'administration ferme du béarnais, les jésuites de France , abdiquant leur catéchisme de la Ligue , s'empressèrent d'adhérer à la vogue de ces doctrines monarchiques. Il suffisait que la Compagnie maintînt au dehors, et sauf à les reprendre partout au besoin, ses théories ultramontaines et régicides. Dans les états espagnols et en Italie, le pouvoir tolérait ou même encourageait ces manifestations; de toute manière l'habile Société ne laissait pas périmer ce qu'elle appelaitson droit d'intervention. «Qu'on se rappelle, écrivait en 150910 P. Heissius, qu'il importe de consulter les jésuites en politique , de les consulter sur la déposition des rois (1). » Je ne veux pas répéter ici que Ravaillac avait lu 3Jariana, ce qui est plus que contestable ; Ravaillac. seulement avait reçu les traditions du temps des Seize, et peutêtre ce fanatique crut-il que quelque grave historien l'appellerait aussi un jour œternum Galliœ decus.

Peu à peu Henri IV avait su conquérir l'amour de son peuple, l'amour même des peuples de l'Europe. « Les nations (dit d'Aubigné, qui nele flatte pas assurément) , avoient posé leurs haines et vouloient arracher leurs bornes pour l'amour de lui (2). » Mais ce qui n'était pas vaincu, c'était le vieil et impitoyable esprit de guerres civiles et de l'intolérance religieuse. Henri IV avait triomphé de l'Union, et pourtant il périt par elle. Les fureurs de la Ligue désarmée vivaient encore, comme on l'a dit (3) , au fond de quelques cœurs amis du trouble. Ravaillac fut la mise en action , et comme le réveil subit d'un fanatisme qu'on croyait éteint.

Le clergé royaliste de Paris , désormais en force , voyait avec ombrage l'influence croissante des jésuites. Aussi l'as-

(1) Cum de rébus politicis et mutandis regibus agitur, de quocon-

sullare jesuitas non minus proprium munus est quam , grassaute lue, curare ne desint amulela necessaria. ( Sebast. Heissius, jesuit. Aphorismorum doctrinœ jesuiticœ Declar. apologetic, Ingolstad, 1609, in-S», aph. I, n. 96.)

(2) D'Aubigné, ap. Géruzez, Ess. d'hist. litt., 1810, in-8o, p. 134.

(3) Palin, Mél. de litt., Paris, 1840, iu-8o, p. 222. Eloge de De Thou.

sassinat de Henri IV fut-il saisi par plusieurs prédicateurs comme une occasion naturelle d'accuser cet ordre puissant. On déclara en chaire que les jésuites étaient les com^ plices de Ravaillac , que le roi avait été tué à la Mariane , et que ce meurtre n'était que la pratique des théories de leurs confrères Mariana et Becanus. Le jacobin Anselme Cochu se flt remarquer dans cette lutte, et l'abbé Du Bols, de l'ordre de Gîteaux, parla en capitaine eschauffé. Le curé de Saint-Leu , Antoine Fuzil, aidé d'un jeune bachelier en théologie , nommé David , montra aussi un grand emportement contre les jésuites. On avait chargé ces religieux d'emporter de Paris le cœur du roi ; David leur conseilla en pleine chaire « de rapporter la dent de Ghûtel (i). »

Les jésuites, dans la première irritation, loin de se disculper, acceptèrent presque le reproche. Le P. Gontery, l'un des plus célèbres orateurs de la Société, se permit, dans ses sermons de Paris, les plus aigres invectives contre les catholiques royaux (2), tandis que son confrère de Belgique, Héribert Rosweyde , usant presque des mêmes termes, s'écriait tout en rage que la Gompagnie ne craignait pas « la nouvelle secte des catholiques royaux et ses aboyements (3). » Le P. Hardy s'emporta même jusqu'à prêcher à Saint-Séverin « que les roys avoient beau amasser des trésors pour se rendre redoutables , mais qu'il ne falloit qu'un pion pour mater un roy (4.). » Ces paroles compromettantes furent aigrement

relevées.

Je ne rappellerai pas la querelle amère qui suivit , qui se prolongea entre le clergé gallican, le parlement et les jésuites. La Faculté de théologie refusa les grades à ceux qui ne jureraient pas au préalable de reconnaître en toute circon-

(1) Lestoile, loc. cit., p. 597 A, 611 B, 604 B, 65i B.

(2) V. Baillet, Vie d'Edmond Richer, 1734, iii-12, p. 71.

(3) Ringenlibus haiiclicis, frendentibus semicbristianis , obla-

Irantibus regiis ((luœ nova nunc secta ) calbolicis. V. Rosweyde, Defid& hœreticis servanda Dissertation Anvers, Planlin, 1610, in-S», p. IDO.

(4) F. les détails et les preuves dans VAnticotoiiy 1610. iu-8o, p. 51.

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