‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 175 sur 196 · CHAPITRE V , § IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE V , § IV

stance et de prêcher l'impiété du régicide (1). Ce fut le signal d'un soulèvement très-marqué contre les doctrines enseignées par la Gompagnie; les livres de Mariana, de Suarez et plus tard de Sanctarel furent solennellement condamnés. Le P. Goton , mis en demeure de s'exphquer, de démentir ses confrères, le fit en termes embarrassés et sans franchise, dans sa Lettre déclaratoire qui souleva toute une polémique , mais qui ne l'empêcha point de devenir sans obstacle le confesseur de Louis XIIL

A propos de l'autorité des rois , les discussions sur l'autorité du pape se ranimèrent également, et Bellarmin reprit avec éclat sa thèse théocratique (2). Le parlement se hûta de condamner le Uvre ; mais les jésuites eurent le crédit de faire susper^dre l'exécution de l'arrêt. Ges intrigues , ces pratiques , ces brigues clandestines, se renouvelèrent encore à propos d'Edmond Richer.

Engagé fort jeune dans la Ligue , Edmond Richer avait vite abandonné ce parti, et, chose singulière, il en garda en certains points les tendances anti-monarchiques , tandis qu'il en répudiait absolument les tendances ultramontaines. G'était le moyen de ne se voir sérieusement soutenu par personne , d'être vivement attaqué au contraire par les rancunes diverses des partis. Au point de vue théologique, Richer ne faisait que reproduire les idées de Gerson; il démontrait que la juridiction ecclésiastique appartient essentiellement à toute l'ÉgHse, et que le pape et les évêques n'en sont que les ministres. Richer définissait l'Eglise « un état monarchique institué de Jésus-Ghrist, par une foi surnaturelle , et tempéré d'un gouvernement aristocratique , lequel est le meilleur de tous et le plus convenable à la nature. » On sait quelles furent pour Richer les conséquences

(1) Jurent ac syngraphœ suîe appositione obtestentur se banc veritatem docendo et concionando diligenter explicaturos. ( Recueil de plusieurs actes^ etc., 1612, in-4°.)

(i) Voir, sur le Uvre de BeUarmin , la noie U à la fin du volume.

de ces propositions imprudentes : déposé du syndicat, enfermé arbitrairement par le duc d'Épernon , forcé au milieu d'un dîner, chez le P. Joseph, de signer une rétractation sous les poignards de deux assassins , il mourut dans l'année même(l). Malheureusement pour lui, la cause qu'il soutenait n'était pas mêlée d'une cause nationale, comme il arriva en Italie pour Fra Paolo.

La fermeté croissante du pouvoir dans le x\iV siècle , le calme de l'opinion, l'apaisement social et religieux, ne permirent plus au clergé de faire combattre sur le môme terrain la théologie et la politique. Les grandes luttes sacerdotales , au contraire , depuis la polémique de Jansénius et les Provinciales, jusqu'aux discussions de Fénelon et de Bossuet , ne sortent guère de leur cadre propre , et ne font pas intervenir dans leur argumentation les intérêts immédiats et vivants de l'État, les questions d'obéissance ou de révolte au pouvoir temporel. Port-Royal et tout ce qui y touche est, comme on l'a dit. une renaissance de l'antiquité chrétienne, de l'antiquité des Pères et de l'Église primitive, qui correspond à la renaissance de la culture grecque et romaine dans les lettres de Louis XIV.

C'est ainsi que les traditions de la Ligue s'effacèrent peu à peu ; ce ne fut plus qu'un souvenir. On en retrouve encore pourtant quelques rares débris dans les folies de la Fronde. Omer Talon dit dans ses Mémoires : « Beaucoup de gens vouloient faire de la France une république et y éteindre l'autorité royale. » Le Coadjuteur ne se dissimulait pas non plus « que l'union des grandes villes pouvoit faire courir des dangers à la monarchie. » Le parlement avait des velléités d'imiter celui d'Angleterre; la noblesse mutine rêvait une république fédérale. « Les peuples ont le droit de faire la guerre à leurs rois, de changer leurs lois, de porter la couronne dans d'autres familles » (2) , voilà les

(1) F. Baillel , lac. cit., p. 36î. et 373.

(5) Mém. de madame de Motteville. Coll. Petitot, sér. II , t. XXVIII,

Page 1