CHAPITRE V, § IV
doctrines qu'on enseigntiit. La chaire reprit quelque peu son rôle delà Ligue : à Paris, Retz, ce tribun manqué, le P. Bonnet à Bordeaux (1 ) , tonnaient avec fureur contre Mazarin: d'un autre côté, Bernard Guyard, prédicateur de la reine mère, ayant osé attaquer, dans ses sermons, les chefs de parti , était arrêté au sortir de l'église et enfermé à la Bastille durant plusieurs mois (2). Veut-on une dernière similitude ? Eh bien , qu'on se rappelle le passage du cardinal de Retz où il est parlé d'un ofûcier qui , le jour des barricades, durant la minorité de Louis XIV, en 1648, portait un haussecol de vermeil sur lequel était gravé un portrait de moine avec ces mots : « Saint Jacques Clément (3).» C'était là une exception. C'étaient, pour parler avec Bossuet , les derniers efforts d'une liberté remuante qui allait céder sa place à l'autorité légitime [k). On publia alors autant et plus de pamphlets peut-être contre Mazarin, que naguère contre Henri III ; mais ils procédaient surtout par la plaisanterie, par la satire, par la chanson. Il ne s'agissait plus le moins du monde de régicide; c'est la différence de la Ligue à la Fronde, de Boucher à Gondi. Il avait fallu répondre à la Ligue par de gros livres comme le De Regno de Barclay ; il suffit au contraire , pour désarçonner la Fronde, des plaisanteries érudites de Naudé dans le Mascurat.
Les doctrines démagogiques de la Ligue furent répudiées par la France , le jour où , aux États de 1614 , le tiers déclara dans son cahier que « nulle puissance ne pouvoit dispenser les sujets du serment de fidélité , » et que c'était un crime
(1) Dom Devienne, Hist. de Bordeaux, 1771, in-i», part. I, p. 434:
(2) V. Niceron , t. XXXVIII.
•- (3) Mém. du card. de Retz, édit. ChampoUion, 1837, gr. in-S», p. 67 : « Je fis une réprimande à l'officier qui le portoit, et je fis rompre le hausse cou à coups de marteau publiquement sur l'enclume d'un mares ■ chai. Tout le monde cria : Vive le roi! mais l'écho respondit: Point de Mazarin. »
(4) Oraison funèbre de la Princesse Palatine.
aux prédicateurs d'excuser la pernicieuse doctrine du régicide (1).
D'un autre côté, les théories uUramontaines de la Ligue périrent à jamais quand Bossuet écrivit, en tête de la fameuse Déclaration de 1682, ce remarquable article: «Le pape n'a aucune autorité directe ni indirecte sur le temporel des rois. »
C'est ainsi que furent successivement condamnés et que disparurent les deux éléments contradictoires de l'Union , l'alliance monstreuse du principe populaire et de l'autocratie papale.
La démocratie hypocrite des catholiques était vaincue ; la démocratie non moins hypocrite des calvinistes le fut à son tour. On sait les plans de démembrement que continuèrent à méditer , dans leur turbulence , les partisans provinciaux ; on sait les rêves anarchiques auxquels ils s'arrêtaient. Sous Henri IV, Bouillon travaillait avec Biron à réduire les églises « en état populaire » , et après la mort de ce prince, Rohan voulait a périr ou faire république ; » on déclarait que « le temps des rois étoit passé , » et la grande assemblée de Saumur résolut même le partage de la France en départements. Lors des commencements de la guerre de trente ans, l'archiduc Ferdinand envoyait un ambassadeur à Louis XIII « pour lui remontrer les dangers communs dont les princes étoient menacés par les progrès de l'esprit démocratique de la Réforme, cette secte n'affectant rien tant que l'état populaire. » Richelieu comprit le conseil ; il vit qu'en France la noblesse huguenote ( j'emprunte les propres expressions de Fontenay - Mareuil )
« tendoit à l'indépendance pour former une république à l'instar des Provinces-Unies. » La Déclaration calviniste de
1620 , qu'on qualifiait de « loi fondamentale de la répu-
(1) V. Flor. Rapine , Rec. de VÀss. des États de ICU , Paris , 1651 , in-4o, p. 205.