‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 177 sur 196 · CHAPITRE V, § i · texte numérisé non relu

CHAPITRE V, § i

blique des églises réformées, » acheva d'avertir et de décider à une lutte définitive la pohtique vigilante du cardinal (1). La prise de la Rochelle, en 1628, donna définitivement à la France cette unité que le protestantisme et que la réaction catholique avaient failli tour à tour compromettre.

L'édit de Nantes ( confirmé pour l'Europe par le traité de Westphalie ) et la prise de la Rochelle mirent un terme aux guerres religieuses, aux prétextes d'ambition ou de révolte que ces guerres n'avaient cessé de mettre en jeu, et de la sorte furent à jamais ruinés en France l'esprit rebelle du Calvinisme et l'esprit rebelle de la Ligue.

Sans doute l'histoire politique du protestantisme n'était pas achevée, au moins hors du continent; on ne peut nier que l'alliance du principe presbytérien et du principe populaire n'ait surtout accompli la révolution anglaise. Mais quand le théoricien du despotisme , quand Hobbes disait : « Les controverses de religion qui sont aujourd'hui agitées regardent la plupart le droit de régner» (2), il ne voyait que son pays. C'est en Angleterre, en effet, que les doctrines démocratiques les plus hardies et les plus diverses vont dès lors être justifiées, le régicide par Milton , la loi agraire par Harrington , la république aristocratique par Sidney , jusqu'à ce que le protestantisme anglais, revenant franchement à sa nature aristocratique, nous renvoyé Thomas Payne déclamant sur les Droits de Vhomme , jusqu'à ce que le banc des évêques , à la chambre des lords, devienne le poste avancé du parti tory.

Les docteurs protestants du règne de Louis XIV rejetèrent hautement Languet et Hotman , comme les docteurs catholiques faisaient de Rose et de Boucher. Jurieu disait du De Jure regni de Buchanan : « Ces maximes ne sont pas

(1) V. Fontenay Mareuil , t. I, p. 148, 417. — Sully, éd. Petitot, t. V, p. 90; t. VII, p. 396. — Cf. Lavallée, Hist. des Franc, i III.

(2) OEuvres philosoph, de Hobhes, Ir. fr., 1787, in-8o, t. I, p. 447.

nos maximes ; nous les avons diverses fois désavouées (1) . » Abbadie , Claude , Saurin , tous les écrivains sérieux du parti firent de môme. En constituant le droit public au nom de la Réforme, Grotius et PufTendorf se montrèrent à leur tour très-circonspects et abandonnèrent également l'héritage du Franco-Gallia et du Vindiciœ contra itjrannos.

D'un autre côté , chez le clergé français, les tristes traditions de la Ligue, traditions de violence dans les doctrines comme dans le langage , avaient peu à peu disparu. Claude de Lingendes (2) et Senault, le fils précise' ment du fameux ligueur (3) , achevèrent de rendre son rang, sa dignité, à l'éloquence parénétique. Voltaire a très-bien remarqué qu'ils furent à l'égard de Bourdaloue ce que Rotrou fut à Corneille. La chaire prit, au siècle de Louis XIV, une revanche glorieuse de l'abaissement que nouslui avons vu subir durant la Ligue; Bourdaloue et, à un moindre rang, Fléchier et Mascaron rillustrèrent. La grande voix de Bossuet aurait seule suffi à couvrir le bruit lointain , le bruit oublié des vociférations de Garin et d'Aubry. L'évèque de Meaux était mort que les voûtes semblaient retentir encore de son éloquence ; ce sont les propres paroles de Huet : Ejus voce toiius aulœ parietes ptiam nunc personant (^). Ce n'est pas tout : en demeurant religieuse , en ne sortant plus de sa mission , la parole chrétienne, par l'organe de ces grands hommes, reprit, conserva cependant ses nobles privilèges , que les fureurs de la Ligue avaient naguère compromis. « La liberté de la

(1) V. Bayle, art. Buchanan, rem. F.

(2) Le P. Rapin dit de lui , dans ses Réflexions sur Véloquence : « Il avoit un nalurel pour l'éloquence le plus beau que j'aie vu... Les libertins n'osoient aller l'écouter de peur de se convertir. Quand il avoit achevé son sermon, on voyoit ses auditeurs se lever de leurs chaises, le visage pâle, les yeux baissés, et sortir tout pensifs de Téglise sans dire un seul mot , surtout s'il avoit matière de faire le terrible, et il le taisoit fort sou-

vent, w

(3) V. Mélanges tirés des Lettres de Chapelain, 1726, in-12, p. 20i.

(4) Comment, ad seipsum^ in-12, p. 271.

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