INTRODUCTION, § III. XLVII
mais on va voir comment, en respectant les privilèges et les hiérarchies, les huguenots furent amenés à emprunter un instant le drapeau de la démocratie. Déjà néanmoins se vérifie pour nous la remarque d'un habile penseur, que « le protestantisme porte les hommes bien moins vers l'égalité que vers l'indépendance (1). ))
Calvin, dans ses livres, respectait le pouvoir, môme absolu ; son Institution chrestienne était dédiée à François P^ A Strasbourg, à Genève, partout où il alla, on dut subir sa dure, sa rigide discipline ; M. Yillemain a pu l'appeler « le législateur despotique d'une démocratie. » 11 ne faudrait pas, en effet, méconnaître, malgré les textes que j'ai cités, malgré l'opiîHon du réformateur lui-môme, les tendances logiques du calvinisme vers la souveraineté populaire. La démocratie, pour parler comme les philosophes, étaiten puissance, sinon en acte, dans la doctrine de Calvin. 11 n'est donc pas étonnant que quelques esprits spéculatifs, comme Hotman, comme Languet, auxquels la chronologie va nous conduire, aient, dans leur colère, formulé avec aigreur ce que les premiers chefs de schisme n'avaient pas osé , ou n'avaient pas voulu dire. On a d'ailleurs observé avec raison, que de tous les réformateurs de cette époque, Calvin, le premier, le seul môme, s'était risqué à faire du gouvernement politique un sujet de discussion rationnelle (2): cela menait loin.
VInstitution chrestienne parut en môme temps que le Gargantua, 11 n'y a que le xvr siècle pour offrir de pareils contrastes.
Dans ce choc contradictoire des opinions, du fanatisme et du scepticisme, dans ce rapide et tumultueux essor de l'intelligence, la royauté devait recevoir plus d'un échec. C'est peut-ôtre la politique, c'est peut-être la crainte de voir son trône ébranlé , qui ont retenu François P' dans le catholi-
(1) De Tocqueville, De la démocratie en Amer., in-8, t. II, ch. IX, § 5.
(2) Hallam's Intr. to the literat, of Eur. t. I, ch. vu, sect. ii, § 21.