‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 194 sur 196 · II. — LA SENTENCE · texte numérisé non relu

II. — LA SENTENCE

Rien ne put le sauver, ni sa jeunesse, ni son savoir, ni son éloquence, qui toucha si vivement le greffier Malenfant, ni cette démonstration de l'existence de Dieu fondée sur un brin de paille, ni cette dévotion excessive qui faisait dire à ses geôliers qu'on leur avait donné un saint à garder. " Après un procès qui avait duré six mois, un arrêt solennel le condamna à mort." Tels sont les termes dans lesquels Gramond exprime la condamnation. Il ne donne point l'arrêt lui-même, il ne dit pas le jour où cet arrêt fut rendu. Malenfant est aussi laconique que Gramond. Mais le procès-verbal du Capitoul, sans donner l'arrêt, le fait connaître ainsi:

" Le samedy, neufvième du moys de février en suivant, la grandchambre et la Toumelle assemblées, fut donné arrest au rapport de M. Catel, conseiller an parlement, par lequel il ftit condamné à estre tmyné sur une claye, droit à l'église Saint-Estienne, où il seroit despouillé en chemise, tenant un flambeau ardent en main, la hart au col, et, tout à genoulx devant la grande porte de la dite église, demanderoit pardon à Dieu, au roy, à la justice, et de là en haut, faisant le cours accoustumé, seroit conduit à la place du Salin, où, assis sur ung poteau, la langue lui seroit coupée, puis seroit estranglé, son corps brûlé et réduit en cendre ; ce qui fut exécuté le même jour."

La Vie et les Ecrits de VaninL

Enfin, à force de persévérance et d'importunités, je suis parvenu à me procurer l'arrêt lui-même ; il a été retrouvé dans les arcliives de l'ancien parlement de Toulouse, et j'en possède deux copies. Il marque avec précision le crime pour lequel Vanini fut condamné, à savoir l'athéisme ; et il y a sur l'original même' cette particularité, que déjà le mot d'hérésie y est à moitié écrit, et qu'il fut effacé tout de suite : car comme les amis de Vanini, ainsi que le rapporte Malenfant, s'étaient efforcés de décliner la juridiction du parlement, et avaient récîkmé celle du saint-othce, qui connaissait de tout crime d'hérésie, et dont les peines étaient purement spirituelles, si parmi les crimes dont était accusé Vanini eût figuré le moins du monde celui d'hérésie, le jugement n'en était plus soumis au parlement, mais à l'inquisition de la foi^ Dans cet arrêt sont mentionnés les noms de tous ceux qui y prirent part, et il est signé par le premier président Le Mazuyer, et par le rapporteur faisant fonction de procureur-général Guillaume de Catel. Voici dans toute sa teneur cet arrêt qui n'avait pas encore vu le jour.

Extrait du registre 1619 €t ISIB de la Tournelle, ou chambre criminelle

du parlement de Toidonse.

" Sahmedy IX de febvrier M. V. C. IXX., en la grand* chambre, icelle avec la chambre criminelle assemblée, présents Messieurs de Mazuyer premier président, de Bertier et Segla, aussi présidents, Assezat, Caulet, Catel, Melet, Barthélémy de Pins, Maussac, Olivier de Hautpoul, Bertrand, Prohenques de Noé, Chastenay, Vezian, Rabaudy, Cadilhac.

" Veii par la court, les deux chambres assemblées, le procès faict d'icelles à la requeste du procureur-général du roy, à Pompée Ucilio,* Néapolitain de nation, prisonier à la Conciergerie, charges et informations contre luy faictes, auditions, confrontemens, objects par lui propousés contre les tesmoings à luy confrontés, taxe et dénonce sur ce faictes, dire et conclusion du procureur-général du roi contre le dict Ucilio ouy en la grand' chambre ;

" Il sera dict que le procès est en estât pour estre jugé deffinitivement sans informer de la vérité des dits objects, et ce faisant, la court a déclairé et desclaire le dit Uciho ataint et convainscu des crimesf d'atéisme, blasphèmes, impiétés et autres crismes résultant du procès, pour pugnition et réparation desquels a condamné et condamne icelui Ucilio à estre deslivré es mains de l'exécuteur de la haulte justice.

♦ !^ic. Tel serait donc le vrai nom, ou du moins le nom légal do Vanini. t Sur l'original, avant le mot atcismet il y a : d'hérc, rature' et biffé.

La Vie et les Ecrits de Vanini,

lequel le traynera sur une claye, en chemise, ayant la hard au col, et pourtant sur les espaules ung cartel contenant ces mots : Atéiste et blasphémateur du nom de Dieu ; et le conduira devant la porte principale de l'église métropolitaine Sainct Estienne, et estant illec à genoulx, teste et pieds nuds, tenant en ses mains une torche de cire ardant, demandera pardon à Dieu, au roy et à la justice desdicts blasphèmes, après l'adménera en la place du Salin, et, attaché à ung poteau qui y sera planté, lui coupera la langue et le stranglera ; et après sera son corps bruslé au bûcher qui y sera apresté, et les cendres jetées au vent ; et a confisqué et confisque ses biens, distraict d'iceulx les frais de justice au proffict de ceux qui les ont expousés, la taicxe réservée."

Signé à l'Original, Le Mazuyer,

G. DE Catel.

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